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04/2020. Actu

Ne fais pas ton flic, sois sympathique

Nous avons vu resurgir des pulsions particulièrement problématiques dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID 19 et la politique du confinement, ce qui nous a donné envie d’écrire.

L’injonction à « rester chez soi » et la nécessité de la distanciation sociale fournissent un prétexte spécialement inquiétant pour renforcer les pulsions de contrôle de chacun.e sur chacun.e. En effet, au nom de cet « esprit collectif », dans « l’intérêt de toustes », une surveillance généralisée des comportements s’est mise en place. Certain.e.s se sont réinventé.e.s une nouvelle passion, délateur.rice.s pro en appelant le 17 pour signaler les comportements potentiellement suspects de leurs voisin.e.s ! Félicitations, vous présentez toutes les qualités requises pour vous présenter au concours de police. La police n’a jamais autant recruté ! Pourtant même les flics trouvent que les français.es sont trop des poucaves !

Ne nous trompons pas de responsables et cherchons les vrai.e.s coupables. Bien évidemment si les gentes continuent à se rassembler, cela semble irraisonnable et irresponsable dans cette situation de crise sanitaire mais les vrai.e.s coupables sont bien tous.tes nos dirigeant.e.s totalement incompétent.e.s: Macron et toute sa clique , Buzyn, Castaner, Philippe etc. On ne dit pas qu’il ne faut pas réagir face à des situations qui paraissent problématiques, mais ne jouons pas aux keufs comme dans une mauvaise série. Si nous pensons que notre voisin.e sort trop souvent, simplement posons lui la question, essayons de le.a comprendre. Si nous voyons des personnes sans-abris qui errent, des militant.e.s qui taguent ou affichent des messages de soutien, des mal-logé.e.s qui sont dehors, ne jouons pas au bon citoyen.ne en appelant les keufs ou en les moralisant. Nous devons collectivement nous soucier de la santé et du bien-être de tous.tes mais ne devenons pas pour autant des agent.e.s du maintien de l’ordre.

Aujourd’hui la première contravention en cas d’infraction aux règles du confinement s’élève à 135€. En cas de récidive dans les 15 jours, 200€ dès la deuxième infraction et peut aussi être majorée à 450€, si elle n’est pas payée dans les 45 jours. Lorsque quatre violations du confinement sont relevées dans les 30 jours, il s’agit alors d’un délit. Il est punissable de 6 mois de prison et 3 750€ d’amende, alors même qu’il faut absolument vider toutes les prisons. Au-delà du montant indécent de ces amendes, si la santé publique guidait l’action des autorités sans exclure quiconque de ce droit fondamental, la première des mesures à prendre serait de vider un maximum les lieux d’enfermement. Plusieurs personnes ont déjà été condamnées à des peines de prison ferme pour non-respect du confinement ou à la suite d’incidents lors des contrôles comme dans la Loire, la Marne, en Vaucluse ou encore dans le Val-de-Marne. En faisant notre flic, nous remplissons les taules.

Ce mercredi 1er avril, environ 359 000 amendes ont été distribuées en France dans le cadre du confinement et parmi près de 6 millions de contrôles ont été effectués a affirmé fièrement le gouvernement ce matin (et ce n’est pas un poisson d’avril malheureusement) ! Une moyenne d’environ 23 000 amendes par jour. Si le système de santé français est à l’agonie, le système sécuritaire semble lui, parfaitement fonctionner ! Cette explosion des contraventions est l’occasion pour les forces de l’ordre de tous les abus de pouvoir, jusqu’à vérifier ce que l’on achète, le contenu de nos repas, la moindre sortie en banlieue. Bien évidemment c’est systématiquement les mêmes personnes ciblées, majoritairement des populations racisé.e.s précaires comme nous l’avons expliqué dans un article précédent. Pour rappel, l’IGPN (la police des polices soi-disant) a été saisie déjà pour de nombreuses interpellations violentes qui ont lieu dans le cadre de contrôles d’attestation de déplacement comme à Strasbourg, aux Ulis, à Asnières, à Aubervilliers…

Puisque Macron appelle le peuple à se rassembler, rassemblons-nous, pas sous un imaginaire nationaliste réactionnaire qui justifie des mesures autoritaires, privatives de libertés individuelles et de sacrifice des classes dominées au nom de l’intérêt national, mais bien sous le signe de l’entraide et de la solidarité. Être solidaire, ne veut pas seulement dire proposer de faire les courses pour ses voisin.e.s infirmier.e.s, ou docteur.e mais aussi de penser aux petites mains du capitalisme, les ouvrier.e.s qui continuent de trimer, les agent.e.s de nettoyage, les routier.e.s, livreur.euse.s, etc, il ne faut pas les oublier. Être solidaire ça veut dire aider la personne SDF qui vit en bas de chez soi. Être solidaire, c’est aider cette femme de l’étage du dessus qui se fait peut-être battre par son mari. Être solidaire ça veut aussi dire penser à toutes ces personnes enfermées qui ont besoin encore plus que d’habitude de notre soutien, appelons les CRA, écrivons des lettres aux prisonnier.e.s, parlons autour de nous de ce qui passe dans nos prisons (nous sortons un article très prochainement sur « comment aider les prisonnier.e.s depuis l’extérieur »). Soyons ensemble, d’accord mais pour de vrai, sans distinction de statut social ou de casier judiciaire, pour qu’une fois le confinement terminé, on soit toustes dans la rue, plus fort.e.s que jamais, pour renverser ce vieux monde !