#71 Surveillant.e.s en grève. Matonerie contre mutinerie (Pdf)

#71 Surveillant.e.s en grève. Matonerie contre mutinerie (Pdf)

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#71 Surveillant.e.s en grève. Matonerie contre mutinerie
[Mars / Avril 2018, 100 pages]

Deux tiers des 187 centres pénitentiaires touchés par le mouvement des surveillant∙e∙s. Grèves (suivies à 100% dans certains établissements) et blocages (parfois à coup de barricades enflammées) qui débouchent sur de larges concessions de la part du gouvernement. La prison se retrouve rarement au centre du débat public, et il fallait un mouvement fort pour pouvoir enfin en parler dans l’espace médiatique. Mais il nous semble important de remettre certaines choses à plat, après que les tensions et les émotions du conflit soient redescendues.

Dans ce mouvement, il n’y a qu’une voix qui ait été entendu: celle de la répression. Alors que les surveillant∙e∙s pénitentiaires auraient pu mettre en avant une panoplie de revendications relevant de leurs conditions de travail et de leur dégradation constante, notamment face aux problématiques de surpopulation carcérale et de charges de travail trop conséquentes, les syndicats dirigeant le mouvement ont préféré évoquer la sécurité des surveillant∙e∙s. Au programme: passe-menottes dans les « quartiers sensibles », renforcement des dispositifs de fouilles, débat sur l’utilisation des tasers… Nous déplorons que le débat autour de la prison, comme tant d’autres sujets sociétaux d’actualité, soit réduit à un débat autour de la sécurité, avec tous les amalgames que cela entraîne entre prisonnier∙e et radicalisé∙e, et entre islam et terrorisme.
Les personnes incarcérées, habituellement réduites au silence, ont été projeté∙e∙s dans le spotlight médiatique sans qu’on leur adresse la parole, alors même que leurs conditions de détention se sont considérablement dégradées au cours des grèves et des blocages. Ainsi a-t-on vu des détenu∙e∙s se faire refuser leurs parloirs, nier leurs promenades et confiner à leur cellule, voire même priver de repas. Alors qu’on évoque allègrement les usager∙e∙s et consommateur∙rice∙s « pris∙es en otage » lors de grèves de salarié∙e∙s à l’extérieur, cette réflexion ne semble pas avoir eu lieu lorsque les surveillant∙e∙s niaient les droits les plus fondamentaux des personnes incarcérées.

Nous affirmons que l’amélioration des conditions de travail pour les surveillant∙e∙s passe avant tout par l’amélioration des conditions de détention des détenu∙e∙s. Nous affirmons que la dérive sécuritaire, qu’elle soit en prison où à l’extérieur, et les discours qui la sous-tendent ne font qu’accélérer un cycle de violence sans issues.

Nous apportons notre soutien à tous.tes les détenu∙e∙s en lutte pour une amélioration des conditions de détention et pour une réelle politique de désincarcération, qui ont crié sans se faire entendre pendant que les caméras étaient braquées sur des barricades de surveillant∙e∙s, et qui mènent leur combat encore et toujours dans les conditions les plus précaires.

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