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Le Genepi en chiffres

71 061
personnes incarcérées
au 1er décembre 2018

900
bénévoles au Genepi
dans 37 groupes locaux

5825
heures d’ateliers en détention
en 2017-2018 pour 2000 détenu.e.s

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Actualités

Le Passe-Murailles

En solidarité avec les révolté.e.s et grévistes des CRA

En décembre, puis en janvier, des prisonnier.e.s du Centre de Rétention Administrative de Vincennes, du Mesnil-Amelot et de Oissel, se sont déclaré.e.s en grève collective de la faim et se sont réuni.e.s pour rédiger des communiqués et avancer des revendications.

Plusieurs communiqués, sortant du CRA2 du Mesnil-Amelot, du CRA3 du Mesnil-Amelot, de Vincennes et de Oissel ont été publiés.

Iels luttent contre les violences policières (violences, agressions sexuelles, tortures) et contre les déportations, tout en réclamant la liberté pour tou.te.s les étranger.e.s enfermé.e.s dans ces centres. Mais aussi, iels réclament pour le temps de leur détention un accès à la santé et aux soins, une nourriture correcte et halal, et la fin des vols cachés. Iels réclament enfin le respect et des traitements dignes.

Nous nous devons de nous solidariser avec la lutte de ces prisonnier.e.s et soutenir leurs revendications.

Nous croyons et soutenons les survivant.e.s d’agressions sexuelles et de violences policières dans les CRA quand iels ont le courage de dénoncer publiquement ces actes, s’exposant à la répression, aux intimidations et aux harcèlements de leurs geôliers que sont les policiers. Force à ces résistant.e.s !

Pour rappel, le Genepi a été contacté par plusieurs associations qui travaillent dans les CRA ; ou même par des directions de CRA pour y intervenir et y proposer des ateliers “socio-culturels”. Les militant.e.s du Genepi n’interviennent pas en CRA.

Le Genepi ne souhaite pas se faire le complice objectif du racisme d’État. Ce même État qui vient d’allonger la durée de rétention maximale à 90 jours et cherche maintenant des associations au discours lissé pour “occuper” et calmer les prisonnier.e.s durant tout ce temps.

Le Genepi ne souhaite pas être complice de ce système organisé de tri raciste entre “bon.ne.s” et “mauvais.e.s” migrant.e.s. Nous dénonçons la criminalisation des étranger.e.s et la double peine, qui mène à des situations aussi absurdes que celle d’un.e migrant.e qui, résistant à un vol de déportation ou cherchant à s’évader, peut se retrouver condamné.e et incarcéré.e – subissant donc l’aller-retour prison/CRA. Selon les propres mots des prisonniers du CRA de Oissel : “Nous les enfermés on voit plus nos proches, les allers retours CRA-Prison-CRA empirent encore tout ça. On va pas passer notre vie à être enfermés !”

Les migrant.e.s afghan.es parlent de “deport center” pour parler des CRA. Nous refusons d’organiser des ateliers dans la détention pour des prisonnier.e.s qui seront déporté.e.s de force 90 jours plus tard, mis dans des avions, parfois avec escortes policières, menottes et masques – appelés innocemment “réducteurs phoniques” -, vers des pays où ils risquent la mort ou la torture.

Le Genepi affirme sa solidarité avec la lutte des prisonnier.e.s, et appelle les autres associations du monde prison-justice ainsi que les associations de solidarité avec les migrant.e.s à faire de même. Il est de notre responsabilité associative de ne pas continuer à essayer d’humaniser, par des “ateliers socioculturels”, un des hauts lieux de l’organisation du racisme d’Etat ciblant les étranger.e.s.

Militons plutôt, comme le réclame la Cimade, pour la fermeture pure et simple de ces prisons pour étranger.e.s.

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Réouverture de la Santé

Aujourd’hui rouvre la prison de la Santé après quatre ans de travaux. C’est la dernière prison à l’intérieur de Paris à une période où on les construit le plus loin possible des regards.

Avec des cellules agrandies de 6m² à 9m², des téléphones en cellule et des cours « végétalisées », on voudrait la faire passer pour une grande entreprise humaniste et « réinsérante ».

Un grand effort de communication qui joue sur l’histoire du lieu avec un goût douteux – prison « mythique », « patrimoine », « quartier VIP » et guillotine – en oubliant vite que ce sont des personnes bien réelles qui sont détruites à l’intérieur des murs.

C’est aussi oublier que la Santé va rouvrir surpeuplée et que ses travaux seront suivis par la construction de 15 000 places de prison supplémentaire, alors qu’on sait depuis longtemps que plus on construit plus on incarcère.

Cette décision, loin de viser à vider les prisons voire – on peut rêver – à fermer des lieux aussi vétustes que Fresnes, s’inscrit dans le cadre d’une réforme de la justice qui au contraire renforce la place de l’emprisonnement.

C’est encore oublier que cette rénovation (qui a donnée lieu à un partenariat public privé engageant l’Etat pour 25 ans), de même que ses téléphones en cellule dont les communications seront évidemment hors de prix, bénéficient à de grandes entreprises privées qui profitent de l’enfermement des personnes et de l’isolement et la précarité dans laquelle elles sont ainsi placées.

La Santé redevient comme à son ouverture en 1867 une « prison-modèle » censée remettre les détenus dans un droit chemin fantasmé parce que « propre » et « confortable’. Elle aura le même destin que toutes les autres : c’est une prison comme les autres, une peine de mort sociale, voire une peine de mort tout court, visant les personnes les plus fragiles socialement, les racisé.e.s, les précaires.

Texte : Genepi Ile-de-France

Photo : Ministère de la Justice

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Notre discours d’équipe sur l’enfermement

Discours collectif prononcé par trois militant.e.s de l’équipe 2018-2019 du Genepi, à l’occasion de la plénière d’ouverture de la 37ème Journée Prison-Justice du Genepi, samedi 8 décembre 2018.

 

Madame Hazan, Contrôleure générale des lieux de privation de liberté,

Maître Etienne Noël, membre d’honneur du Genepi,

Cher.e.s militant.e.s du Genepi,

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à la 37ème Journée Prison-Justice !

Cette édition est pour l’association très particulière, après plusieurs mois de bataille médiatique et institutionnelle en conséquence du non-renouvellement de la convention entre le Genepi et l’administration pénitentiaire.

Depuis la création de l’association,  il y a quarante-deux ans, aucun gouvernement ne nous a mis à la porte comme cela vient d’être fait en septembre dernier. En cause, une dégradation des relations entre l’administration pénitentiaire et le Genepi, dégradation dans laquelle notre ligne politique joue un rôle central.

On reproche au Genepi sa radicalité. Nous répondons qu’elle est la seule réaction possible face aux politiques sécuritaires et face aux conditions dans lesquelles on enferme les personnes en France. Plus encore, elle est le résultat de la diversification des bénévoles du Genepi et de la précarisation du milieu étudiant. Nous sommes peut-être des étudiant.e.s-citoyen.ne.s mais nous sommes aussi et surtout des étudiant.e.s activistes, dont l’avenir est menacé par, au choix, la montée inquiétante de l’autoritarisme, Parcours Sup, l’explosion des violences policières, et les changements climatiques.

Notre association, mise en danger par la suppression de sa subvention de 50 000 euros, n’est pas la seule à pâtir d’un contexte où il est de plus en plus difficile pour les associations engagées de trouver des fonds. Quand l’administration pénitentiaire ne ferme pas ses portes barbelées à des associations, elle les met en compétition autour d’appels à projets, à la manière du secteur privé. Peu d’associations citoyennes, aussi politiquement correctes soient-elles, ne sont pas menacées par l’épuration politique opérée aujourd’hui. Toutes sont tenues d’avoir un discours lisse et poli : il ne faudrait pas dire “La Prison Tue” mais plutôt “Parfois, des gens meurent en prison”.

Nous affirmons que critiquer le système pénal et carcéral est indispensable dans une démocratie. Remettre en question la légitimité de ces institutions permet d’approfondir le débat public sur des questions aussi fondamentales que le sens de la peine de prison. Nous soutenons que vivre sous un régime démocratique implique de porter un regard critique sur le système judiciaire français. Pourtant, le climat ultra-sécuritaire que nous connaissons rend difficile voire impossible l’exercice d’un droit de regard et de contrôle des institutions. Un constat s’impose aujourd’hui : l’appareil administratif et pénal, dont on nous répète qu’il est le symbole de notre État de droit, sert à priver les individus de leurs libertés fondamentales. Sécuritarisme et répression signifient dans le même temps que les contacts avec les prisonniers et les prisonnières sont de plus en plus difficiles à maintenir.

Nous considérons que l’intervention en détention est un acte politique, qu’elle n’est pas incompatible avec une approche critique de l’enfermement. Nos ateliers sont des moments de rencontre, des bulles de respiration dans la détention, au fond, tout simplement des moments de loisirs. Force est de constater que le Genepi, en refusant de se confondre avec l’administration pénitentiaire, est un des acteurs qui peut créer des liens de personne à personne avec les prisonniers et les prisonnières. Ils et elles sont des individus, pas des “effectifs” avec lesquels il faudrait “remplir des objectifs”.

Le Genepi a toujours eu une place singulière dans le monde de la prison française. L’association a été créée à l’initiative de Lionel Stoléru, alors conseiller de Valéry Giscard d’Estaing. Le but avoué de l’association était de calmer les nombreuses révoltes que connaissaient les prisons depuis le début des années 70. Mais dès 1981 et sa première prise de position adoptée en assemblée générale, le Genepi a dit “non”. Non à la réinsertion, telle que les gouvernements et leurs politiques toujours plus sécuritaires ont voulu l’entendre.

On reproche au Genepi de ne plus vouloir jouer son rôle assigné dans la politique publique de réinsertion, on lui demande de ”balayer devant sa porte”, d’être “réaliste”, d’assagir son discours pour ne blesser personne. Mais la prison, elle, blesse et surtout la prison tue. Et le fait que nous le disions, que nous le répétions inlassablement, n’est en rien contradictoire avec notre présence en détention. Les bénévoles du Genepi, pendant leurs ateliers, rencontrent des personnes avec qui iels créent des liens, des amitiés, et par conséquent des solidarités. Comment rester silencieux face aux récits des prisonniers et prisonnières, qu’entendent les membres du Genepi, plusieurs fois par semaine ? De ces rencontres est né un devoir de témoignage : la responsabilité politique de rendre visible l’intolérable que l’extérieur ne veut pas voir. Le Genepi n’a donc jamais été, ni en 1976, ni en 1981, ni en 2011, et ne sera pas à l’avenir un prestataire de services de l’administration pénitentiaire, silencieux et docile.

Parmi ce qui est reproché au Genepi, un certain nombre d’éléments reviennent de manière systématique dans le discours de nos interlocuteurs : analyses critiques de l’institution carcérale, diffusion des communiqués de prisonniers, soutien aux mutineries et une affirmation, “l’État enferme, la prison assassine”.

Cette phrase, souvent vécue comme une attaque personnelle par les représentants de l’administration pénitentiaire, est pourtant la simple énonciation d’une réalité. La violence, qu’elle soit physique ou sociale, s’exprime de mille façons derrière les barreaux. Que ce soit par la difficulté d’accès aux soins, les traumatismes psychologiques qu’implique l’enfermement, ou encore les violences des surveillant.e.s pénitentiaires eux-même, la prison tue.

Comme nous le disions déjà lors de la précédente édition de la Journée Prison-Justice, le taux de délinquance stagne et la criminalité baisse en France. Pourtant, le nombre de prisonnier.e.s ne cesse d’augmenter et il a même dépassé les 70 000 cette année. La surpopulation carcérale atteint des records, avec 142 % d’occupation dans les maisons d’arrêt – en moyenne. À 5 minutes à pied d’ici, se trouve la maison d’arrêt de Nanterre. Le taux d’occupation y est de 175 %. Cela signifie qu’il y a quasiment deux fois plus de détenus que de places prévues. Les prisons d’Outre-Mer, territoires colonisés et trop souvent oubliés, sont occupées à 120 % en moyenne. À titre d’exemple particulièrement alarmant, la prison de Baie-Mahault en Guadeloupe connaît une densité carcérale de 208 %.

Nationalement, la solution proposée est encore et toujours celle de la construction de nouvelles prisons. Nous pensons au contraire qu’il faut moins enfermer. Que dire des 20 000 prisonnier.e.s en détention provisoire ? N’y-a-t-il pas de mesure alternative à l’enfermement d’individus présumés innocents ?

L’exemple le plus criant d’une justice française dysfonctionnelle est la comparution immédiate. Au printemps dernier, les militant.e.s du Genepi ont investi les tribunaux pour contester pacifiquement cette forme de justice expéditive. La comparution immédiate est une machine à enfermer les plus précaires et les populations non blanches. Le traitement judiciaire du mouvement des Gilets Jaunes, qui s’intensifie depuis quelques semaines, en est un exemple inquiétant : les comparutions immédiates s’enchaînent, entraînant parfois des peines de prison ferme. N’est-ce pas là une preuve supplémentaire de la volonté étatique de taire les contestations politiques ? Si cette pénalisation est flagrante ces derniers jours, nous la constatons déjà depuis de nombreuses années, avec les luttes de Notre-Dame-des-Landes et de Bure. À Bure, par exemple, où des écologistes luttent contre un projet d’enfouissement nucléaire, l’acharnement judiciaire bat son plein, avec des perquisitions et des procès constants.

Les logiques de surveillance, de répression et d’enfermement qui touchent maintenant les militant.e.s ne sont que la suite des mêmes politiques sécuritaires qui ciblent depuis toujours les personnes non-blanches, particulièrement dans les quartiers populaires. À ce propos, il faut savoir que l’état d’urgence a été mis en place pour la première fois en 1955 par l’État français en Algérie. La deuxième fois qu’il fut déclaré dans l’Hexagone c’était en 2005 pour mater violemment les révoltes des quartiers populaires. Aujourd’hui, l’État d’urgence, héritage du passé colonial français, est intégré au droit commun. La suspicion raciste contre tous les musulman.e.s français.es s’est traduite par les fichages S et les assignations à résidence, forme d’enfermement à l’extérieur. Le harcèlement, les violences policières, et les contrôles au faciès contre les personnes non-blanches sont des normes du système français, qui ne font que se répandre toujours plus loin, sur toute la population.

Notre inquiétude est aussi grande concernant la justice des mineur.e.s, alors que l’ordonnance de 1945 est menacée et que le gouvernement prévoit de la réformer par des procédés dont on peut contester l’aspect démocratique.

Nous faisons le constat effrayant d’un grand retour en arrière. Et nous entendons un écho terrible dans les mots du Manifeste du Groupement d’information sur les prisons, le GIP, fondé en 1971, que nous tenions à partager avec vous :

 

“Nul de nous n’est sûr d’échapper à la prison. Aujourd’hui moins que jamais. Sur notre vie de tous les jours, le quadrillage policier se resserre : dans la rue et sur les routes ; autour des étrangers et des jeunes ; le délit d’opinion est réapparu : les mesures anti drogues multiplient l’arbitraire. Nous sommes sous le signe de la « garde à vue ». On nous dit que la justice est débordée. Nous le voyons bien. Mais si c’était la police qui l’avait débordée ? On nous dit que les prisons sont surpeuplées. Mais si c’était la population qui était suremprisonnée ?”

 

Voilà tout ce que nous entendons par “l’État enferme”.

– –

À ce jour, on dénombre 102 suicides et morts suspectes dans les prisons françaises pour l’année 2018, soit un tous les trois jours. Et ce nombre ne tient pas compte des suicides survenant avant et après la prison, directement liés à l’enfermement et à l’absence de préparation à la sortie.

Aussi, rappelons qu’il y a quelques jours seulement, un garçon étranger de quinze ans, victime de la violence silencieuse et froide du système judiciaire, s’est jeté du quatrième étage du nouveau Tribunal de Grande Instance de Paris. C’est plus largement la chaîne pénale dans son ensemble, depuis l’interpellation jusque dans les tribunaux, qui vise et criminalise toujours les mêmes : les classes dominées, donc les classes populaires, les non-blanc.he.s, les étranger.e.s, les femmes qui tentent de se protéger de la violence des hommes.

Il nous est impossible de parler d’enfermement sans mentionner la situation des étranger.e.s illégalisé.e.s placé.e.s en centre de rétention administrative (CRA). La prison sert souvent de CRA en attente de leur “éloignement”, formule juridique et polie pour parler de déportation, le plus souvent vers la mort. Les Centres de Rétention sont déjà des prisons qui ne disent pas leur nom. Nombre d’étranger.e.s illégalisé.e.s ont fait la navette entre les deux, beaucoup disent à quel point les CRA sont “pires que la prison”.

Les migrant.e.s dénoncent les suicides de demandeurs et demandeuses d’asile, de personnes enfermées en CRA ou en prison, en parlant de “suicides d’État”. Car ce sont bien les politiques racistes anti-migrant.e.s qui poussent à la clandestinité, à l’isolement, au désespoir, et enfin à la mort. L’État, c’est un policier à Beauvais qui force un migrant placé en CRA à lécher ses chaussures. C’est la séparation des familles et l’enfermement des enfants nouveau-nés et des jeunes enfants. C’est aussi la violence ordinaire des heures d’attentes et de peur dans les préfectures. Les “suicides d’État”, c’est tout un système national organisé pour briser.

Dans les CRA comme dans les prisons, au-delà des suicides et des suicidé.e.s, combien de personnes ont vu leurs symptômes graves traités au doliprane, ont été laissées enfermées en cellule une nuit entière alors qu’elles auraient dû être envoyées à l’hôpital en urgence ? Combien ont été délibérément empêchées de voir un médecin afin que leurs blessures ne puissent être constatées ? Combien sont mortes d’être dépendantes de ceux qui ont les clés ? Ce ne sont pas là les fabulations d’étudiant.e.s impressionnables : c’est ce que nous constatons de nous-mêmes à l’intérieur des murs. C’est le constat des prisonnier.e.s et de leurs proches.

Au sortir d’un été particulièrement meurtrier dans les prisons françaises, où les suicides et les morts suspectes au mitard se sont enchaînées, la seule réponse du gouvernement est une réforme de la Justice et un plan prison qui promettent toujours plus de répression et d’enfermement pour les mineur.e.s comme pour les majeur.e.s.

Voilà tout ce que nous entendons par “La prison assassine”.

– –

Ce record de l’enfermement massif de la population nous force à prendre nos responsabilités quant à la prison. Ces dernières années, il nous a été répété maintes et maintes fois que nous ne devions pas “mordre la main qui nous nourrit”, que nos discours politiques n’étaient que caprices, ersatz de radicalité, coquetteries morales. À vouloir politiser tout ce qui se passait en prison, c’était bien normal de subir la pression étatique, et que le mise en danger de nos activités auprès des prisonniers, finalement, c’était de notre faute. Nous refusons cette narration. Le Genepi n’enferme, ni n’assassine personne. La prison, oui. 102 morts derrière les murs des prisons françaises depuis le 1er janvier 2018, c’est un chiffre tout simplement insupportable.

Nous savons, comme des générations d’étudiant.e.s qui ont croisé le chemin du Genepi depuis 42 ans, ce que nous avons à faire. Si nous sommes là, individuellement, ce n’est pas pour acheter la paix sociale dans les prisons, mais par souci des hommes et des femmes sous écrou, de ne pas les laisser dans les tombeaux à ciel ouverts, où on les enterre dans l’oubli et l’indifférence générale.

Quoi qu’il arrive dans les mois qui viendront, si le Genepi tel qu’on le connaît aujourd’hui doit mourir, nous appelons nos militant.e.s, et tous les gens qui suivent nos actions à ne pas abandonner la question carcérale, à essayer, par tous moyens, de continuer de créer des solidarités avec les prisonnier.e.s.

Nous avons collectivement une responsabilité et un rôle à jouer face à la répression et l’enfermement massif de la population. Organisons-nous !

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La revue du Genepi

Une publication destinée à un public citoyen, soucieux de se tenir au courant de ce qui se passe derrière les murs.

Le Passe-Murailles propose d’informer de façon claire et approfondie sur l’actualité carcérale et judiciaire. Les articles sont majoritairement écrits par des bénévoles de l’association.

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