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11/2019

Nouveau et dernier Passe-Murailles ; crève la taule !

📣📣 Le dernier Passe-Murailles est paru. Après 77 numéros, c’est non sans un pincement au cœur que nous vous le proposons évidemment.

« Pour ce dernier numéro du Passe-Murailles, la nouvelle équipe du Genepi revient sur les raisons qui ont poussé les militant.e.s de l’association à mettre fin à l’action en détention, et sur les thèmes d’une lutte anticarcérale qui affirme désormais son nom. »

En voici l’édito.

« Comment se dire adieu…
par Claire van den Bogaard, rédactrice en chef du Passe-Murailles

Un édito, c’est comme une chanson. S’il n’est pas écrit en cinq minutes sur un coin de table, il sera mauvais. C’est dire si celui-ci, qui tourne dans ma tête depuis des jours, sera médiocre. Furieusement.

Faire le bilan, calmement, de ces douze années passées à fabriquer le Passe-Murailles n’est pas chose aisée. C’est même furieusement ardu. De la même fureur qui m’a animée depuis que j’ai rejoint les rangs du Genepi, comme bénévole, il y a trop longtemps pour pouvoir l’avouer ici.

Comment dire adieu à plus de douze ans de Passe-Murailles. D’éditos, de comités de rédaction bruyants, de relecture de textes, brillants ou décousus, de mises en page frénétiques pour respecter une maudite dead-line.
Comment dire douze ans à courir après les rédacteurs, à me laisser impressionnée par la plume des uns, par la volonté des autres. Comment dire douze ans de rencontres, d’échanges, de débats. Comment dire douze équipes successives, travaillant d’arrache-pied pour rallier le monde entier à cette cause perdue, ces équipes qui ont traversé ce parcours initiatique, en en sortant toujours grandies, malgré, souvent, la douleur des responsabilités.
Comment dire douze ans avec si peu de « terrain ». Avec toujours la même crainte de ne pas être légitime pour parler de ce que je ne connais pas. La même sempiternelle question : peut-on dire la prison sans y avoir passé ne serait-ce qu’une nuit ? La prison ne s’apprend pas dans les livres. Elle ne s’apprend pas non plus dans le Passe-Murailles, quels que soient les humbles efforts en ce sens. Et pourtant… j’aime à me dire que ces modestes feuillets se sont parfois retrouvés au bon endroit au bon moment.
Comment dire la volonté de donner la parole à celles et ceux qui savent, de plus près que nous. Comment dire le lien ténu qui nous unit à elles∙eux. Comment dire qu’en douze ans, leurs conditions de survie n’ont pas changé. La répression, comme un nœud coulant, au cou des mêmes, toujours. Comment dire la fureur de faire connaître cette réalité.
Comment dire, enfin, le militantisme. Avec ses hauts et ses bas, mais sa fureur, toujours. Comment dire le découragement, parfois, de constater à quel point ce grand sujet, si central, ne semblait concerner qu’un si petit nombre de lecteurs. Comment dire la tristesse, bien sûr, de voir cette page se fermer.
Comment dire le soulagement aussi, il faut bien l’avouer, de pouvoir partir sans regret. Après moi, non pas le déluge, mais la relève assurée par des militant∙es toujours plus affuté∙es.
Comment dire merci aux équipes successives et aux salarié∙es d’avoir supporté mes tics professionnels, mon exigence et… mes choix vestimentaires.

Le Passe-Murailles est mort. Vive le Genepi. Longue vie au militantisme anticarcéral et à ses défenseur∙es. Et, furieusement, mort aux prisons. »

 

De la lettre du Genepi (ancêtre du Passe-Murailles, né dans les années 80) au dernier Passe-Murailles #77… 

 

MERCI aux lecteurs et lectrices à travers les années, et MERCI aux contributeurs et contributrices qui ont permis la création de cette ressource sur la prison.

MERCI aux prisonnièr.e.s pour leurs lettres. Force !

Pour vous le procurer, rendez-vous en boutique (format numérique ou papier).

On repense la forme du Passe-Muraille pour qu’il nous coûte moins cher ; on y travaille ✊