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03/2019. Communiqué du Genepi

Prisons bloquées et mesures sécuritaires : une grève au détriment des prisonnier-e-s

Après quinze jours de blocage, la reprise progressive du travail a été annoncée le 20 mars 2019 à Condé-sur-Sarthe. L’agression de deux surveillant-e-s pénitentiaires le 5 mars dernier a redonné de l’élan à un mouvement de grève lancé au début de l’hiver, et qui se serait voulu à l’image de celui du début d’année 2018.

De fait, le scénario est le même. L’agression d’un surveillant a été immédiatement qualifiée d’acte terroriste, sans attendre les résultats de l’enquête, sans prise en compte des conditions de détention déplorables et de la surveillance accrue d’un lieu s’apparentant à un Quartier de Haute Sécurité. Une nouvelle fois, le blocage de prison a privé les détenu-e-s de repas suffisants, de médicaments, de douches, de toute sortie de cellule, de travail, de nouvelles à leurs proches, de visites de leur avocat, etc. pendant deux semaines. Comme en 2018, des prisonnier-e-s ont déposé un recours au tribunal administratif pour “traitement inhumain et dégradant”, recours qui a été rejeté. Et ce, jusque dans l’issue : c’est le volet sécuritaire des revendications des surveillant-e-s qui a été accordé et non ce qui concerne le statut ou les salaires. Ces revendications font partie de celles qui se construisent contre les détenu-e-s, qui alimentent les tensions entre détenu-e-s et surveillant-e-s pénitentiaires et qui laissent présager d’autres tensions, d’autres grèves et blocages, toujours au préjudice des prisonnier-e-s. Cette “inflation sécuritaire” se poursuit dans les réformes pénitentiaires [Expression de Laurent Bonelli], en bonne intelligence avec les syndicats de surveillant-e-s. Elle s’accompagne d’un discours sécuritaire au nom de “l’anti-terrorisme”, répondant à un marché de la sécurité fructueux, désormais l’idéologie centrale qui préside aux réformes en France [Voir Mathieu Rigouste, État d’urgence et business de la sécurité, Niet, 2016].

Il aura suffi de deux semaines de mobilisation – pendant lesquels les surveillant-e-s, les syndicats, l’administration pénitentiaire, la Justice et le ministère ont sciemment mis en danger la vie des prisonnier-e-s par leurs actions ou leurs discours – pour que les surveillant-e-s de Condé obtiennent tout un arsenal de mesures sécuritaires qui démantèlent encore un peu plus l’État de droit : fouille des familles par palpation, portique à ondes millimétriques, gilets pare-lame, limitation des moments où les détenu-e-s sont ensemble, limitation des contacts entre détenu-e-s et surveillant-e-s… [France 3 régions]

D’autre part, se pose la question de la méthode avec laquelle les surveillant-e-s et leurs syndicats ont choisi d’interpeller leur hiérarchie. La méthode du blocage de l’établissement de Condé-sur-Sarthe choisie par les syndicats pénitentiaires en grève, a eu pour les personnes détenues à l’intérieur des conséquences dramatiques.

Ce type de méthode est comparable à celle employée par le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France, qui invitait ses adhérents à ne plus pratiquer d’IVG sur leurs patientes afin de faire entendre leurs revendications. La mise en danger de l’intégrité physique des populations dépendant des professionnel-le-s, quels qu’ils soient, est injustifiable.

Par ailleurs, nous regrettons qu’une fois de plus, la prison ne soit au centre de l’actualité que lorsqu’il est question des personnels. Les conditions de vie des prisonnier-e-s qui continuent de se dégrader ne sont toujours pas le sujet du débat national et leurs voix ne sont pas entendues. Le choix des parlementaires de ne se déplacer jusqu’aux prisons que dans le contexte de la grève des surveillant-e-s pénitentiaires est, en ce sens, particulièrement alarmant.

Le Genepi souhaite interpeller, fidèle à ses idéaux, sur les conditions de détention et le non-respect des droits élémentaires des prisonnier-e-s et de leurs proches. La réponse “sécuritaire” augmente quant à elle toujours plus le niveau de répression dans les prisons françaises et ne promet pas d’arranger les tensions.

 

Photo – Jean-François Monier. AFP