Nos communiqués

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2020

 

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Décembre 2020- Ni label, ni prison !

NI LABEL NI PRISON
NON À L’EXPLOITATION
Le 30 septembre 2020 a été inauguré le label PEPs : « Produit en Prison » que le ministère de la justice et l’agence du travail d’intérêt général et de l’insertion professionnelle ont eu l’audace de créer. Les entreprises labélisent ainsi leurs produits lorsqu’ils ont été fabriqués par des prisonnier.e.s. Ce label, qui se présente comme « solidaire et inclusif » labélise dans les faits l’exploitation du travail de personnes qui sont déjà précaires.
NOUS, MILITANTES ANTICARCÉRALES, DÉNONÇONS CE LABEL QUI SERT UNIQUEMENT À JUSTIFIER ET LÉGITIMER
LE SYSTÈME CARCÉRAL. C’EST UN EFFET DE COMMUNICATION DE PLUS POUR CACHER LA MACHINE OPPRESSIVE ET DESTRUCTRICE QU’EST LA PRISON
PRISONS : LIEUX D’EXPLOITATION.
Le label dit vouloir « revaloriser l’image du travail pénitentiaire » alors que la réalité des conditions de travail pénitentiaire est scandaleuse. En effet, dans cette zone de non-droit social, il n’y a pas de contrat de travail, ni d’indemnité en cas de chômage technique. Par ailleurs, le travail en prison n’ouvre pas de droits aux allocations chômages. Les arrêts maladie et la reconnaissance des accidents du travail n’existent pas, et il n’y a pas non plus de médecine du travail. L’encadrement de la durée du travail est une illusion et il n’y a pas de jour de repos garanti. Il n’y a pas non plus de revenu minimal indexé au smic horaire. En théorie, la rémunération varie entre 20% et 45% du smic horaire, mais la plupart du temps les détenuEs sont payéEs à la pièce, au mépris de la loi. La cotisation pour la retraite ne se fait pas non plus selon les mêmes règles que dans le droit commun : pour chaque année travaillée, unE actif.ve valident 4 trimestre contre 1 à 3 pour les détenuEs. Enfin, il n’y a pas de droits syndicaux : les détenuEs ne peuvent pas faire valoir leurs droits au risque de représailles de l’administration pénitentiaire. Cette exploitation des travailleurs et des travailleuses au service du profit est organisée par l’Etat et est permise par un ministère de la Justice vantant non sans cynisme la «souplesse», la «réactivité» et la «disponibilité totale» des personnes détenues. Cette exploitation de la main d’œuvre carcérale par des entreprises privées se fait sous couvert de « réinsérer professionnellement » les détenuEs. La réinsertion est une des rhétoriques utilisées par l’Etat pour justifier son système répressif. Pourtant, la simple existence de la prison- dont l’objectif et l’effet est de marginaliser les personnes détenues- rend le concept de « réinsertion » profondément hypocrite.
LE TRAVAIL CARCÉRAL : OUTIL DE CONTRÔLE SOCIAL
En prison, le travail est utilisé comme un outil de gestion de la détention et comme un moyen de contrôle social par l’administration pénitentiaire, qui décide de qui a un travail, de qui peut le garder et de quel travail il s’agit, sans avoir à se justifier de ses décisions. Les remises de peines supplémentaires sont entre autres conditionnées par le fait de travailler ou non : le travail carcéral permet donc de facto d’être libéré plus vite. Pourtant, unE détenuE sur quatre a accès au travail, ce qui oblige à la fois les détenuEs qui ont accès au travail et celleux qui cherchent à y avoir accès à ne pas se révolter. Ce travail est par ailleurs bien souvent nécessaire pour survivre en prison, car la vie en prison coûte cher : tout ce qui n’est pas considéré comme strictement nécessaire par l’administration pénitentiaire (qui leur donne des repas immangeables et un kit d’hygiène qui n’est jamais suffisant) doit être acheté au prix fort par les détenuEs, qui perdent les aides sociales qu’iels pouvaient avoir dehors et que les familles, souvent extrêmement précarisées par la perte d’un revenu, ne peuvent pas toujours soutenir.
LE CAPITALISME AU FEU, LES PRISONS AU MILIEU
La prison profite à l’Etat et aux grandes entreprises, c’est un maillon essentiel du capitalisme. D’abord, l’Etat criminalise stratégiquement certains moyens de production (deal, travail du sexe…) et de répartition des richesses. Le système prison-justice va jouer un rôle clé de marginalisation des classes populaires et notamment des personnes racisées de classes populaires qui composent la majorité des détenuEs. Une fois en prison, la force de travail des détenuEs est réappropriée par l’Etat et les grandes entreprises afin de se faire de l’argent sur leur exploitation.
NOUS, MILITANTES ANTICARCÉRALES, DÉNONÇONS L’EXPLOITATION EN TAULE PAR L’ÉTAT ET LES ENTREPRISES PRIVÉES
CONTRE L’EXPLOITATION ET L’ENFERMEMENT
NI LABEL, NI PRISON
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Plus d’infos sur les acteurs du travail en prison :
– https://www.lemonde.fr/…/le-travail-en-prison-une…
– http://www.le-tigre.net/les-entreprises-et-la-prison.html
– https://paris-luttes.info/prison-strike-esclavage-made-in… (dans le contexte des États-Unis)

25 novembre 2020 - La police, la justice et la prison ne nous sauveront pas du patriarcat

LA JUSTICE ET LA PRISON NE RÈGLERONT PAS LES VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES
En ce jour du 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, nous militantes féministes anticarcérales, affirmons que le système police/justice/prison ne nous sauvera pas du patriarcat et qu’il n’est pas une solution aux violences sexistes et sexuelles. Nous nous opposons à ce système qui, même s’il est réformé, échouera à prendre en charge les victimes de violences sexistes et sexuelles.
Sans condamner ou porter de jugement sur les femmes qui ont eu ou souhaitent avoir recours au système pénal, nous affirmons que la justice et la taule sont des outils foncièrement antiféministes et patriarcaux, racistes et classistes, mais également des institutions violentes et précarisantes pour les femmes qui y sont confrontées. Ainsi, nous revendiquons que la question de la taule est éminemment féministe et que le féminisme se doit d’être anticarcéral.
SOLIDARITÉ AVEC LES FEMMES ENFERMÉES ET AVEC LES PROCHES DES PRISONNIER.ES
La taule est une institution sexiste, transmisogyne, raciste, classiste. Elle est, en soi, une violence contre les femmes qui y sont confrontées, qu’elles y soient enfermées ou qu’elles soient des proches de prisonnier.es.
Si la majorité des détenu.es sont des hommes, la prison enferme aussi les femmes. Les femmes qui ne sont pas conformes aux normes genrées du patriarcat sont plus souvent et plus sévèrement sanctionnées par le système carcéral, au regard par exemple de la criminalisation des travailleuses du sexe. Le système police/justice/prison est ainsi un outil de contrôle des femmes, de leur comportement et de leur corps. En taule, les femmes font face à des situations d’incarcération particulièrement précaires. De manière générale, elles souffrent d’un isolement important, étant détenues loin de leurs proches. Cela est exacerbé pour les femmes qui, arrêtées dans les territoires coloniaux français, vont être incarcérées dans l’Hexagone. Les femmes trans font, quant à elles, face à une véritable politique de violence de la part de l’institution carcérale. Elles sont incarcérées, sur la base de la mention de sexe à l’état civil, dans des prisons pour hommes, où elles sont placées à l’isolement pour leur soi-disant sécurité, et sans que leur avis ne leur soit demandé.
La prison enferme, avec les prisonnier.es, leurs proches et les précarise. Pour les proches, l’incarcération entraine souvent la perte d’un revenu. En parallèle, elles et ils doivent envoyer de l’argent en prison afin de subvenir aux besoins de leur proches incarcéré.es. Les proches qui maintiennent des liens sociaux sont dans l’immense majorité des femmes : mères, sœurs, compagnes, amies, etc. A travers l’incarcération, il y a une exploitation du travail des femmes proches. Elles vont prendre à leur charge les contraintes matérielles de l’institution carcérale, elles vont aider de l’extérieur à accomplir diverses démarches administratives et elles vont fournir un soutien moral et émotionnel. Elles se retrouvent également dans des situations d’isolement social du fait de la stigmatisation d’avoir un.e proche incarcéré.e. A la fin de l’incarcération, l’État exige en plus d’elles qu’elles jouent un rôle de « caution de réinsertion ». La prison est une autre façon pour l’État patriarcal de contrôler, de précariser et de discipliner certaines femmes.
NOUS, MILITANTES FÉMINISTES ANTICARCÉRALES, AFFIRMONS NOTRE SOLIDARITÉ AVEC LES FEMMES INCARCÉRÉES ET AVEC LES FEMMES PROCHES DE PRISONNIER.ES.
LA POLICE, LA JUSTICE ET LA PRISON NE NOUS SAUVERONT PAS DU PATRIARCAT
Pour nous, militantes féministes anticarcérales, le système police/justice/prison n’est pas une solution pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Non seulement ce système est profondément patriarcal et antiféministe, mais il est également raciste et classiste.
Le système police/justice/prison est destructeur pour les femmes qui y ont recours.
Pour que les violences vécues soient reconnues, elles doivent correspondre aux représentations racistes, classistes et sexistes de la justice. Il faudrait ainsi une « bonne victime » (femme cis, blanche, bourgeoise, hétérosexuelle, qui répond aux normes de genre), un accusé faisant partie des groupes visés par le système police/prison/justice et une violation du consentement tel qu’il est défini par la justice sexiste. Il est également attendu des femmes un « bon » comportement, tant vis-à-vis de la réaction aux violences vécues que face au système pénal. Elles doivent ainsi se conformer à certaines attentes de genre et doivent faire correspondre leur récit à ce qui est entendable pour la justice, qui définit pour nous ce que consentir veut dire et ce qu’être agressée signifie. Nos histoires sont disséquées et désavouées et nos affirmations mises en doute. Les femmes sont dépossédées de leurs récits et les violences ne sont que rarement reconnues.
Ainsi, si la peine carcérale peut procurer dans l’immédiat un sentiment de sécurité aux victimes, le système pénal ne favorise aucunement la prise en compte de leurs volontés et de leurs nécessités. En mettant l’accent sur la punition des agresseurs, le système police/justice/prison ne fournit pas aux victimes de violences domestiques de solutions pour y échapper. Il ne prend pas en compte les contraintes économiques qui empêchent de nombreuses femmes de quitter leur foyer. L’omniprésence du débat sur le durcissement des peines éclipse les mesures qui doivent permettre aux femmes de quitter des environnements violents et de ne plus se taire.
NOUS, MILITANTES FÉMINISTES ANTICARCÉRALES, REFUSONS QUE NOTRE FÉMINISME ET NOS VÉCUS JUSTIFIENT ET RENFORCENT LE SYSTÈME POLICE/JUSTICE/PRISON
Le système police/justice/prison sert le patriarcat, ainsi que l’ordre raciste et bourgeois.
En individualisant et en isolant les violences auxquelles nous sommes confrontées, le système ne remet pas en cause ce qui fonde ces violences : le patriarcat. L’incarcération, et plus généralement l’arsenal des peines de la prise en charge judiciaire des violences sexuelles et sexistes, ne proposent aucune solution aux rapports de domination de sexe qui favorisent l’émergence de ces violences. De plus, la justice, en ne traitant que certains cas de violence, invisibilise tout le continuum de violences faites aux femmes. L’incarcération ne combat pas les rapports de domination qui permettent à la violence patriarcale de s’exercer en toute impunité.
La justice, en condamnant toujours les mêmes et en administrant des peines différentes en fonction des caractéristiques de classe et de race, est également au service des politiques racistes et classistes de l’État. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles est instrumentalisée de manière sécuritaire par l’État via le système judiciaire français qui vise et enferme systématiquement les mêmes groupes sociaux.
CRAME LA TAULE ET CRAME LE PATRIARCAT !
FÉMINISTES ANTICARCÉRALES TANT QU’IL LE FAUDRA !

2019

 

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ExistransInter 2019 - Fin de la transphobie pénitentiaire

Septembre 2019 - Fin de l'action en détention

Lors de la dernière assemblée générale annuelle du Genepi, qui a traditionnellement lieu en juin, les militant.e.s de l’association ont décidé, par le biais d’un vote respectant les quorums prévus dans les statuts, de mettre fin à l’un des piliers historiques du Genepi : l’action en détention.

Si peu de temps après la signature d’une nouvelle convention, il nous est apparu important d’expliquer les raison de ce revirement.

Ce vote est le fruit d’une réflexion sur le sens des actions du Genepi, réflexion portée depuis de nombreuses années par les équipes se succédant, jusqu’à l’essoufflement. Il n’est donc pas le reflet de l’opinion trop radicale d’une poignée de militant.e.s du Genepi et ne saurait se réduire à un point de vue.

Il s’agit avant tout d’une décision politique, qui peut être analysée en parallèle d’une critique historique de l’enfermement et du rôle de la prison dans la société, critique prononcée par les militant.e.s de l’association mais surtout par les prisonnièr.e.s et les ancien.ne.s prisonnièr.e.s, les proches de détenu.e.s, ainsi que certains autres collectifs, certain.e.s sociologues, médecins, etc.

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Initialement créé par le gouvernement pour, en partie, acheter la paix sociale dans les prisons à la suite des mutineries, le Genepi a vu le jour en 1976. Dès lors, une centaine d’étudiant.e.s des grandes écoles ont pu entrer en détention et proposer aux personnes détenues des ateliers scolaires. L’objectif était de sensibiliser les futurs employeurs et chefs d’entreprises à la réinsertion sociale des prisonnier.e.s.

Cependant, dès 1981, le Genepi affirme ne pas subordonner sa définition de la réinsertion à celle qui transparaît alors dans les politiques publiques, en accord avec Laurent Jacqua qui a, récemment encore, rappelé que la réinsertion est “un mot générique qui fait partie du langage institutionnel” [Dans le podcast « Comment refaire sa vie après la prison ? » – 20 minutes – 03/09/2019].

Depuis, presque toutes les évolutions de la pensée du Genepi sont retracées dans les prises de position de l’association.

En 2011, l’identité de l’association évolue : les genepistes souhaitent d’une part de ne pas restreindre les actions de l’association aux seuls ateliers en détention et d’autre part, en finir avec un acronyme – Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées – qui ne reflète plus le projet de l’association. Le Genepi change son objet social et milite désormais pour « le décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les membres de l’association, la société et les personnes incarcérées ».

En 2017, dans une optique de réflexion politique sur l’action en détention, le Genepi a déterminé des « limites basses » au niveau national, constituant un cadre minimum pour ses interventions. Parmi ces lignes rouges à ne pas franchir : la présence de dispositifs d’écoute et de vidéosurveillance dans les salles d’ateliers, la pratique de fouilles à nu après les ateliers, la présence de listes d’appels ou tout autre système « du bâton et de la carotte » dans lequel s’inscrirait contre son gré le Genepi. Dans les faits, faire respecter ces limites basses s’est révélé pratiquement impossible et nombre de groupes locaux ont passé outre.

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L’engagement des genepistes devrait aller de pair avec une conscience militante des enjeux politiques liés aux différents lieux d’enfermement. L’appréhension de ces enjeux porte les militant.e.s du Genepi à proposer une critique radicale de l’enfermement, devenue, au fil des années, de plus en plus inacceptable pour l’administration pénitentiaire.

En 2018, après un long silence, cette dernière décide de rompre la convention qui la liait à l’association, évoquant une baisse du nombre d’heures d’ateliers donnés en prison et une critique des politiques pénitentiaires de la part des bénévoles du Genepi. Il s’agissait surtout d’une sanction politique, comme nous l’avons rappelé dans nos nombreux communiqués. C’est suite à une phase de médiatisation intense et grâce à de vastes soutiens (que nous remercions encore aujourd’hui) que le Genepi a pu récupérer une convention.

Cette convention reflète la vision qu’a l’administration pénitentiaire du rôle de l’associatif en prison. En effet, elle semble percevoir le Genepi comme un prestataire de services éducatifs permettant d’obtenir une paix sociale relative en détention : “Aujourd’hui, travaillant à la transformation sociale. Demain, prestataires du gouvernement pour l’accompagnement social, à moindre coût, des politiques néo-libérales”, écrivaient à l’époque les camarades du syndicat ASSO – Solidaires [Genepi : contre la vassalisation du secteur associatif ! – Syndicat ASSO – 05/11/2018]. Avec cette nouvelle convention, l’administration pénitentiaire limite l’action du Genepi au seul cadre scolaire, empêchant tout atelier à vocation politique ou même simplement culturelle en détention. De plus, le respect des limites basses serait encore rendu impossible, étant donné les politiques sécuritaires actuelles.

« Les intervenants acceptent pendant un temps donné de se soumettre à un règlement, acceptent d’être détenus. Ça renvoie à ma propre histoire, quand je refusais que ma famille vienne au parloir car je refusais que pendant une demi-heure ma famille soit détenue et se soumette à un règlement auquel elle n’avait pas à se soumettre. Ce que je reproche aux intervenants, c’est ça, « vous venez en prison vous enfermer avec nous pendant un temps donné, mais vous en sortez très vite, et quand vous en sortez, vous emmenez plus de choses que vous n’en avez amené. »
Ça ne valait pas la peine mais ça valait le coup, propos d’Hafed Benotman – L’Envolée

Mettre en œuvre cette convention, si cela était possible, serait un retour en arrière pour le Genepi, transformé en partenaire docile, acceptant toutes conditions de l’administration pénitentiaire, vidé de sa substance critique. Par ailleurs, il faut absolument savoir que l’administration pénitentiaire a souhaité, alors que nous nous apprêtions à signer la nouvelle convention, ajouter une clause relative à la communication du Genepi ; cette clause aurait donné à la DAP un droit de surveillance sur nos prises de parole et de position, et leur aurait facilité la possibilité de mettre un terme (de nouveau) au partenariat.

“[…] de nombreuses associations, en étant financées par des subventions publiques, sont aujourd’hui dépendantes des politiques d’Etat et perdent de leurs libertés.
Bien qu’elles complètent les services publics, ces associations font largement appel au bénévolat et aux emplois précaires, allégeant l’Etat de charges importantes.”
Les associations servent-elles le capitalisme ? – Des utopies – 11/05/2018

C’est justement parce que le Genepi a longtemps cherché à maintenir l’action en détention au prix de nombreuses concessions, que nous, militant.e.s, nous sommes retrouvées face à nos contradictions, acceptant par exemple le tri entre les « bon.ne.s détenu.e.s », celleux qui pourraient avoir accès aux ateliers du Genepi, et les autres.

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De plus, les motivations personnelles des bénévoles souhaitant entrer en détention (tourisme carcéral, valorisation sur un CV pour l’avenir professionnel, symbolique d’une expérience « humanitaire » ou « humaniste ») se heurtent parfois à notre recherche d’une justification politique à l’action en détention.

Par ailleurs, l’action en détention est justifiée par l’idée d’un « bol d’air » qu’apporteraient par leur seule présence les genepistes au sein des murs. Cela est parfois vrai, puisque cela nous a été directement rapporté par des personnes enfermées.

Pourtant, quel espace peut-on vraiment créer face à la violence des rapports de domination amplifiés par la prison et dans la prison ?

« S’enfermer volontairement » pour en ressortir aussi vite, peut accentuer cette violence tout autant que le rapport asymétrique d’étudiant.e.s principalement blanc.he.s et privilégié.e.s entrant en prison pour exercer une forme de « leçon » :

“- Il [l’intervenant] est arrivé, j’étais sceptique, très très méfiant, limite paranoïaque. Je me disais : en voilà encore un qui vient en prison pour nous faire la leçon… la leçon artistique. Parce qu’on serait des cancres au niveau du théâtre ou de l’image vidéo ou cinématographique, et je me suis dit : tiens , celui-là je vais me le faire !
– Cet atelier, tu t’en es servi comme d’une tribune ?
– Pas forcément comme d’une tribune, mais comme d’un outil de combat vis-à-vis des autres détenus qui étaient avec moi et vis-à-vis de Jean-Christophe ; sans sortir du cadre de ce qu’était pour moi l’art théâtral, passion que je partageais avec Jean-Christophe avant la prison.
– Alors, comment as-tu posé les termes [du combat] ?
– Je voulais savoir si le détenu ne serait pas pour lui une matière plastique (au même titre que la terre chamottée pour un sculpteur, que la peinture pour un peintre) qu’il faudrait malaxer, travailler, et présenter à l’administration pénitentiaire, qui serait ravie de pouvoir montrer des détenus moulés dans un discours intellectuel, artistique, etc. »
Hafed Benotman, op.cit.

Le profond problème de l’action en détention est qu’elle participe à une forme de légitimation de l’enfermement et du système pénal en le recouvrant d’un vernis humanitaire (achat d’une paix sociale via la “formule bénévolat”, qui permet de pallier au manque de professeur.e.s en prison). La prison condamne des milliers de personnes, “damnés et misérables” [Rigouste Mathieu, La domination policière. Une violence industrielle, La Fabrique, 2012], à des peines de mort sociale, et la prison tue – au moins 131 suicides ou mort suspectes en 2018 dans les prisons françaises. Dans le contexte sécuritaire qui est le nôtre, comme à la prison de Condé-sur-Sarthe [lire notre zine Passe-Murailles de juin 2019 et l’article de l’Envolée du 24 juillet 2019], être un prestataire de services n’est pas acceptable.

Dans certains cas, l’intervention en prison serait conditionnée à la mise en place d’encore plus d’outils de contrôle sur les personnes qui viennent en atelier, les personnes détenues en premier lieu, parfois aussi les bénévoles du Genepi.

En novembre 2018, nous énoncions :

« #LaPrisonSeFerme »

Mais, cela faisait bien longtemps, éternellement, qu’elle était « fermée ». En réalité et sans jeu de mot, cela faisait plusieurs mois que les relations avec les DISP (les interlocuteurs.rices en région de l’administration) ne facilitaient pas, voire empêchaient, notre entrée en prison – parfois en raison des “prises de position soviétiques du Genepi” (sic). On ne voulait plus de nous ! Que voulions-nous ?

Le Genepi doit opérer un tournant, dans un contexte d’ultra-répression opérée par le gouvernement Macron, qui tente de museler les associations contestataires. N’oublions pas que c’est dans ce contexte politique que s’inscrivent la fin de la convention, les négociations, la décision de la fin de l’action en détention enfin.

***

Il était ainsi nécessaire de se couper un peu plus de l’institution-répression qu’est la prison.

Cependant, cela ne veut pas dire que nous nous coupons des prisonnièr.e.s, au contraire. Relayer la parole des prisonnier.e.s, la croire, la prendre comme parole politique, n’a jamais été conditionné à une intervention en détention.

Notre désir est de travailler à la lutte avec les prisonnièr.e.s, les ancien.ne.s prisonnièr.e.s, leurs proches, les collectifs et associations au coeur de cette lutte. De continuer à sensibiliser comme nous l’avons activement fait l’an dernier.

“L’idée c’est d’agréger toutes les forces présentes, pas dans une posture de simple solidarité mais bien de cause commune, avec des objectifs communs.”, énonce D., membre de la Chapelle Debout, dans un entretien à propos du mouvement des Gilets noirs [Les Gilets Noirs, c’est pas un collectif, c’est un mouvement ! Archéologie d’une lutte antiraciste – Plateforme d’Enquêtes Militantes – 01/09/2019].

L’association évolue, et il est certain qu’un bon nombre de celleux qui nous suivent ne seront pas d’accord avec cette évolution. Mais elle est le fruit d’un temps long de réflexions en interne, d’expériences, d’analyses. La restructuration prendra du temps.

Le recrutement s’annonce et toute personne est la bienvenue dans l’association, étudiant.e ou non !

Nous remercions nos soutiens et camarades de lutte.

Force et courage aux prisonnièr.e.s et à leurs proches !

Mai 2019 - Femmes transgenres enfermées à Fleury-Mérogis : une situation inacceptable ! – Pour la fin de la transphobie pénitentiaire

17 Mai 2019 – Journée internationale de lutte contre les LGBTIphobies

Entre le 29 avril et le 11 mai 2019, 610 courriers ont été adressés à 55 député·e·s et sénateur·ice·s, les interpellant au sujet des conditions de détention des femmes transgenres enfermées à l’isolement au dernier étage du bâtiment D3 de la maison d’arrêt des hommes (MAH) de Fleury-Mérogis. Dans ces lettres, se trouve une liste de cinq revendications formulées par ces détenues en décembre dernier. Celles-ci ont été communiquées à la direction de la prison dans une lettre signée par quatre associations des champs prison-Justice et des luttes LGBTI, envoyée le 22 janvier 2019, journée internationale de solidarité avec les prisonnières et prisonniers transgenres. Ces revendications, recueillies durant un atelier avec elles, sont les suivantes :

– un accès hebdomadaire au sport, encadré par un moniteur ou une monitrice professionnelle, au même titre que les autres détenus ;

– un accès à une cour de promenade extérieure et non plus à une salle de taille réduite au plafond grillagé ;

– l’accès au travail en atelier, possiblement en mixité, au même titre que les autres détenus ;

– l’accès aux mêmes cours, formations et activités que les détenus hommes, possiblement en mixité ;

– un accès suffisant au téléphone et sans interruptions mettant fin à leurs communications.

En France, l’incarcération dans un quartier homme ou femme se fait en théorie en fonction de la mention de genre à l’état civil. En pratique, les personnes sont souvent incarcérées sur la base des représentations sexistes et transphobes de l’administration pénitentiaire sur le genre. En ce qui concerne les femmes trans, cela se traduit par le fait qu’elles aient ou non fait une vaginoplastie. Dans les deux cas, cela signifie qu’en France, des femmes sont enfermées en prison d’hommes. Afin de régler tous les problèmes qu’elles soulèvent par le biais de cette liste de revendications, les prisonnières de la maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis demandent à ce que les femmes transgenres soient enfermées dans un quartier correspondant à leur genre.

Au motif de leur sécurité – sans que leur avis sur la question ne soit interrogé – on les enferme à l’isolement : elles ne peuvent croiser aucun autre détenu. Elles n’ont donc pas accès à la cour de promenade, mais uniquement à une salle d’une quinzaine de mètres carrés, dont le plafond est remplacé par d’épais grillages. Elles n’ont pas accès au travail, au sport, aux cours, aux formations, aux activités au même titre que les autres prisonniers. Leur accès au téléphone, installé dans le couloir, est lui aussi affecté. Ce traitement discriminant se conjugue avec le fait que les femmes transgenres en prison en France sont souvent des étrangères latino-américaines, qui n’ont pas de proches pouvant les soutenir en France. Il rime aussi avec une difficulté d’accès accrue à un suivi médical adapté à des problématiques de santé spécifiques, notamment en matière de VIH et d’hépatites.

La transphobie et le racisme généralisés, organisés notamment par les institutions, placent les femmes transgenres dans une situation particulièrement vulnérable. Il se situe dans la pénalisation du travail du sexe, via notamment la loi de pénalisation des clients, et dans l’illégalisation des étranger·e·s menant à leur déportation. Suite à la récente agression transphobe de Julia, quelques élu·e·s LREM ont publiquement exprimé leur soutien et se sont montré choqué·e·s. Pacôme Rupin a ainsi déclaré que “le droit est du côté des citoyens qui veulent vivre librement leur identité”. Il semble cynique de poser une telle affirmation quand le droit est l’outil qui permet le harcèlement des femmes transgenres par la police et la Justice. L’outil qui permet de les précariser, de les isoler, de les enfermer, de mettre leurs vies en danger, de manière ciblée.

Dans certaines prisons comme à Caen, où les femmes transgenres ne sont pas à l’isolement, l’administration pénitentiaire travaille à se racheter une image. Le respect de leurs prénoms et l’accès à une cantine de produits féminins n’est pas suffisant et devrait aller de soi. Enfermées parmi les hommes au régime classique, elles demeurent dans un lieu ne correspondant pas à leur genre, dans une situation présentant des risques importants et créant une situation d’isolement de fait. Quant à la MAH de Fleury-Mérogis, la réponse à notre courrier adressé à la direction affirmait que ce “sujet dépass[ait] le cadre de Fleury-Mérogis”. Il a été transmis à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Paris et à la direction de l’administration pénitentiaire, dont nous n’avons aucun retour à ce jour. La mise en place de mesures superficielles qui s’annonce au niveau national ne doit pas nous leurrer.

Nous nous devons donc de soutenir les luttes des personnes trans, des travailleuses et travailleurs du sexe, des étranger·e·s ainsi que de refuser leur enfermement, synonyme de mort sociale voire de mort réelle. Et nous nous devons également de soutenir les revendications qui émanent des prisonnières trans de Fleury-Mérogis elles-mêmes concernant l’amélioration de leurs conditions de détention et leur placement dans un quartier correspondant à leur genre. Elles ne doivent pas subir la “torture blanche” de l’isolement, selon le qualificatif employé par la CNCDH, et la discrimination arbitraire qui leur est imposée par l’administration pénitentiaire. Le placement en détention classique chez les hommes n’est pas non plus suffisant.

En novembre dernier, dans le cadre de la loi de programmation Justice, les dix-sept député·e·s de la France Insoumise déposaient deux amendements au code de procédure pénale allant dans ce sens. Les deux amendements ont été rejetés. S’il ne s’agit pas là d’une surprise, la transphobie infusant l’ensemble de nos institutions, il aurait été appréciable que les député·e·s de la FI ne soient pas que deux à les voter. A quand un courage politique suffisant pour faire évoluer la législation et permettre que l’incarcération des femmes trans ne rime plus avec isolement et torture ?

Nous dénonçons la discrimination particulièrement alarmante que subissent les femmes transgenres incarcérées en France et appuyons les revendications des prisonnières transgenres de la maison d’arrêt des hommes de Fleury-Mérogis. Nous exigeons que l’administration pénitentiaire et les politiques les entendent et se mobilisent pour y accéder réellement, sans les dévoyer.
Signataires

Genepi

Acceptess-T

Act Up Paris

OUTrans

Ouest Trans

Association nationale transgenre

Syndicat PRP – pour le respect et la protection des prisonnier·e·s

David et Jonathan

Inter-LGBT

Genepi Belgique

TRANS INTER action

FièrEs

ODOTI – Local de documentation trans et intersexe

Centre LGBT de Touraine

Bi’Cause

Support transgenre Strasbourg

TransMission

Centre LGBT de Normandie

ACAP – Anti capitaliste anti patriarcat

Potere al Popolo Paris

FRACASSE

NOSIG – Centre LGBTQI+ de Nantes

En-Trans

Quazar – Centre LGBT d’Angers

Spoutnik Nancy

La nouvelle lune

J’en suis j’y reste – Centre LGBT de Lille Nord Pas-de-Calais

Lesbian and Gay Pride Lyon

Quidam·e·s

HomovertEs

Bonny Read

Ex Aequo

LBTG – Laisse Bien Ta Gaité

BCBG – Science Po Lille

La Station LGBTI – Centre LGBTI de Strasbourg

Collectif féministe contre le cyberharcèlement

Mars 2019 - Prisons bloquées et mesures sécuritaires : une grève au détriment des prisonnier-e-s

Après quinze jours de blocage, la reprise progressive du travail a été annoncée le 20 mars 2019 à Condé-sur-Sarthe. L’agression de deux surveillant-e-s pénitentiaires le 5 mars dernier a redonné de l’élan à un mouvement de grève lancé au début de l’hiver, et qui se serait voulu à l’image de celui du début d’année 2018.

De fait, le scénario est le même. L’agression d’un surveillant a été immédiatement qualifiée d’acte terroriste, sans attendre les résultats de l’enquête, sans prise en compte des conditions de détention déplorables et de la surveillance accrue d’un lieu s’apparentant à un Quartier de Haute Sécurité. Une nouvelle fois, le blocage de prison a privé les détenu-e-s de repas suffisants, de médicaments, de douches, de toute sortie de cellule, de travail, de nouvelles à leurs proches, de visites de leur avocat, etc. pendant deux semaines. Comme en 2018, des prisonnier-e-s ont déposé un recours au tribunal administratif pour “traitement inhumain et dégradant”, recours qui a été rejeté. Et ce, jusque dans l’issue : c’est le volet sécuritaire des revendications des surveillant-e-s qui a été accordé et non ce qui concerne le statut ou les salaires. Ces revendications font partie de celles qui se construisent contre les détenu-e-s, qui alimentent les tensions entre détenu-e-s et surveillant-e-s pénitentiaires et qui laissent présager d’autres tensions, d’autres grèves et blocages, toujours au préjudice des prisonnier-e-s. Cette “inflation sécuritaire” se poursuit dans les réformes pénitentiaires [Expression de Laurent Bonelli], en bonne intelligence avec les syndicats de surveillant-e-s. Elle s’accompagne d’un discours sécuritaire au nom de “l’anti-terrorisme”, répondant à un marché de la sécurité fructueux, désormais l’idéologie centrale qui préside aux réformes en France [Voir Mathieu Rigouste, État d’urgence et business de la sécurité, Niet, 2016].

Il aura suffi de deux semaines de mobilisation – pendant lesquels les surveillant-e-s, les syndicats, l’administration pénitentiaire, la Justice et le ministère ont sciemment mis en danger la vie des prisonnier-e-s par leurs actions ou leurs discours – pour que les surveillant-e-s de Condé obtiennent tout un arsenal de mesures sécuritaires qui démantèlent encore un peu plus l’État de droit : fouille des familles par palpation, portique à ondes millimétriques, gilets pare-lame, limitation des moments où les détenu-e-s sont ensemble, limitation des contacts entre détenu-e-s et surveillant-e-s… [France 3 régions]

D’autre part, se pose la question de la méthode avec laquelle les surveillant-e-s et leurs syndicats ont choisi d’interpeller leur hiérarchie. La méthode du blocage de l’établissement de Condé-sur-Sarthe choisie par les syndicats pénitentiaires en grève, a eu pour les personnes détenues à l’intérieur des conséquences dramatiques.

Ce type de méthode est comparable à celle employée par le Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France, qui invitait ses adhérents à ne plus pratiquer d’IVG sur leurs patientes afin de faire entendre leurs revendications. La mise en danger de l’intégrité physique des populations dépendant des professionnel-le-s, quels qu’ils soient, est injustifiable.

Par ailleurs, nous regrettons qu’une fois de plus, la prison ne soit au centre de l’actualité que lorsqu’il est question des personnels. Les conditions de vie des prisonnier-e-s qui continuent de se dégrader ne sont toujours pas le sujet du débat national et leurs voix ne sont pas entendues. Le choix des parlementaires de ne se déplacer jusqu’aux prisons que dans le contexte de la grève des surveillant-e-s pénitentiaires est, en ce sens, particulièrement alarmant.

Le Genepi souhaite interpeller, fidèle à ses idéaux, sur les conditions de détention et le non-respect des droits élémentaires des prisonnier-e-s et de leurs proches. La réponse “sécuritaire” augmente quant à elle toujours plus le niveau de répression dans les prisons françaises et ne promet pas d’arranger les tensions.

Janvier 2019 - En solidarité avec les révolté.e.s et grévistes des CRA

En décembre, puis en janvier, des prisonnier.e.s du Centre de Rétention Administrative de Vincennes, du Mesnil-Amelot et de Oissel, se sont déclaré.e.s en grève collective de la faim et se sont réuni.e.s pour rédiger des communiqués et avancer des revendications.

Plusieurs communiqués, sortant du CRA2 du Mesnil-Amelot, du CRA3 du Mesnil-Amelot, de Vincennes et de Oissel ont été publiés.

Iels luttent contre les violences policières (violences, agressions sexuelles, tortures) et contre les déportations, tout en réclamant la liberté pour tou.te.s les étranger.e.s enfermé.e.s dans ces centres. Mais aussi, iels réclament pour le temps de leur détention un accès à la santé et aux soins, une nourriture correcte et halal, et la fin des vols cachés. Iels réclament enfin le respect et des traitements dignes.

Nous nous devons de nous solidariser avec la lutte de ces prisonnier.e.s et soutenir leurs revendications.

Nous croyons et soutenons les survivant.e.s d’agressions sexuelles et de violences policières dans les CRA quand iels ont le courage de dénoncer publiquement ces actes, s’exposant à la répression, aux intimidations et aux harcèlements de leurs geôliers que sont les policiers. Force à ces résistant.e.s !

Pour rappel, le Genepi a été contacté par plusieurs associations qui travaillent dans les CRA ; ou même par des directions de CRA pour y intervenir et y proposer des ateliers “socio-culturels”. Les militant.e.s du Genepi n’interviennent pas en CRA.

Le Genepi ne souhaite pas se faire le complice objectif du racisme d’État. Ce même État qui vient d’allonger la durée de rétention maximale à 90 jours et cherche maintenant des associations au discours lissé pour “occuper” et calmer les prisonnier.e.s durant tout ce temps.

Le Genepi ne souhaite pas être complice de ce système organisé de tri raciste entre “bon.ne.s” et “mauvais.e.s” migrant.e.s. Nous dénonçons la criminalisation des étranger.e.s et la double peine, qui mène à des situations aussi absurdes que celle d’un.e migrant.e qui, résistant à un vol de déportation ou cherchant à s’évader, peut se retrouver condamné.e et incarcéré.e – subissant donc l’aller-retour prison/CRA. Selon les propres mots des prisonniers du CRA de Oissel : “Nous les enfermés on voit plus nos proches, les allers retours CRA-Prison-CRA empirent encore tout ça. On va pas passer notre vie à être enfermés !”

Les migrant.e.s afghan.es parlent de “deport center” pour parler des CRA. Nous refusons d’organiser des ateliers dans la détention pour des prisonnier.e.s qui seront déporté.e.s de force 90 jours plus tard, mis dans des avions, parfois avec escortes policières, menottes et masques – appelés innocemment “réducteurs phoniques” -, vers des pays où ils risquent la mort ou la torture.

Le Genepi affirme sa solidarité avec la lutte des prisonnier.e.s, et appelle les autres associations du monde prison-justice ainsi que les associations de solidarité avec les migrant.e.s à faire de même. Il est de notre responsabilité associative de ne pas continuer à essayer d’humaniser, par des “ateliers socioculturels”, un des hauts lieux de l’organisation du racisme d’Etat ciblant les étranger.e.s.

Militons plutôt, comme le réclame la Cimade, pour la fermeture pure et simple de ces prisons pour étranger.e.s.

2018

 

L’email a bien été copié

Septembre 2018 - Le Genepi soutient la grève nationale des détenu.e.s étatsunien.ne.s (Genepi IDF)

Depuis le 21 août, et jusqu’au 9 septembre 2018, anniversaire de la révolte de la prison d’Attica, des détenu.e.s de prisons dans 17 états américains se déclarent en grève nationale, en réaction à la répression brutale où sept détenus ont été tués suite à la mutinerie de l’Institut correctionnel Lee en Caroline du Sud. Par un appel à la grève du travail, à la grève de la faim, aux actions de désobéissance et au boycott des entreprises profitant de l’industrie carcérale, les détenu.e.s en lutte comptent alerter le public de leur situation, en revendiquant l’amélioration immédiate des conditions d’incarcération, la fin de l’esclavagisme carcéral, la fin des peines sans possibilité de liberté conditionnelle, la fin de l’incarcération abusive des personnes racisées, et le droit de vote pour tou.te.s les détenu.e.s.

Les Etats-Unis, première puissance carcérale où environ un adulte sur cent est actuellement incarcéré, où un afro-américain sur trois passera un moment de sa vie derrière les barreaux, et où sept millions de personnes sont placées sous « surveillance correctionnelle » (en prison, en liberté conditionnelle, où en « probation »), vit depuis le 21 août sa plus grande mobilisation anticarcérale contemporaine. Depuis les années 1980 et le boom carcéral sous Reagan, les gouvernements des partis Républicains et Démocrates n’ont cessé d’accentuer l’incarcération de masse, en multipliant les formes d’incarcération et en étendant la répression judiciaire-carcérale au-delà des murs de la prison par des dispositifs de « probation » à long terme qui ciblent de façon permanente les populations précaires et racisées des Etats-Unis. Ce système répressif est alimenté par le complexe carcéral-industriel, mêlant des entreprises gestionnaires de prisons dans un marché d’incarcération privé s’élevant à plus de $70milliards aux entreprises multinationales « employant » une main-d’œuvre carcérale avec peu (ou pas) de rémunération, faisant de la prison étatsunienne le terrain le plus fertile de l’exploitation capitaliste.

Le Genepi rappelle que, par rapport à la situation étatsunienne, la prison en France est loin d’être exemplaire : bien au contraire, la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions d’incarcération dégradantes de ses prisons, qui sont vivement critiquées par les détenu.e.s, comme ça a été le cas cette année aux Centres pénitentiaires de Fleury-Mérogis, Fresnes, Villepinte, Seysses et Saint-Maur pour ne citer que quelques exemples. Tout comme au Etats-Unis, le droit du travail n’existe pas en prison, et de nombreuses entreprises profitent du système carcéral pour engager une main-d’œuvre quasi-gratuite, sans possibilité de se syndiquer, et sans recours ni au Code du travail, ni au tribunal des Prud’hommes. Tout comme aux Etats-Unis, le système carcéral français vise avant tout les populations non-blanches et issues de l’immigration post-coloniale, car effectivement, 60% de la population carcérale est musulmane contre 7% dans la population générale. Enfin, de par la loi asile-immigration, adoptée définitivement le 26 juillet 2018, l’extension de la rétention administrative des personnes sans-papiers ressemble à s’y méprendre au système raciste des prisons ICE de Donald Trump, où des centaines de milliers de personnes sans-papiers sont détenues pendant des mois sans condamnation de la part d’un juge, et où même les nourrissons peuvent être incarcéré.e.s.

Le Genepi apporte son soutien international aux détenu.e.s en lutte, et salue leur combat contre le système raciste de l’incarcération de masse et de l’exploitation au travail. Nous rejoignons l’appel pour un boycott des entreprises qui exploitent la main-d’œuvre carcérale. Vue les convergences transatlantiques en termes de politiques carcérales, nous sommes convaincu.e.s qu’une victoire pour les détenu.e.s étatsunien.ne.s sera une victoire pour les détenu.e.s en France et dans le monde entier.

Plus d’infos sur le site des Incarcerated Workers’ Organizing Committee : https://incarceratedworkers.org/campaigns/prison-strike-2018

Juillet 2018 - Appel à marcher pour Adama (Genepi France)

Le Genepi, association militant pour le décloisonnement des institutions carcérales, soutient le comité La vérité pour Adama et appelle à marcher ce 21 juillet – en lutte contre les violences policières impunies et l’acharnement judiciaire et carcéral.

Depuis le 19 juillet 2016, jour de la mort d’Adama Traoré, jour aussi de son 24ème anniversaire, rien ne semble avoir changé. L’institution policière dévoile un blason encore doré, et continue pourtant de tuer. En témoigne la mort récente d’Aboubakar Fofana, le 3 juillet à Nantes, à cause d’un tir de policier.

Il faut rendre hommage à Adama, et saluer le travail perpétué depuis deux ans par le comité, pour la justice et l’alliance des luttes antiracistes contre le système judiciaire. Au Genepi, nous dénonçons également les discriminations raciales qui se produisent du début à la fin de la chaîne pénale – le contrôle au faciès, la comparution immédiate, la prison enfin, sont des outils de répression majeurs des personnes racisées.

Les frères d’Adama Traoré, Bagui, Ysoufou, Yacouba, Chekne, Samba, ont subi et subissent l’acharnement des institutions à leur encontre. L’État les enferme dans les prisons de l’Île-de-France ; le 18 juin 2018, nous étions informé.e.s du sort réservé à Bagui Traoré, abandonné dans sa cellule pendant une nuit entière alors qu’il souffrait au niveau du coeur et avait des difficultés à respirer.

En décembre 2017, Assa Traoré se déplaçait à la 36ème Journée Prison-Justice du Genepi à Nanterre, pour prendre la parole lors de la plénière de clôture. Son témoignage a marqué les esprits. À nous désormais de nous rendre à Beaumont-sur-Oise samedi 21 juillet, pour marcher à partir de 14 heures, en signe de ralliement.

Exigeons encore vérité et justice pour Adama et pour les victimes de violences policières.

Refusons la prison qui punit les victimes comme celleux qui militent.

Avril 2018 - Ni sélection, ni détention ! - Le Genepi soutient le mouvement contre le Plan étudiant (Genepi France)

Le Genepi, association nationale essentiellement étudiante, présente dans des dizaines d’universités en France, apporte tout son soutien au mouvement étudiant contre la sélection. Depuis quelques semaines, étudiant.e.s et personnels universitaires se mobilisent contre les réformes néolibérales du gouvernement dans l’éducation, bloquant et occupant les campus et bâtiments, et manifestant leur opposition frontale dans la rue.

La loi ORE prévoit effectivement d’instaurer une sélection dont les critères arbitraires seront fixés par chaque université, ainsi que de mettre fin au système de compensation des unités d’enseignement. La loi ORE est à replacer dans une série de réformes, dont la réforme du bac, qui créera un parcours lycéen modulaire où, à terme, le diplôme national du baccalauréat n’existera plus en tant que tel. La sélection se fera donc au profil social rattaché au lycée de provenance, créant ainsi un enseignement supérieur à deux vitesses avec des filières et des diplômes poubelles et d’autres prestigieux. La réforme sur l’autonomie des universités annoncée par Frédérique Vidal prévoit de faciliter le changement de statut des universités publiques, comme cela a été le cas à Paris-Dauphine, permettant d’augmenter les frais d’inscription selon l’institution et selon la filière. Ces réformes n’auront qu’un effet : rendre l’université plus élitiste et inaccessible, renforçant les inégalités sociales et économiques déjà présentes.

Le tournant “austéritaire” s’accélère dangereusement avec ces réformes. Alors qu’il cherche à privatiser plusieurs secteurs publics, dont l’enseignement supérieur et le ferroviaire, le gouvernement annonce qu’il va étendre et développer l’enfermement. Que ce soit dans le système carcéral, où Emmanuel Macron prévoit des milliers de places de prison supplémentaires (7000 à la dernière annonce), ou dans le système de rétention administrative des personnes sans-papiers, où la loi asile-immigration allongera la durée maximale de rétention de 45 jours à 135 jours, le gouvernement ne cache pas ses priorités : il s’agit d’enfermer plutôt que de subvenir aux besoins. Il n’y a donc pas de “contraintes budgétaires” dans ce changement de paradigme ; seulement un glissement de volonté politique qui préfère allouer les budgets à la répression et à l’enfermement plutôt qu’au service public et à l’éducation.

Le Genepi condamne fermement l’intrusion de la police et des milices fascistes dans les lycées et sur les campus universitaires, comme cela a été et est le cas à Montpellier, Lille, Bordeaux, Strasbourg, Nantes, Grenoble, Toulouse, Nanterre, Nancy, ainsi que toute violence commise à l’égard des personnes mobilisées. Plus généralement, le Genepi condamne la répression du mouvement, qu’elle soit physique, administrative ou judiciaire.

Le Genepi défend une université publique, gratuite et accessible par toutes et tous, et appelle l’Etat à allouer les budgets nécessaires à l’enseignement supérieur pour rendre cela possible.

Le Genepi apporte tout son soutien aux mobilisations lycéennes, étudiantes et professionnelles, et appelle à participer activement aux Assemblées Générales de lutte dans les lieux d’études et de travail ainsi qu’aux actions de mobilisation et aux manifestations, afin d’établir le rapport de force nécessaire pour faire entendre les revendications étudiantes.

Avril 2018 - Sur Seysses (Genepi Toulouse)

L’Etat enferme, la prison assassine

Samedi 14 avril, Jaouad est retrouvé mort à la maison d’arrêt de Seysses, décès qui sera suivi le 18 avril par le suicide d’un autre prisonnier. Nous exprimons ici tout notre soutien aux familles, ainsi qu’à leurs proches. Aujourd’hui encore, les conditions de la mort de Jaouad restent confuses. L’État, par la voix des surveillants, de l’administration pénitentiaire et du parquet, affirme qu’il s’agit d’un suicide. Les détenu·e·s, elleux, soutiennent que celui-ci est décédé à la suite de violences perpétrées par les surveillants. Le collectif Genepi Toulouse veut réaffirmer sa solidarité dans la lutte des détenu·e·s de la maison d’arrêt de Seysses pour que la vérité et la justice soient rendues sur cette affaire. Suicide ou meurtre maquillé, la seule chose sûre est que la prison a encore une fois tué : en France, en prison, une personne se suicide tous les trois jours ; on s’y suicide sept fois plus que dans le reste de la population. La maison d’arrêt de Seysses, cette prison surpeuplée où le nombre de prisonnier·e·s suicidé·e·s est le plus important de l’agglomération toulousaine, ne fait malheureusement pas exception à la règle nationale.

Les révoltes qui se sont organisées à Seysses se sont traduites par le refus des détenu·e·s de réintégrer leur cellule après la promenade. Vendredi encore ils étaient 240 à manifester pacifiquement, manifestations systématiquement réprimées par l’intervention des E.R.I.S (Equipes Régionales d’Intervention et de Sécurité). Ces révoltes ont été appuyées par des mouvements de soutien dans les quartiers du Reynerie qui ont eu lieu les nuits du 15 au 19 avril. Ces révoltes urbaines ont également été violemment réprimées par l’intervention des CRS. Répression que la justice est venue appuyer à travers des comparutions immédiates qui sont, nous le savons, une forme de justice accélérée (une audience ne dure en moyenne que 29 minutes), intense, sévère et bien trop souvent inhumaine. Durant cette semaine, une quinzaine de personnes ont comparu au tribunal de Grande Instance, la plupart sont des jeunes de moins de 25 ans et primo-délinquants.

Ce vendredi par exemple, deux jeunes hommes de 18 et 19 ans ont été condamnés à 6 mois de prison ferme. Le premier pour avoir lancé un unique pétard sur une voiture de police, le second pour possession de « trois galets dans ses poches ».

Le collectif Genepi Toulouse continue de s’opposer aux comparutions immédiates, une justice d’exception qui se généralise alors qu’elle produit des personnes détenues à la chaîne. En effet, la comparution immédiate est 8 fois plus pourvoyeuse de prison qu’une audience classique.
Le collectif Genepi Toulouse soutient toutes les formes de contestation qui sont nées ces derniers jours, et condamne toutes les répressions qui les ont suivies, et qui se systématisent dernièrement dans le pays. Nous jugeons que les répressions violentes et disproportionnées n’ont été que peu mentionnées et de ce fait trop facilement légitimées.

Le collectif Genepi Toulouse dénonce le traitement médiatique fait des révoltes ayant eu lieu à la Reynerie, quartier d’origine de Jaouad, occultant encore une fois leurs réelles causes. Sous couvert d’un vocabulaire guerrier utilisé dans les médias (« violence », « voitures brûlées », « émeutes », « mutineries »), les revendications derrière ces actes sont dépolitisées et délégitimées alors même qu’elles portent un réel message politique rarement relayé. Détenu·e·s et révolté·e·s de la Reynerie n’ont encore une fois pas pu faire entendre leur voix, seul.e.s les représentant·e·s des forces de l’ordre (surveillant·e·s, ERIS, CRS) ont pu s’exprimer.

Ces événements rappellent encore une fois qu’en France, la seule violence légitime est celle de l’État. Le collectif Genepi Toulouse continuera de dénoncer les véritables violences actuelles, qui ne se situent pas, comme présenté dans les médias, dans des « émeutes urbaines » ou « mutineries » mais bien dans la répression et la stigmatisation orchestrée par l’État, nourrissant un sentiment d’insécurité qui sert à justifier le resserrement de l’étau sur les populations subissant le plus fortement les violences économiques, sociales et raciales produites par notre société.

Mars 2018 - Comparution = Prison, À qui la faute ? (Genepi France)

Le 6 février 2018, le Genepi a signé avec le Collectif Justice-Prison une lettre aux parlementaires, une invitation cordiale à observer l’ensemble du parcours pénal, dont la prison constitue fatalement le dernier maillon de la chaîne. Nous leur avons ainsi proposé d’assister à des audiences de comparution immédiate.

La comparution immédiate ne constitue rien d’autre qu’un scandale, dans un pays où la Justice est fièrement arborée comme l’un des symboles les plus signifiants d’une supposée République des droits de l’homme. Mais, le président Macron ne l’a pas même mentionnée, lors de son discours à l’ENAP d’Agen, le 6 mars dernier.

Pour le Genepi, une association qui lutte au quotidien pour le décloisonnement des institutions carcérales, la comparution immédiate doit être dénoncée en tant qu’elle produit des personnes détenues à la chaîne, plus vite qu’il ne faut pour le dire. Rappelons donc ce chiffre : la comparution immédiate est 8 fois plus pourvoyeuse de prison qu’une audience classique. Rappelons aussi cette donnée méconnue, pourtant primordiale : la comparution immédiate dure en moyenne 29 minutes.

La personne qui comparaît risque quant à elle 10 années de prison.

On s’étonnera alors de la permanente surpopulation carcérale des prison françaises.
La surpopulation est une conséquence, et elle doit être pensée en corrélation avec l’augmentation du recours à la comparution immédiate : 49 220 comparutions immédiates ont été prononcées en 2016, contre 31 693 en 2001.

D’ailleurs, si le temps du jugement est court pour l’auteur du délit, les victimes sont soumises aux mêmes délais, et il ne leur est pas toujours possible d’assister au procès.

Si 28 à 37% des personnes jugées en comparution immédiate n’ont pas de casier judiciaire,
les études ont montré qu’il s’agit principalement d’hommes jeunes et précaires, rencontrant des problèmes de santé. Les personnes étrangères et sans domicile fixe sont, une fois encore, surreprésentées.

De plus, dans la chaîne judiciaire, chaque corps a une part de responsabilité.

L’État doit mettre en place une politique réelle des alternatives à l’enfermement, au lieu de s’entêter à construire plus de places de prisons. Une telle politique a déjà prouvé son inefficacité, et plus encore son inhumanité. Les procureur.e.s de la République peuvent quant à elleux, choisir d’autres manières de procéder au jugement. Iels ont le pouvoir d’agir, puisqu’“une comparution immédiate permet au procureur de faire juger une personne tout de suite après sa garde à vue” (https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32129). Les juges disposent de toute une palettes de peines alternatives et iels devraient en être conscient.e.s.

La société civile, enfin, doit savoir qu’il est grand temps de faire évoluer la vision punitive qui conduit au “tout carcéral”.

Le Genepi veut agir et sensibiliser.

Ainsi, lors de la semaine du 12 au 16 mars 2018, le Genepi entend se déplacer au cœur de quelques audiences de comparution immédiate dans toute la France et entend se lever, silencieusement, pour marquer la lutte et le refus de cette procédure. Notre présence en tant que militant.e.s a pour objectif de sensibiliser le public des tribunaux, et celui devant les tribunaux, aux causes et conséquences d’une justice de classe, d’une justice fast-food, en fait inexistante.

Agenda prévisionnel au 08/03/2018
Poitiers, Marseille, Clermont-Ferrand, Lille, Strasbourg, Nancy, Rouen, Paris, Bobigny, Besançon, Lyon.

Affaire suivante ? Non, elle n’est pas classée !

Mars 2018 - Sur la répression à Bure (Genepi Est)

Une nouvelle tempête policière et judiciaire s’est abattue sur Bure le jeudi 22 février 2018 et continue encore de frapper à ce jour.

Après de multiples arrestations et gardes-à-vue, d’amendes, de réquisitions, de peines de prison avec sursis, nous y voilà : la prison ferme. Deux opposant.es sont actuellement enfermé.es au Centre Pénitentiaire de Nancy-Maxéville après avoir refusé une comparution immédiate. C’est a priori la meilleure chose à faire, bien que ce dispositif est l’un des ingrédients idéal à la recette d’une longue peine de prison pour des motifs dérisoires voire inexistants. Depuis un mois, il et elle sont en prisonsans même avoir été jugé.e, simplement parce que ces personnes sont des opposantes à l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (et ailleurs). Le gouvernement vient de franchir un cap : il s’agit d’empêcher l’espoir de se propager, après l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, dans les zones de luttes. La fin justifie les moyens.

Rébellion, tag, refus de prise d’ADN, occupation illégale du bois (et même complicité d’occupation, ce qui a valu à un paysan sympathisant la réquisition de son matériel professionnel), dégradations, outrages et même « port d’arme » (une hachette pour aller couper du bois), on décompte près d’une trentaine de procès en tous genres. Le dernier daté au 6 mars affirme l’absurdité de ces condamnations. Cette fois-ci, l’opposant est jugé pour possession de deux opinels, d’un câble électrique et d’une pelle à tarte. Oui, une pelle à tarte, elle fait partie des “éléments à charges”.

Pour en revenir aux incarcérations, prenons le temps de retracer les faits … Le 23 février, une rencontre est organisée entre Sébastien Lecornu, Secrétaire d’Etat à l’environnement (attaché au ministère de la transition écologique de Nicolas Hulot) et les diverses associations opposées au projet. La veille, dans un excès de sécuritarisme, les 15 opposant.es qui occupent le bois Lejuc sont réveillé.es à 6h15 du matin par… 500 gendarmes chargés de les expulser. 500 gendarmes suréquipés pour 15 personnes vivant dans un bois et en train de dormir. Les opposant.es sont souvent taxé.es de violence, mais posons-nous la question : QUI EST RÉELLEMENT VIOLENT.E DANS CETTE SITUATION ?
Et ça ne s’est pas arrêté là. Une fois le bois évacué – ce qui n’était pas le cas, puisqu’on ne déloge pas si facilement des hiboux – les gendarmes ont perquisitionné par la force la Maison de Résistance puis procédé à l’extraction de ses occupant.es. Le Syndicat des Avocats de France a porté plainte pour violation de domicile et a dénoncé les 37 contrôles d’identité, les 7 gardes-à- vue qui en ont résultées, ainsi que l’impossibilité pour les personnes embarquées d’avoir accès à un.e avocat.e.

Le Genepi Est s’accorde avec la déclaration du Syndicat des Avocats de France :
“Cette stratégie délibérée d’agir par surprise pour éviter l’office du juge est contraire au droit au procès équitable. Elle a déjà été utilisée à Sivens, et déclarée illégale dans un arrêt du 18 avril 2014 de la cour d’appel de Toulouse, comme étant contraire à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’Homme.”

[…]

En France et en 2018, s’opposer à la toute-puissance et à l’inconscience de l’Etat mène directement en prison. Le Genepi Est s’oppose fermement à ces incarcérations. Il pose d’ailleurs une question : où étaient ces deux personnes lors des ateliers que nous avons animés ? Où étaient-elles lors du concert que nous avons organisé lundi 5 mars au Centre Pénitentiaire ? Si nous avons eu la surprise de voir notre cher député LR Jérôme Bazin (qui ne s’est pas présenté au passage) nous n’avons pas vu le moindre militant. Quels sont donc les droits des prisonniers et prisonnières politiques en France ? Ne soyons pas dupe, comme tout.es les autres emprisonné.es de France : ils et elles n’en n’ont aucun.

Tous les groupes locaux du Genepi Est – Strasbourg, Mulhouse, Troyes, Metz, Reims et Nancy – dénoncent les répressions policières, judiciaires et violentes que l’Etat fait subir aux hommes et femmes qui luttent jour après jour pour empêcher une catastrophe nucléaire supplémentaire. Le Genepi Est conteste la division en “bon.nes” et “mauvais.es” militant.es ainsi que la stigmatisation qu’elle implique.

Le Genepi Est exige un débat national réel sur le sujet du nucléaire civil et militaire et un débat citoyen éclairé sur la question de l’enfouissement. Que nous soyons pour ou contre l’énergie nucléaire, nous refusons la répression d’Etat et l’enfermement des militants.

Février 2018 – L’Etat enferme, la prison assassine (Genepi France)

Le Genepi est une association de décloisonnement carcéral entre ses militant·e·s, les prisonnier·e·s et la société civile. Ce dimanche 18 février, nous avons organisé une journée d’action dans les rues de Paris. En effet, tandis que les murs des prisons sont toujours plus hauts et que les centres pénitentiaires s’éloignent des centres villes et du regard, il est urgent de mettre l’enfermement au centre de l’espace public.

Par nos actions, nous souhaitons réaffirmer que la prison et l’enfermement sont la conséquence de choix politiques qui, contrairement à ce qu’on nous laisse penser, ne sont pas inéluctables. L’enfermement ne doit pas rester un impensé du militantisme alors que la population pénale augmente d’années en années. Le taux d’occupation des prisons françaises atteint 115 % et 1 528 personnes incarcérées dorment sur un matelas à même le sol au 1er janvier 2018 (chiffres de l’Administration pénitentiaire).

L’Etat enferme…

Pourtant, nous réaffirmons que la construction de prisons n’est pas la solution. Alors que le nombre de délits et crimes n’a pas augmenté, l’Etat enferme toujours plus et plus longtemps. La durée des peines a doublé en 30 ans et depuis 1990, le nombre de personnes incarcérées a augmenté de 50 %, passant de 45 000 à près de 69 000. Les politiques sécuritaires restreignent nos libertés et mènent à une incarcération abusive : à titre d’exemple, l’attroupement dans un hall d’immeuble est passible d’une peine d’emprisonnement.

Par ailleurs, la prison n’est pas un espace neutre ; on y retrouve en majorité des personnes précarisées, issues de quartiers populaires, qui subissent des discriminations d’un bout à l’autre de la chaine pénale : racisme, islamophobie et classisme.

…la prison assassine

En prison, les populations les plus fragiles sont délaissées : analphabétisme, non prise en charge des pathologies mentales et insalubrité sont la règle. On compte un décès tous les deux jours en détention et on s’y suicide 7 fois plus qu’à l’extérieur, 50 fois plus en quartier disciplinaire. Par la phrase « la prison assassine », nous entendons aussi qu’elle a pour mission de briser les individus, leur corps et leur esprit. Même quand on ne meurt pas de son incarcération, on en reste marqué·e à vie. Les séquelles psychologiques ne sont pas prises en compte tout comme le nombre de personnes qui se suicident après leur sortie de détention.

La prison n’est pas une évidence mais elle est le miroir grossissant d’une réalité sociale, économique et politique elle-même révoltante. Aujourd’hui, nous étions sur le Pont des Arts, au Jardin du Luxembourg, au Jardin des Plantes et sur la Place de la Bastille. Demain, nous continuerons à aller dans la rue et à interpeller les passant.e.s ; nous continuerons à aller dans les collèges et lycées afin de déconstruire dès le plus jeune âge les fantasmes carcéraux ; nous continuerons à former politiquement plusieurs centaines de bénévoles chaque année ; nous continuerons à parler, à débattre, à s’époumoner parfois ; nous continuerons toutes ces actions, minimes mais essentielles. Nous continuerons à lutter !

 

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