Notre histoire

Notre histoire

Le Genepi a été créé par l’Etat français, dans une série de mesures “d’humanisation” des conditions de détention suite aux mutineries des années 1970. Face à la montée en puissance des mouvements de contestation des prisonnierEs, l’Etat n’a pas eu le choix que d’accéder à certaines revendications des mouvements pour obtenir la paix sociale et ainsi récupérer le contrôle. Parmi ces mesures, il s’agissait d’assurer l’accès à l’éducation au sein des prisons. Ainsi, le Ministère de la Justice a créé une association qui lui a permis de concilier ses deux objectifs : calmer les contestations et maintenir son pouvoir.

Le Genepi est alors devenu un  outil permettant à l’Etat de faire croire qu’il garantit l’accès à l’éducation en taule, mais sans rien investir puisque comptant sur la philanthropie des étudiant.e.s bourgeois.e.s des grandes écoles.  En effet, le Genepi a commencé à  Polytech, où des étudiant.e.s assuraient des cours en détention bénévolement. Pendant des années, le Genepi était donc un partenaire institutionnel de l’Etat. C’était une instance permettant non seulement de proposer des activités en taule sans engager de dépenses publiques mais aussi de commencer à former le futur personnel de la justice.

Au fur et à mesure que le Genepi a grossi en termes de nombre de bénévoles, atteignant jusqu’à 1 500 bénévoles intervenant sur l’ensemble du pays, des réflexions internes sont nées progressivement contestant à la fois les politiques pénales et l’Administration Pénitentiaire. (voir l’onglet Nos prises de position).

Bien que l’association soit nationale, les groupes locaux sont  rapidement devenus autonomes et ont développé leurs propres politiques locales (voir.Emissions de radio locales ).

Un courant anticarcéral s’est donc développé très tôt au sein de l’association, sans pour autant être visible. L’anticarcéralisme est devenu la ligne politique de l’association à partir de l’arrêt de l’action en détention, en 2019. (voir Communiqué sur la fin de l’action en détention ).

Le contexte historique de la création du Genepi

A l'origine, des mutineries.

Ce texte est extrait du Passe-Murailles #3.

Mai 1968 ? Une date qui siffle comme une bombe à retardement dans l’histoire des prisons françaises. Fer de lance d’une kyrielle d’émeutes dans les établissements pénitentiaires, ce printemps de révolution a précipité la décennie 1970 dans la contestation et l’agitation jusque derrière les barreaux. Une décennie qui verra, entre autres, naître le GENEPI.

Des liens familiaux réduits presque à néant, pas d’accès à l’information ni à des activités socioculturelles … le cloisonnement vis-à-vis de la société est insupportable. Dehors, certains dénoncent l’inacceptable : autour du philosophe Michel Foucault, se réunissent un certain nombre d’intellectuels. Ils forment le GIP (Groupe d’Information sur les Prisons), le 8 février 1971 : « Son objectif est d’informer, de faire sortir les prisons du silence, de donner la parole à ceux qui ne peuvent pas la prendre, de témoigner devant le monde de ceux qu’eux-mêmes appellent l’intolérable ». Parallèlement à cette création, s’inscrivent les premiers événements importants dans le chapitre des révoltes en prison. De nombreux casseurs ont été incarcérés suite aux émeutes de 1968 : ils sont habitués à la rébellion. À la centrale de Ney, à Toul, en décembre 1971, des membres du personnel sont pris en otage ; puis à Lyon (juillet 1972), un détenu blesse mortellement l’un des surveillants ; sans oublier l’affaire de Clairvaux (septembre) : deux détenus, Buffet et Bontems, se rebellent. Au final, deux morts : une infirmière et un surveillant. Pour finir l’année 1972 (elle compte plus de 85 incidents dans les prisons françaises), l’administration pénitentiaire supprime les colis de Noël : une brimade de plus pour les détenus, dont les mouvements de révolte se transforment en protestations collectives, avec grèves de la faim et du travail. Ne voyant pas les conditions de détention s’améliorer, l’ADDD (Association de Défense des Droits des Détenus) et le CAP (Comité d’Action des Prisonniers), notamment, aident les détenus à structurer leurs revendications. L’année 1973 verra surgir, dans certains établissements, des mouvements très organisés. Mais c’est en 1974 que les révoltes atteignent leur paroxysme : elles s’étendent à une quarantaine d’établissements à travers la France.

Pendant la campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing, les incidents se multiplient en détention. En juillet, la maison centrale de Nîmes est même entièrement saccagée. Mais le 10 août, une poignée de main symbolique va marquer l’arrêt des violences : visitant les prisons de Lyon, le président se mêle aux détenus. Devant les photographes, il serre la main à des prévenus. Aucun président français ne s’est depuis rendu en prison.

Le nombre de personnels médico-socio-éducatifs se voit augmenter, l’Éducation Nationale met à disposition du personnel pénitentiaire des instituteurs et les fonctions de juge d’application des peines sont renforcées. La réforme de 1975 s’annonce entièrement tournée vers l’effort de réinsertion sociale : amélioration des conditions de détention, assouplissement des mesures d’aménagement d’exécution des peines et redéfinition des établissements en trois catégories (maison d’arrêt, maison centrale et centre de détention) sont au programme. La protection sociale des détenus et celle de leur famille est alignée sur le droit commun, le concours pour l’accès au grade de sous-directeur est ouvert eu recrutement extérieur, la durée de la formation initiale des personnels de surveillance est allongée et un effort budgétaire est produit afin de créer plus de postes. En outre les conditions d’attributions de la semi-liberté, des permissions de sorties et de la libération conditionnelle sont élargies.

La suite vous la connaissez. C’était il y a 39 ans. Grâce à l’initiative de M. Lionel Stoléru, alors conseiller technique à la présidence de la République, une nouvelle étape naît dans le décloisonnement des prisons. Après une phase-test et une réception à l’Elysée en 1975, les premiers étudiants bénévoles, issus au début des grandes écoles (puisque l’idée initiale était de sensibiliser les futurs employeurs et chefs d’entreprise à la réinsertion des personnes détenues), foulaient le sol des établissements pénitentiaires pour la première fois, avec pour volonté de « collaborer à l’effort public en faveur de la réinsertion sociale des personnes incarcérées par le développement de contacts entre les étudiants de l’enseignement supérieur et le monde pénitentiaire. »

Le GENEPI voyait le jour, porté par 120 membres répartis dans 12 groupes locaux.
Nous étions le 26 mai 1976.