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Janvier 2019

Réouverture de la Santé

 

Aujourd’hui rouvre la prison de la Santé après quatre ans de travaux. C’est la dernière prison à l’intérieur de Paris à une période où on les construit le plus loin possible des regards.

Avec des cellules agrandies de 6m² à 9m², des téléphones en cellule et des cours « végétalisées », on voudrait la faire passer pour une grande entreprise humaniste et « réinsérante ».

Un grand effort de communication qui joue sur l’histoire du lieu avec un goût douteux – prison « mythique », « patrimoine », « quartier VIP » et guillotine – en oubliant vite que ce sont des personnes bien réelles qui sont détruites à l’intérieur des murs.

C’est aussi oublier que la Santé va rouvrir surpeuplée et que ses travaux seront suivis par la construction de 15 000 places de prison supplémentaire, alors qu’on sait depuis longtemps que plus on construit plus on incarcère.

Cette décision, loin de viser à vider les prisons voire – on peut rêver – à fermer des lieux aussi vétustes que Fresnes, s’inscrit dans le cadre d’une réforme de la justice qui au contraire renforce la place de l’emprisonnement.

C’est encore oublier que cette rénovation (qui a donnée lieu à un partenariat public privé engageant l’Etat pour 25 ans), de même que ses téléphones en cellule dont les communications seront évidemment hors de prix, bénéficient à de grandes entreprises privées qui profitent de l’enfermement des personnes et de l’isolement et la précarité dans laquelle elles sont ainsi placées.

La Santé redevient comme à son ouverture en 1867 une « prison-modèle » censée remettre les détenus dans un droit chemin fantasmé parce que « propre » et « confortable’. Elle aura le même destin que toutes les autres : c’est une prison comme les autres, une peine de mort sociale, voire une peine de mort tout court, visant les personnes les plus fragiles socialement, les racisé.e.s, les précaires.

Texte : Genepi Ile-de-France

Photo : Ministère de la Justice