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Le Passe-Murailles

“Ce film est une bagarre collective”

Motivé par la sortie en DVD du film documentaire Faites sortir l’accusé, réalisé par Pierre E. Guerinet, sorti en 2017, cet entretien reprend l’histoire de Philippe Lalouel et de ses soutiens au moment de son procès aux assises, pour aborder, entre autres, les thèmes de l’anticarcéralisme, des longues peines comme peines de mort sociale, de l’isolement, de l’Envolée…

Cet entretien est paru dans le Passe-Murailles #75, Mitard pour personneLes propos ont été recueillis par Éloïse Broc’h, chargée de communication du Genepi. 

 

E- Pourrais-tu nous raconter la genèse de ton histoire avec Philippe Lalouel ? Comment l’as-tu connu ?

P- J’ai rencontré Philippe en 2011, un an après qu’il soit retombé, par le biais de Laurent Jacqua. À ce moment-là, avec l’Envolée on faisait une tournée contre les peines infinies, et on s’est retrouvé avec Laurent à animer des discussions ensemble. Lui venait de sortir après une longue peine. Et il posait la question suivante : comment intervenir un peu plus concrètement auprès des longues peines, des types qui se retrouvent seuls – et qui ont un peu le même profil que Laurent : qui écrivent à l’Envolée, qui ont un point de vue sur leur situation et ne sont pas dans une situation d’isolement psychique, mental ? Plutôt des gens qui sont restés debout en se bagarrant au fil des années contre le sort qui leur était fait. Laurent me parle de son « vieux poteau » qu’il a le sentiment d’avoir laissé derrière lui, en centrale : Philippe. Je me mets à écrire à Philippe. Dans le cadre de l’Envolée, j’avais écrit à d’autres prisonniers ; mais avec Philippe c’est vite devenu autre chose, ça a bien accroché.

E- Puis, tu as été le voir en parloir ?

P- J’y suis allé en 2011 alors que son procès aux assises de Toulouse approchait, à propos des braquages qu’il avait commis pendant sa courte libération conditionnelle deux ans plus tôt. C’est au moment du procès, en décembre 2012 que je rencontre Monique Erbé, la compagne de Philippe – on s’était eu au téléphone, mais jamais vu. Elle rencontre aussi Laurent. Et tout le monde hallucine de ce qu’il se passe sous nos yeux ; c’est un procès très violent et caricatural, les experts font leur boulot : ils disent n’importe quoi. Philippe est défendu par un avocat gentil mais qui n’a pas du tout les épaules ; il est touché par Philippe mais n’a ni l’habitude des Assises, ni d’un dossier comme celui-là. Laurent écrit sur son blog, on fait l’analyse de ce qui est en train de se passer. Très vite après que les jurés l’aient condamné à vingt ans supplémentaires, Philippe, décide de faire appel, évidemment.

E- L’idée du film est née là aussi ?

P- Oui. On s’est dit : on va essayer de créer autre chose en vue du procès en appel. Le principal, était de contribuer à ce que Philippe puisse dire ce qu’il a envie de dire, contrairement au premier procès. L’enjeu de l’appel est de créer un espace de parole pour pouvoir dire sa vérité, sans se leurrer complètement sur le résultat potentiel. Il s’agissait de documenter ce moment, ces mois qui nous séparaient du procès en appel ; et puis faire un film c’était aussi une manière de se projeter ensemble dans l’après procès. Le film est tout à fait personnel, mais il prend place au sein d’une bagarre collective. Je ne le sors pas tout seul de ma caboche, ce n’est pas juste une envie de réalisateur. Je le vois comme un outil, mais qui permet d’être plus intime, plus humain, de mettre un peu plus de soi, mais au milieu de cette bagarre qui s’est d’abord joué autour du tribunal lui-même.

E- C’est-à-dire ?

Ce qui s’est joué au procès en appel rappelle des choses qui ont été tenté dans le cadre du CAP et du Mouvement d’action judiciaire à la fin des années 1970 et au début des années 1980. D’autres tentatives avaient été faites avec l’Envolée, notamment durant le procès de l’évasion de Christophe Khider, il y a des années – qui avait vu l’édition d’un petit bouquin, Fraternité à perpète, co-écrit par Hafed Benotman, les frères Khider, Catherine, leur maman, et Olivier que l’on voit dans le film. Le livre avait été distribué aux jurés. L’idée est donc revenue d’intervenir dans la cour d’Assises et le faire savoir massivement dans la ville. On a fait une affiche : “Dans X jours, exécution publique, venez” et à côté de ça, il y avait un petit fascicule distribué à tous les jurés, à l’entrée de la salle.
Nous voulions essayer de changer l’ambiance du procès, on assumait de vouloir influer les jurés – sans les menacer bien sûr – les informer, informer beaucoup de gens autour. Même avec le recul il est difficile de mesurer à quel point ça a contribué à faire baisser la peine. De rien, de trois ans ! mais, quand même. Quinze jours avant, la présidente Chassagne venait voir Philippe en prison et lui disait : “Vous êtes vraiment sûr que vous ne voulez pas annuler cet appel ? Vous avez fort peu de chance de prendre moins… voire, vous allez prendre pire que vingt ans !”

E- Elle menaçait de cela, mais elle avait tort… Et dans ce petit livret, il y avait des lettres de Philippe ?

P- Oui, c’est ça. Car il écrivait beaucoup de lettres ; il a aussi écrit un récit biographique qu’on a publié et surtout on a publié le journal qu’il a tenu pendant sa libération conditionnelle quand il était assigné à résidence dans une petite ville de Haute-Garonne et qu’il tentait de ne pas retomber. Nous avons joint à ses textes, un texte d’intention pour expliquer notre démarche aux jurés. On y parlait des peines infinies, de la suppression de la peine de mort, et de ce qu’il s’est passé au niveau de l’échelle des peines en trente ans – multiplication et allongement des peines. On essayait de dire aux jurés que le système lui-même s’était mis dans une impasse, puisqu’il a fabriqué des situations dont il ne peut plus se démerder, mais qu’eux peuvent peser – il leur reste encore cette forme de micro-pouvoir absurde, par lequel ils sont censés mobiliser autre chose que le code pénal (leurs affects, leurs vies à eux, leurs parcours, leurs convictions). Il ne s’agit pas d’attendre une réponse du législateur, une énième réforme bidon de la justice. On voulait leur dire cela : “Vous avez une grosse marge de manoeuvre ! vous avez du pouvoir, donc prenez la peine d’écouter la vie de Philippe telle que lui la raconte.” Et lui ne raconte pas la vie d’un braqueur récidiviste, mais celle d’un type qui a passé sa vie en prison.

Pour moi, c’est ce qu’on veut dire par « un point de vue anticarcéral », ce n’est pas une position morale. C’est un point de vue, c’est à dire un endroit matériel, un lieu, d’où regarder et critiquer la prison et le système pénal ; et cet endroit, c’est la prison, c’est le tribunal. De ce fait, au moins, c’est un point de vue matérialiste qui voudrait que la question que se formule les gens ne soit plus, « est-ce moral ou pas de voler? », « est-ce que ce qu’à fait Philippe c’est bien ou pas bien?» voire même « comment remplacer la prison? ». La question, pour nous, c’est « au nom de quoi, à quel moment et pour quelles raisons le code pénal nous colle 10 ans pour tels faits et 20 pour tels autres ? » ; ou encore « pourquoi en 1975, on prend 15 ans maximum pour un braquage qui, quelques années plus tard, en vaut 25 ? ». Ainsi, on remonte le fil ; de la prison au tribunal qui donne ces années de prison ; du tribunal à une société que ce tribunal prétend défendre ; et au final au maintien d’un système économique.
Il faut re-socialiser et re-historiciser la question de la peine ; et des prisonniers et des prisonnières le font très bien : ils et elles comprennent l’institution judiciaire car ils l’éprouvent dans leur chair, dans leur vie. C’est ce que disent Hafed, Olivier, Francine et Nadia à l’époque, quand ils créent l’Envolée : depuis l’intérieur de la prison, des personnes détenues et des proches pensent leur situation, la critiquent ; elles regardent le monde, de là où elles sont. L’Envolée, ce n’est pas juste un lien intérieur-extérieur, ce qui veut tout et rien dire, c’est une construction conjointe qui remonte le fil de la chaîne pénale (enfermement, tribunaux, hyper-légalisation, hyper-droit, longues peines, plus de peines). Pourquoi ? Parce que situation socio-économique, parce que patriarcat, parce que racisme, parce que pouvoir, etc. Pour toutes les personnes qui se sont retrouvées avalées par l’Envolée, ça a résonné à cet endroit-là, l’endroit d’une intelligence collective et théorique et, en même temps, avec les deux pieds dans la merde du réel. Tu te fais avaler parce que c’est des milliers d’histoires mises bout à bout. C’est un journal politique, comme Faites sortir l’accusé est un film politique (ne serait-ce que parce que je ne l’ai pas fait tout seul, et parce que ça suinte de partout).

Dans les années 1970, le travail du GIP (Groupe d’information sur les prisons), a été de dire : il faut éclairer la prison et faire raisonner les mouvements de prisonniers à l’extérieur. Le CAP a poursuivi ce travail. Mais ensuite, et malgré les mouvements dans les prisons au milieu des années 1980, cette parole politique venue des prisons a été gentiment re-rangée. Aujourd’hui, c’est toujours le cas, même si on a l’impression que cela a changé, car de plus en plus de médias, politiques, humanistes, concèdent un espace de parole. Mais il n’est pas question que cette parole dépasse le cadre de la plainte individuelle ou du témoignage pur. Jamais un espace politique, un espace de l’analyse, de la pensée, de la lutte, du collectif. Ainsi on prétend entendre, voire même, voir ce qui se passe en prison, mais on ne l’entend pas plus ; et on entend plus dire assez simplement « les prisonniers ont raison de se révolter ». Comme Hafed le disait, même à l’Envolée, il ne s’agit pas simplement d’accumuler des témoignages de prisonniers et de prisonnières – même si c’est la base -, il faut tenter de dépasser ensemble ces paroles individuelles sous peine de se retrouver emporté dans une sorte de compétition victimaire. Compétition, dont les prisonniers seront toujours les perdants face aux victimes légitimes, les parties civiles.

E- D’ailleurs pour revenir à l’histoire de Philippe, le film montre un peu cette difficulté, en creux…

C’est vrai. Pendant le procès, face aux parties civiles (guichetières, clientes de la banque postale), Philippe a tenté d’expliquer qu’il était lui-même victime de 25 ans d’enfermement, une peine qui a fait de lui un handicapé de la liberté. Même si c’est tout à fait juste, ça n’a pas marché ; le système ne peut entendre cette comparaison puisque c’est lui qui est à l’origine de cette accumulation folle d’années de prison. Pour le forcer à bouger, il faut sans doute le bousculer encore plus : refuser les places attribuées par la mise en scène ; attaquer les experts, remettre en cause la notion de victime quand elle est utilisée à tout bout de champ, faire tomber les magistrats professionnels de leur piédestal, répéter que le code pénal, ce n’est pas la vérité… etc. C’est ce qu’aurait sans doute essayé de faire Bernard Ripert en complément de la défense menée par Delphine Boesel, s’il avait eu le droit de plaider ce jour-là. Il se serait tourné vers la victime en disant : “Je suis désolé mais Madame n’est pas victime, elle était dans la Poste certes, mais elle n’est victime de rien. Elle était au mauvais endroit au mauvais moment, ça a duré deux minutes, nous sommes désolés pour elle si elle a eu peur, mais ce n’est pas une victime – ou alors on est tous des victimes”. Les deux, ensemble, lors du procès Khider, c’était une machine de guerre magnifique : ils ont créé avec Christophe un espace dans le procès, où il a pu dire sa vérité. Un procès, ça peut être un lieu de bagarre, mais avec beaucoup de conditions. J’aurais aimé que le film raconte plus encore cela, mais ce n’était pas possible (on n’a pas le droit de filmer un procès) alors, on a assumé de ne rien montrer de ça. C’était un autre film et on n’avait pas de quoi le montrer correctement.

E- Voudrais-tu parler de Monique (la compagne de Philippe) maintenant ? Je ne sais pas si tu as vu la pièce de théâtre Une longue peine ? En tout cas, elle m’a fait penser à Annette, la compagne de Louis Perego – qui a fait huit années de parloir à ses côtés.

P- J’ai rencontré Louis (Perego) à Saint-Etienne lors d’une projection de Faites sortir l’accusé, mais Annette n’était pas là. Une très chouette rencontre. Louis est le premier à prendre la parole. Il dit : “Merci pour ce film, merci à Philippe pour tout ce qu’il dit, je l’éprouve exactement”.

Pour parler de Monique, et de la manière dont elle vit tout ça, je répète ce qu’elle dit à chaque projection et dans l’entretien qui a été ajouté au DVD : “Je le vis bien, vous voyez, c’est mon histoire, c’est normal que je sois dedans et que je fasse quelque chose !” Pour elle, c’est une évidence et elle ne comprend pas qu’on lui dise que ça pourrait ne pas l’être. C’est quelqu’un de très indépendante, alors pourquoi s’est-elle embarrassée de cette histoire ? Par amour et par choix. C’est possible que ce soit parce que Philippe est à distance ! (rires) Maintenant, elle se pose la question : “Comment ferai-je quand il sera dehors, comment va-t-on réussir à s’aménager une vie ?” Dans l’entretien bonus du DVD, elle dit à Cendrine Lapuyade qui l’interroge : “Jusqu’à maintenant, quand on se retrouve au parloir, on est un parfait petit couple ; dehors il va falloir qu’on soit un grand couple – je crois qu’on va y arriver, c’est un travail”.

Cela rejoint ce qu’on se disait au début : beaucoup de gens sont dans cette situation et en ont conscience. Une situation qui paraît folle pour les gens qui ne la vivent pas, de même que ça paraît fou de tenir onze ans en quartier d’isolement. D’ailleurs des tas de gens restent sur le carreau, notamment parce qu’ils ne font pas les bonnes rencontres ; tandis que d’autres vont trouver en eux des ressorts pour affronter ça. Monique et Philippe, c’est une magnifique rencontre, à un moment où ça colle pour eux dans leur vie. Monique se dit que c’est le destin : “C’est comme ça, c’est ma vie, avec ce changement de trajectoire.” Maintenant, chacune des étapes de sa vie est avec Philippe à l’intérieur et tout ce que vit Philippe à l’intérieur est en résonance avec ce qu’elle vit dehors ; ça s’entremêle, ça se bricole. Elle se définit comme une “travailleuse”, avec un patron qui la faisait trimer, en boulangerie. Aujourd’hui, dans cette situation, elle a gagné une ressource folle, et ça l’a fait bouger sur son rapport au boulot, à son patron, à la capacité à contester comme elle l’a fait avec Philippe pour obtenir notamment son rapprochement à Lannemezan, pour les frais médicaux en lien avec sa maladie.

E- Je crois que ça lui ferait plaisir de lire l’entretien que j’ai fait avec Annette – celle-ci y parle aussi de “l’après-prison”, comment le couple tente de résister.

P- Il y a aussi le livre Femmes de parloir de Duszka Maksymowicz qui est très juste sur le rapport au parloir, le rapport au temps, le rapport à la dépendance et comment ça potentialise le fait de se faire du souci pour l’autre (toutes les difficultés quotidiennes) – et en même temps, comment ça règle le quotidien et comment ça prend toute la place dans la vie. Ce qui a un côté pratique et angoissant à la fois.
Mais, là, dans la lutte, je dois dire que Monique s’est fait plein de copines. On le voit dans le film, il y a beaucoup de nanas dans cette histoire – c’est une histoire de lutte de femmes aussi. Il y a des copines qui vont voir Philippe et tout est normal – Monique est cool avec ça. Il y a toujours eu des nanas qui se sont battus au sein des luttes contre les prisons – dans les associations et collectifs de proches, d’ailleurs il y a toujours eu énormément de femmes.
Dans le film, on voit aussi Corinne Lakhdari, d’Act-Up, un pilier, une super rencontre. À chaque fois, c’est des rencontres de gens pour qui ça résonne vraiment ; ils et elles ne lâchent pas l’affaire après. Corinne est accrochée à cette histoire, Philippe étant malade en prison, comme d’autres ; elle se bagarre pour maintenir quelque chose de vraiment social par rapport à la taule au sein d’Act-Up. Elle se considère comme une survivante dehors et Philippe, comme un survivant de chez survivant à l’intérieur. Pour Philippe, c’était très étrange au début : il ne s’était jamais bagarré à l’intérieur en tant que malade du Sida. Avec le procès, les rencontres, les banderoles d’Act-Up, ça a déplacé aussi son point de vue sur la maladie.

E- En ce qui concerne son traitement à l’intérieur, ça se passe bien ?

P- C‘est encore l’objet d’un combat quotidien, dans lequel Corinne fait beaucoup. Le traitement en lui-même est bien accepté. Le problème, c’est les conséquences de tous les traitements qu’il a eu au long de sa vie de prisonnier. Aujourd’hui, il a des hernies dans le tube digestif, il a failli y passer deux fois et est obligé de suivre des soins préventifs à intervalle régulier. Et puis, le combat d’Act-Up a contribué à rendre visible le fait que l’aspect physique comptait tout autant dans le combat contre la maladie. Si tu portes des stigmates du Sida, tu es plus discriminé et toi-même, tu te vois comme ça. Le droit aux injections, pour Philippe, ça a été gagné grâce à Corinne, depuis qu’il est à Lannemezan. Il se bagarre énormément pour rester en bonne santé, il fait beaucoup de sport, mais il a tout de même encore parfois des crises d’angoisses où il se dit : “En fait, je vais vraiment y passer à l’intérieur”. D’un point de vue général, Corinne dit qu’il n’y a plus assez d’occasions de parler du combat des malades incarcérés. Ce n’est plus un enjeu collectif de lutte.

E- L’an dernier, à la Journée Prison-Justice, nous avions invité l’Envolée, à animer un atelier sur la question : anticarcéralisme ou abolitionnisme ?

P- Oui, je crois qu’on avait répondu quelque chose du genre : L’Envolée c’est “pour en finir avec toutes les prisons” ; le pour c’est pour dire que c’est un mouvement, une tension ; ce qui fait, par exemple qu’on ne pense pas le monde de l’après punition, comme on ne pense pas le monde de l’après salariat, de l’après patriarcat. On est dans ce monde et on se bat contre quelque chose qu’on a face à nous. La bagarre collective nous fait exister, rencontrer des gens, des parcours, boire des coups, c’est ça la vie.
À la radio dans l’émission du vendredi soir sur Fréquence Paris Plurielle, c’est plus évident, mais dans le journal l’Envolée, c’est dur de montrer ce caractère collectif et joyeux. Parce que oui, la taule, c’est chiant, dur, ça véhicule des fantasmes de tous types, mais, en même temps, c’est la vie. Et, en fait, “ça va” ! Pour Monique aussi, “ça va” ! On rit, au bord du gouffre. C’est pour cela que je voulais que le film se finisse par cette scène où l’on se marre. Pour que les spectateurs nous voient comme des gens, comme des copains, des copines (et puis ça permettait aussi à Philippe, de mettre des visages sur les noms). Bien sûr, on se bat contre la prison, mais ça ne veut pas dire qu’on vit dans un océan de noirceur. La prison n’est pas que cela. Dire cela en permanence ne permet pas de changer le point de vue sur la prison. À l’inverse, ça alimente sa fonction de repoussoir. Évidemment, il ne s’agit pas de dire non plus « la prison c’est cool » ; les prisonniers et prisonnières sont vraiment en danger dans un milieu fermé à devoir obéir à de gens qui ont sur eux un pouvoir de vie et de mort. Mais, n’importe quelle solidarité, n’importe quelle étincelle de vie à l’intérieur prend une place folle, elle déborde, elle est puissante. Pour certaines prisonnières de la MA de Seysses par exemple, ça passait par le fait de parvenir à boire le thé entre elles aussi bien que par une lutte sur les produits d’hygiène ou la dénonciation publique de matonnes violentes. Pendant quelques mois, en 2015 elles ont construit beaucoup de sororité pour le coup et l’administration pénitentiaire leur a fait payer cette liberté gagnée ensemble. À l’époque, il y a des groupes de copines qui sont allées au parloir pour soutenir.

 

Repères chronologiques 

1986 : Philippe Lalouel est arrêté lors d’un braquage. Il a 21 ans. Quelques mois plus tard, en prison, il découvre qu’il est porteur du VIH suite à une transfusion de sang contaminé.

Années 1990 : Philippe rencontre Laurent Jacqua en prison. Atteints de la même maladie, ils sympathisent et s’évadent ensemble. Leur cavale dure six mois.

Fin 2009 : Philippe sort en conditionnelle après 23 ans de prison, pour 4 mois, avant de retomber.

2010 : Laurent Jacqua sort de prison et fait connaître l’histoire de Philippe à L’Envolée.

Décembre 2012 : procès aux Assises, Philippe prend 20 ans de plus, fait appel ; c’est à nouveau le temps de la lutte.

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Sauvez le Genepi !

L’existence du Genepi est menacée. Suite à la perte d’une subvention de 51 000€, nous en appelons à votre générosité.

Suite au non-renouvellement de la convention qui liait le Genepi à la Direction de l’Administration Pénitentiaire, l’association fait face à la perte d’une subvention de 51 000€ pour l’année 2018. Mais c’est toute l’action du Genepi en détention qui est remise en question. Les subventions liées à ce pilier de l’association, dépassent celle reçue par la Direction de l’Administration Pénitentiaire. C’est environ 130 000€ de financement au total que nous risquons de perdre.

L’essentiel de nos actions dépendent de cette subvention. En l’état, l’existence même de l’association est menacée.

C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien aujourd’hui.

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Chaque euro compte pour que le Genepi puisse continuer à assurer son intervention auprès de personnes incarcérées, son travail de sensibilisation du grand public et la formation de ses bénévoles. Le Genepi, c’est 42 ans d’existence, d’ateliers menés avec des personnes détenues, de conférences, de concerts de soutien, de ciné-débat, d’émissions de radio… C’est aussi une école militante, où se sont formés nombre d’acteurs et d’actrices du monde Prison Justice.

Tous les ans, le Genepi organise la Journée Prison Justice, le plus grand colloque organisé sur les questions carcérales. Le rôle de l’association est unique et indispensable pour placer la prison au centre du débat, et contribuer à décloisonner les institutions carcérales.

Pourquoi vos dons nous sont-ils utiles ?
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10€ : c’est le coût de l’aller-retour d’un-e bénévole d’Île-de-France à Fleury-Merogis, plus grosse prison d’Europe, pour y animer un atelier.

20€ : c’est 50 personnes sensibilisées aux conditions de détention grâce à une vente de crêpe dans l’espace public.

50€ : c’est le coût hebdomadaire d’un atelier photo en détention.

100€ : c’est le coût des droits d’auteur pour un film d’1h, à diffuser lors d’un ciné-débat sur les oppressions en prison.

500€ : c’est le coût d’un weekend de formation régional sur la prison

1 000€ : c’est le coût d’un « concert-miroir », un événement produit à l’identique dans et hors des murs.

Tout don est déductible des impôts à 66%. Par exemple, un don de 100€ vous permettra de réduire de 66€ votre impôt sur le revenu.

D’avance, merci pour votre soutien !

L’équipe du Genepi

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Crise Genepi / Administration pénitentiaire. Le ministère de la Justice propose finalement une nouvelle convention. La négociation commence.

Communiqué de presse du Genepi – 21 novembre 2018

Après une mobilisation exceptionnelle de ses bénévoles, de dizaines d’organisations partenaires du Genepi, et de personnalités, soutenue par une couverture médiatique de grande ampleur, le ministère de la Justice a accepté de faire une nouvelle proposition de convention pour permettre à l’association de poursuivre son action en détention. Le texte proposé par le ministère est très en-deçà de ce que souhaite le Genepi. La négociation commence…

Les portes des prisons pourraient s’ouvrir de nouveau aux bénévoles de l’association Genepi. Après plusieurs semaines d’intense mobilisation depuis l’annonce de la rupture de la convention entre l’administration pénitentiaire et le Genepi, condamnant l’association à stopper ses activités auprès des personnes détenues, une solution semble poindre à l’horizon. Jeudi 15 novembre 2018, le principe d’une nouvelle convention a été acté par la Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Mme Nicole Belloubet, et un projet de texte a été envoyé aux membres du bureau du Genepi par le cabinet de la ministre.

Le Genepi salue cette décision de la Garde des Sceaux, et le retour à une position de dialogue qui laisse entrevoir le début d’une négociation. Néanmoins, le projet de convention est très différent de celle qui a expiré en avril 2018. Elle n’inclut pas, à ce stade, le renouvellement de la subvention annuelle de 50.000€. Cette proposition appelle encore de nombreux amendements afin de permettre aux bénévoles du Genepi d’entrer à nouveau dans les centres pénitentiaires pour y assurer des ateliers d’éducation populaire et socio-culturels auprès des personnes détenues. L’association appelle de ses voeux le rétablissement d’un dialogue partenarial sincère qui ne pourra passer que par l’organisation d’un rendez-vous de négociation avec les membres du cabinet. Profondément attaché à ses valeurs démocratiques, le Genepi souligne que cette toute nouvelle convention devra également être validée par les bénévoles du Genepi qui se réuniront le 9 décembre 2018, au lendemain de la 37e Journée Prison-Justice de l’association.

Tout cela n’aurait pas été possible sans les nombreux soutiens exprimés et les actions des partenaires de l’association qui ont motivé cette réaction gouvernementale rapide. Un élan de solidarité s’est manifesté, notamment sur les réseaux sociaux (#LaPrisonSeFerme), mais aussi via une lettre de plusieurs associations et aumôneries, partenaires de l’administration pénitentiaire, une lettre ouverte à la Garde des Sceaux signée par de nombreuses organisations, ainsi qu’un communiqué commun de syndicats professionnels d’avocats et de magistrats, ou encore l’intervention de personnalités du monde prison-justice et d’élus. Le Genepi leur en est profondément reconnaissant et les appelle à rester attentifs à la suite des événements.

L’association salue également la forte mobilisation des bénévoles du Genepi, qui par leur implication locale ont su intéresser les médias régionaux, pour créer un écho à cette crise historique. La revue de presse depuis le 29 octobre 2018 est là pour le démontrer.

 

Contacts
Sophie Chardon, vice-présidente – isp@genepi.fr – 06 41 66 16 62
Eloïse Broc’h – chargée de communication – chargedecom@genepi.fr – 07 52 05 59 08

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La revue du Genepi

Une publication destinée à un public citoyen, soucieux de se tenir au courant de ce qui se passe derrière les murs.

Le Passe-Murailles propose d’informer de façon claire et approfondie sur l’actualité carcérale et judiciaire. Les articles sont majoritairement écrits par des bénévoles de l’association.

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