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Passe-Murailles #76

Ecrivez dans le Passe-Murailles, la revue du Genepi !

Appel à contributions pour le Passe-Murailles #76 (mars/avril 2019)

« Inflation pénale et surincarcération »

Vous trouverez ici une liste de contributions qui cherchent preneurs.euses pour le prochain numéro. Les contributions seront à rendre pour le 21 janvier au plus tard. Ce numéro #76 sera diffusé gratuitement aux bénévoles du Genepi (et à l’ensemble des contributeurs.trices !) lors des Assises du Genepi qui auront lieu en avril prochain.

Faites signe à Claire, la rédac’ chef de la revue (vous pouvez la trouver ici : publication@genepi.fr) si une contribution en particulier retient votre attention ! Elle vous accompagnera tout au long de vos questionnements préalables, recherches, élaborations de plan, rédactions, corrections… Et comptez aussi sur elle pour vous rappeler le tic-tac de la dead-line et pour vous cadrer un peu en termes de nombre de signes !

[Afin de ne pas imposer une domination par le langage dont on essaie de se débarrasser, sachez, futur.e.s contributeurs.trices, que vous pouvez préciser, à l’envoi de votre contribution, si vous désirez que vos « fautes d’orthographe » soient corrigées ou non avant la publication. Nous rappelons aussi ici que nous serons contraints, pour des raisons que vous comprendrez, nous l’espérons, de censurer les attaques ad hominem et tout ce qui pourrait passer pour des propos discriminatoires.]

Notez bien qu’il n’est question ici que de suggestions ; sentez-vous libres de proposer des articles qui ne figurent pas ici, que ce soit dans la rubrique Actualités, le Dossier, la rubrique Culture, la rubrique Association ou encore celle des Prisons d’ailleurs. (Notez ici que, pour des raisons budgétaires toujours, nous avons fait le choix de ne plus imprimer que le Dossier et les Voix captives ; les autres rubriques conservant une chouette diffusion via la version numérique !) Et des dessins d’illustration ou des photographies qui manquent cruellement à la revue ! Vous dessinez, vous photographiez, vous collez, vous découpez ? On est intéressés !

A noter, la rubrique « Les Voix captives », a pour but d’ouvrir nos pages aux personnes enfermées qui souhaiteraient s’exprimer. N’hésitez pas à en faire part aux personnes enfermées que vous rencontrez : elles peuvent nous envoyer leurs textes par courrier. Mais aussi une rubrique « Coup de poing », pour que vous puissiez nous dire ce qui vous plaît, ou pas, dans la revue, l’association, etc. Et enfin, une rubrique « Paye ta taule », compilation de choses vues ou entendues derrière les murs.

Enfin, sachez que ce serait très chouette si vous pouviez accompagner vos articles d’une image ou illustration, trouvée sur le net – de préférence libre de droits !

 

Dossier : « Inflation pénale & surincarcération »

*Une inflation législative [10 000 signes]

Depuis le nouveau code pénal de 1993, accroissement de lois votées, allongement des textes de lois, entraînant un agenda parlementaire trop chargé – lois mal finalisées dont la réflexion et la rédaction sont souvent bâclées, qui peuvent se contredire, décrets ou arrêtés d’application qui ne sont pas publiés ou trop lentement et, au final, des lois sans aucune utilité.

L’inflation législative pénale record que l’on connaît actuellement est-elle justifiée ? (Causes apparaissant comme justifiées : multiplication des sources du droit, tant internes qu’externes – intégration du droit communautaire au droit national, notamment ; nouveaux domaines : mondialisation, biotechnologies, évolution et complexification croissante des techniques…)

Est-elle bénéfique ?

Sa mise en œuvre ne devient-elle pas impossible ? Des objectifs contradictoires : plus de sécurité (accroissement des délits soumis à la justice, aggravation des peines) mais aussi plus de productivité (la justice doit se rendre avec moins de retard ; onze modes de traitement pénal !) : vers une justice d’abattage ? (exemple du plaider-coupable – acceptation d’un circuit procédural par l’intéressé lui-même)

Evacuation de la dimension budgétaire (exemple du manque de moyens humains et matériels de la Justice)

« Quand le droit bavarde, le citoyen ne lui prête plus qu’une oreille distraite » : l’inflation législative porte atteinte à la connaissance du droit que devrait en avoir tout citoyen. Instabilité incessante, et parfois sans cause, des normes. Quid du principe de clarté de la loi ?

Des tentatives de simplification sans effet.

*La politisation du droit pénal [10 000 signes]

Un événement = un projet de loi

« Tout sujet du 20H est virtuellement une loi » (Guy Carcassonne) : l’action politique ne semble plus guidée par la rationalité mais par son impact médiatique. La loi n’est là que pour prouver à l’opinion que le politique agit, c’est devenu un mode de communication politique.

Le gouvernement fait jouer à la loi un rôle de symbole qui n’est pas le sien (fonction déclarative de la loi). La loi n’est-elle pas devenue le remède, qu’on souhaite instantané, à chaque nouveau phénomène social ? Chaque nouvelle loi cherche à sanctionner l’insécurité, autant que le sentiment d’insécurité.

Exemple des lois visant à lutter contre la récidive des délinquants sexuels.

+ Entretien avec Virginie Gautron, pénaliste, maîtresse de conférences à l’université de Nantes

*L’extension du filet pénal [7 500 signes]

Une justice qui veut prendre en charge, toujours plus, les questions de société ; elle veut suppléer les défaillances du contrôle social (école, famille, etc.).

Pendant longtemps, les politiques ont fait de la délinquance une conséquence des inégalités économiques. Cette perspective, qui a donné naissance aux « politiques de la ville », laisse place depuis les années 2000, à l’idée de la responsabilité individuelle du délinquant. La formidable inflation législative qui se déploie depuis vient de là.

L’étiquetage du délinquant.

La prison ne peut plus être l’unique réponse pour traiter des faits de faible gravité : le législateur invente de nouvelles peines, qui auraient pu rester des dispositifs de prévention sociale.

*Vers un nouvel ordre public de la rue ? [7 500 signes]

L’inflation législative concerne des populations particulières, toujours les mêmes : des personnes pauvres, racisées…

Les « incivilités » deviennent des infractions (exemple du délit d’occupation des halls d’immeuble). Pénalisation de la mendicité (création d’un délit de pauvreté !), du racolage, du harcèlement de rue…

Vers une dérive du droit pénal ? On ne punit plus seulement l’acte mais sa préparation ; on ne punit plus la gravité du dommage mais la prise de risque. Vers la pénalisation des comportements menaçants et non plus du préjudice réel ou de la réalité du trouble social.

Du déclin de la présomption d’innocence (principe selon lequel toute personne qui se voit reprocher une infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement démontrée). Par exemple, la dérive du contrôle au faciès.

*La criminalisation des migrants [7 500 signes]

Les Etats associent migration et menace à l’ordre public et social : politiques migratoires de plus en plus restrictives, exclusion sociale accrue et accès limité des migrants aux droits humains et sociaux.

Enfermement dans des Centres de rétention administrative (CRA)

Peur des migrants alimentée par la crise économique et l’instabilité politique.

Légitimation des discours identitaires et xénophobes de la part des Etats (campagne de dénigrement et de diffamation des ONG comme l’Aquarius).

*L’inflation de mesures pénales favorisant l’incarcération [7 500 signes]

La hausse de l’incarcération n’est pas corrélée à la hausse de la délinquance mais à des politiques pénales plus répressives depuis le début des années 2000 : allongement de la durée moyenne des peines, incarcération massive pour de petits délits (explosion du nombre de condamnations à des peines de moins d’un an).

Hausse record du nombre de personnes prévenues, à cause d’un recours plus fréquent au placement en détention provisoire (dans un contexte terroriste, les magistrats ne prennent plus de risques).

Développement de procédures de jugement rapide, comme la comparution immédiate, qui aboutissent à un taux plus important de condamnation à de l’emprisonnement ferme, et à des peines plus longues.

Diminution des aménagements de peine (baisse des crédits alloués à ces dispositifs).

Mais surtout : pénalisation de comportements qui ne l’étaient pas.

*Les juges : le rouage central de l’inflation carcérale ? [7 500 signes]

Quelle est la part de responsabilité des magistrats ? Est-il seulement question d’appliquer les textes de loi qui ont découlé de l’emballement sécuritaire de ces vingt dernières années ?

Pas d’approche de la réalité concrète de la prison lors de la formation des magistrats – deux semaines de stage en prison, seulement. Méconnaissance du quotidien carcéral.

La peine de prison ferme reste la peine ≪ préférée ≫ des magistrats, la seule peine perçue comme une dimension punitive suffisante, et c’est aussi la peine de référence du code pénal.

Entre individualisation de la peine et exigence politique d’une réponse ferme face aux délits, quelle est la marge de manœuvre des juges ?

Tribunaux surchargés (délits routiers, infractions à la législation sur les stupéfiants…), manque de moyens. Surcharge qui pèse sur la durée des détentions provisoires.

La crainte de la peine non exécutée : les juges ne se saisissent pas de la contrainte pénale, ou de toute autre alternative, même quand elle a du sens, car ils savent que c’est une peine sans contenu, sans un service de probation qui a les moyens de faire son travail. La question de l’utilité de la peine est-elle une préoccupation essentielle du juge ?

La surpopulation doit-elle être une donnée au moment du jugement ? Quand les directeurs.trices d’établissement pénitentiaire demandent aux juges de recourir aux alternatives pour soulager la surpopulation ; exemple de Villepinte en mai 2017.

Des juges pourtant accusés de laxisme, qui se protègent de plus en plus. La peur, par exemple, de prononcer une mesure d’aménagement de peine pendant laquelle un individu pourrait récidiver.

Face à une justice d’abattage, les juges doivent pourtant se donner le temps de l’évaluation de la situation des justiciables pour en finir avec le tout-carcéral.

*Réforme pénale : une continuité des politiques d’incarcération massive [10 000 signes]

Une surpopulation carcérale chronique, entraînant des tensions quotidiennes, des problèmes de prise en charge (accès aux soins, au travail en prison, aux conseillers d’insertion et de probation…). Et surtout le mépris du principe de l’encellulement individuel et de la dignité des personnes détenues.

Une aggravation est à prévoir avec la récente réforme pénale et la remise en question de l’aménagement des peines de plus de deux ans d’enfermement et la garantie de l’application des peines de plus d’un an – qui ne pourront donc plus être aménagées. La suppression des peines de prison de moins d’un mois, mesure qui ne concerne environ que 200 personnes (totalement inefficace pour lutter contre la surpopulation carcérale).

Avec, aussi, la construction de nouvelles places de prison, contre-productive. La prison produit ce qu’elle entend combattre : elle aggrave l’ensemble des facteurs de délinquance en fragilisant les liens familiaux, sociaux ou professionnels, favorise les fréquentations criminogènes, et n’offre qu’une prise en charge lacunaire – voire inexistante – face aux nombreuses problématiques rencontrées par la population carcérale en matière d’addiction, de troubles psychiatriques, d’éducation, de logement, d’emploi, etc. Fort taux de réincarcération.

Crédits alloués à l’accroissement et à la sécurisation du parc pénitentiaire plutôt qu’au développement du milieu ouvert et des peines alternatives à l’emprisonnement.

*Les clés d’une politique réductionniste [7 500 signes]

Révision de l’échelle des peines en vue de réduire la durée des peines d’emprisonnement et de remplacer les courtes peines par des sanctions appliquées en milieu ouvert.

Réduction du périmètre de la justice pénale, au bénéfice de modes de régulation civile ou administrative et de la contraventionnalisation de certains délits.

Usage de la détention provisoire limité et fortement encadré par la loi.

Recours accru à la libération conditionnelle afin de permettre d’orienter le temps de prison autour de la préparation de la sortie et de garantir une réintégration planifiée et accompagnée dans la communauté.

Amélioration du contenu de l’accompagnement en milieu ouvert pour permettre « une série d’activités et d’interventions, qui impliquent suivi, conseil et assistance dans le but de réintégrer socialement l’auteur d’infraction dans la société et de contribuer à la sécurité collective » (Conseil de l’Europe, 2010).

*Incarcération totale : l’exemple des Etats-Unis [7 500 signes]

En 2015, les prisons américaines enferment plus de deux millions de personnes, près d’un quart de l’ensemble des prisonniers du monde. Véritable paradoxe dans le pays qui se revendique comme le poste avancé de la démocratie dans le monde.

Ce sont les politiques pénales des années 1970 qui sont pointées pour expliquer cette incarcération de masse, conduisant à une plus grande sévérité des peines : peines planchers (mandatory minimum sentencing) dont les plus spectaculaires sont certainement les three strikes laws prévoyant la perpétuité en cas de troisième récidive.

L’adoption de pratiques pénales particulièrement répressives a été interprétée de diverses manières : backlash après la période des droits civiques ; effet de la culture politico-médiatique ; rôle des intérêts privés du secteur de la sécurité (la prison est devenue un intérêt économique majeur). Parmi ces causes, on souligne souvent l’histoire raciale des États-Unis, dans laquelle la prison aurait métaphoriquement remplacé l’esclavage et le régime ségrégationniste dit de Jim Crow. La surincarcération de la minorité noire est telle que, selon les estimations de démographes, un Noir américain sur trois risque de connaître la prison au cours de sa vie.

La massification de l’enfermement a conduit à des situations de surpopulation carcérale, de promiscuité, parfois d’entassement de détenus. Coïncidant avec le développement d’une rationalisation de la gestion de la détention. Pour maintenir l’ordre dans un système aussi surmené, il fallait pouvoir mettre à l’écart les perturbateurs. Le régime de solitary confinement est paradoxalement devenu de plus en plus courant à mesure que la prison se massifiait.

Un modèle qui exporte, non pas sa philosophie pénale, mais ses techniques et dispositifs architecturaux. L’unité d’isolement de haute sécurité connaît un succès remarquable à l’international : l’ouverture de nouveaux établissements de haute sécurité en France, à Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil témoigne de cette tendance, mais aussi de la diffusion des problèmes engendrés par ce type d’établissement (augmentation de tensions et de violences). La délégation au système pénal de la prise en charge d’un nombre croissant de malades mentaux conduit en France à des problèmes similaires aux États-Unis en matière de sécurité en détention tandis que la surenchère de dispositifs techniques de sécurité est justifiée par les menaces du grand banditisme ou du terrorisme.

*Vers la criminalisation du militantisme ? [7 500 signes]

Retour historique : les lois scélérates, votées à la suite de nombreux attentats sur le territoire français, sous la Troisième République (1893).

Aujourd’hui : pénalisation des actions syndicales, de l’engagement dans des luttes pour les sans-papiers ; criminalisation des mobilisations contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, des manifestations autour de la COP21 ou contre la Loi Travail.

Pour ces activités, des personnes ont été interdites de séjour, c’est-à-dire empêchées de manifester, assignées à résidence, fichées par les renseignements, au moyen d’un détournement assumé des mesures antiterroristes.

Une volonté de faire taire les revendications. Ensemble de choix politiques (dont la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme) qui tendent à construire les outils administratifs d’une répression ordinaire des formes de militantisme politique, que le gouvernement considère comme intolérables et illégitimes.

Exemple des « gilets jaunes » et des peines de prison ferme (en comparution immédiate, pour des violences commises lors des manifestations de décembre dernier) à leur encontre.

Dans quelle mesure la répression participe-t-elle à la création de conditions favorables à la contestation ? (Un moyen pour les militants de confirmer leur identité politique : l’expérience de la répression renforce leur conviction que les institutions sont « fascistes » et les conforte dans leur opposition au « système »).

De la radicalisation… politique : on traite les militants comme des délinquants, des « casseurs », des « terroristes », jusqu’à leur appliquer, depuis 2015, des dispositions anti-djihadistes.

*Présumées victimes contre présumés innocents : l’inégalité dans le procès pénal [5000 signes]

« Pas de droits pour les méchants » – Thierry Levy dans Eloge de la barbarie judiciaire.

« Le juge d’instruction procède, conformément à la loi, à tous les actes d’information qu’il juge utiles à la manifestation de la vérité. Il instruit à charge et à décharge. » Article 81 du Code de procédure pénale.

Le présomption d’innocence, le principe du contradictoire, l’instruction à charge et à décharge… Autant d’éléments de la procédure pénale qui sont censés permettre des défenses efficaces et empêcher l’arbitraire judiciaire. Cependant le procès pénal est de base faussé et l’est de plus en plus.

Rôle des parties civiles accrues. Place au « traumatisme psychologique » subi par les parties civiles. Organisation dans l’espace, où sont placés les parties civiles et les accusés ? Déséquilibre renforcé par les nouvelles cages en verre installées dans les tribunaux. + Un encadré sur la place des parties civiles : Violences sexuelles et surenchère pénale / Le procès pénal est cependant particulièrement inadapté aux cas des violences sexuelles. Le poids de la preuve qui pèse sur l’accusation est quasiment impossible à porter pour les victimes. Dans un système patriarcal, les femmes ne sont que rarement écoutées, obligées de garder le secret des violences qu’elles subissent, considérées comme des menteuses vénales qui accuseraient des hommes pour en tirer un profit (affaires DSK, Tron, Weinstein…). La justice étatique n’étant que le reflet du système patriarcal, les lois ne sont pas adaptées. Le but est de se concentrer sur la répression, donc l’enfermement, et la victime et sa réparation ne sont finalement pas prises en compte.

Voix captives / Cette rubrique a pour but d’ouvrir nos pages aux personnes enfermées qui souhaiteraient s’exprimer. N’hésitez pas à en faire part aux personnes enfermées que vous rencontrez : elles peuvent nous envoyer leurs textes par courrier.

Culture

Différents ouvrages nous sont parvenus ! Nous pouvons vous les envoyer afin que vous en fassiez une chronique pour la rubrique culturelle de la revue.

[5000 signes max. : env. 2 pages]

*Usages de la culture et population pénale, sous la direction de Delphine Saurier, Editions l’Harmattan, mai 2018, 160 pages. [Une compréhension élitiste de l’art et de la culture s’accommode mal du voisinage de la délinquance et du crime. Pourtant, depuis plusieurs décennies, des projets artistiques et culturels sont déployés en direction de la population pénale. Les pouvoirs publics nourrissent toute une série de réflexions à la fois sur la place de l’art et de la culture dans la société, et sur le sens de la peine et le rôle de certaines institutions pénales, telles que la prison.]

*Droit et santé en détention (thèse de droit privé et de sciences criminelles), d’Aurélie Bonne-Harbil, LEH Editions, juin 2018, 450 pages. [La santé des personnes détenues n’a longtemps pas été une préoccupation de la société. Durant des siècles, la répression pénale a été dominée par les châtiments infligés au corps des condamnés. Malgré une diminution de la souffrance occasionnée, le recours à l’emprisonnement comme peine principale de droit commun n’a pas ôté à la peine son caractère afflictif et ce, en raison de son impact délétère sur l’état de santé de la population carcérale.

Guidée par le principe de normalisation des conditions de vie en détention, l’hygiénisation des établissements pénitentiaires et l’organisation des soins ont abouti au transfert de la prise en charge de la santé des personnes détenues du service public pénitentiaire au service public hospitalier. Cette intégration au système de santé de droit commun tend à garantir à la population détenue une qualité et une continuité de soins équivalentes à celles dont bénéficie la population générale. A ce titre, les droits reconnus à tout patient ont été transposés en faveur des personnes détenues. Bien que, eu égard à leur particulière vulnérabilité, des mesures de protection particulières sont mises en œuvre en faveur des personnes détenues, il n’en demeure pas moins que l’effectivité des droits se heurte aux contraintes d’ordre et de sécurité du milieu carcéral.

Face à cette distorsion entre la reconnaissance des droits et leur effectivité réelle, des garanties juridictionnelles interviennent pour en garantir un respect effectif. En établissant des normes nécessaires à la sauvegarde de la santé en détention et en reconnaissant un droit au recours effectif, le juge européen contraint le juge national à garantir une protection effective des droits reconnus aux personnes détenues en matière de santé.]

*De juré à condamné : Deux jours en cour d’assise. Narration réflexive, de Christian Verrier, L’Harmattan, juin 2018, 136 pages. [Ce livre est le récit réflexif d’un juré d’assises qui, pour refuser de juger et de condamner après avoir été tiré au sort, se voit pour cela lui-même condamné au nom du code de procédure pénale. Sans rien avoir commis au préalable d’illégal, il est possible aujourd’hui, en France, pays libre respectant les opinions individuelles, d’être condamné légalement à de lourdes sanctions pénales pour refuser de siéger en cours d’assises pour motifs moraux et philosophiques. De cet acte de désobéissance civile, l’auteur tire des pistes de réflexion pour améliorer les jurys populaires.]

*« Le patrimoine de l’enfermement », Revue Monumental, Editions du patrimoine, juillet 2018, 127 pages. [Ce numéro de Monumental propose d’aborder différents sujets induits par la demande croissante de patrimonialisation des architectures liées à l’enfermement : approche historique, architecturale, urbaine, mais aussi philosophique des prisons. Ce numéro thématique aborde différents sujets induits par la demande croissante de patrimonialisation des architectures liées à l’enfermement. Ces prisons, situées la plupart du temps à des emplacements stratégiques en centre-ville, sont de plus en plus souvent abandonnées au profit de sites « extra muros » ; leur démolition comme leur reconversion pose de multiples questions sur les plans foncier, urbain ou architectural, mais aussi social et symbolique. Sont également traités les cas spécifiques que posent les camps de transportation ou de déportation en outre-mer (Guyane et Nouvelle-Calédonie), ainsi que la mémoire des lieux de transit ou d’enfermement du XXe siècle et plus spécifiquement la question de la conservation des traces matérielles (objets, décors…).]

*Le Mars Club, de Rachel Kushner, Editions Stock, août 2018, 480 pages. [Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne stripteaseuse doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité, plus six ans, pour avoir tué l’homme qui la harcelait. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude : son fils de 7 ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu’au jour où l’administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer. Oscillant entre le quotidien de ces détenues, redoutables et attachantes, et la jeunesse de Romy dans le San Francisco de années 1980, Le Mars Club dresse le portrait féroce d’une société en marge de l’Amérique contemporaine.]

*Symphonie carcérale (Petites et grandes histoires des concerts en prison), de Bouqé et Romain Dutter, Editions Steinkis, septembre 2018, 176 pages. [Romain est derrière les barreaux depuis plus de dix ans… mais rentre chez lui tous les soirs. Coordinateur culturel au sein du Centre Pénitentiaire de Fresnes, l’un des plus grands et des plus connus du pays, il raconte, dans ce témoignage plein d’humour et sans concession, son combat quotidien pour permettre aux personnes incarcérées d’avoir accès à la culture. Et notamment à des concerts. De son expérience dans une prison du Honduras, parmi des membres du gang de la Mara Salvatrucha, à celle qu’il poursuit désormais à Fresnes ; de la performance mémorable de Johnny Cash à Folsom en 1968 aux concerts qu’il organise aujourd’hui en détention, suivez-le dans un univers méconnu en compagnie des artistes qui contribuent à faire résonner cette Symphonie carcérale et offrent des perspectives d’évasion… musicale, bien entendu !]

*Enfermé.e, de Jacques Saussey, Editions French Pulp, octobre 2018, 341 pages. [« Si je ne peux pas être qui je suis, je préfère être morte plutôt qu’être emprisonnée dans un corps qui n’est pas le mien. » Jacques Saussey aborde magistralement dans ce roman noir social un sujet peu connu : être transgenre dans une prison pour hommes. En partenariat avec l’association Acceptess-T.

Les premiers papillons ont éclos derrière ses paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur. Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignaient de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait… Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface. Les papillons ont disparu, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges…

Prix Saint Maur en Poche 2017]

*Assata, une autobiographie, d’Assata Shakur, Editions Premiers matins de novembre, octobre 2018, 304 pages. [Assata Shakur fut, dans les années 1960 et 1970, militante du Black Panther Party et de l’Armée de libération noire. Elle a connu le formidable bouillonnement d’une époque de révoltes et d’espérances pour les Noirs des États-Unis, comme la répression. De sa tendre enfance à son exil à Cuba, ses souvenirs se structurent autour du récit d’un emprisonnement de six ans. Une exceptionnelle leçon d’histoire populaire et d’engagement dans laquelle Assata dresse un portrait sans fard de l’oppression raciale et de la violence capitaliste aux États-Unis. Cette autobiographie est une lettre d’amour au peuple noir ainsi qu’à tous les opprimés, une source d’inspiration inaltérable pour celles et ceux qui, à travers le monde, exigent la dignité et la justice.]

*Pirate N° 7, d’Elise Arfi, Editions Anne Carrière, octobre 2018, 250 pages. [L’histoire vraie d’une rencontre bouleversante entre un pirate somalien et une jeune avocate française. En 2011, Fahran participe à une opération de piraterie au cours de laquelle un navigateur français est tué et sa femme prise en otage. Miséreux parmi les miséreux, âgé de 16 ans, le somalien est capturé et arraché à sa terre natale pour être jugé en France contre toute logique judiciaire. Il est incapable de prouver son âge ni son identité. Il ne comprend pas grand chose aux faits qui lui sont reprochés. Encore moins pourquoi il encourt 20 ans de réclusion criminelle. Durant quatre ans, de cellule en hôpital psychiatrique, Fahran vit un enfer. Au déracinement culturel, affectif, à la barrière de la langue, à l’absence totale de ressource pour cantiner, s’ajoutent des maltraitances. Il commet plusieurs tentatives de suicide. Durant quatre ans, son avocate,commise d’office, s’efforce de garder Fahran en vie. L’objectif tourne à l’obsession. Provoquant découragement, culpabilité et envie d’en découdre, ce dossier au long cours la renforce et l’affaiblit tour à tour. Le sort de Fahran l’oblige à affronter rudement les autorités en charge du dossier. A ouvrir les yeux sur un système coercitif qui fabrique des fous. À interroger sa vocation. Pirate N° 7 est le huis-clos éprouvant, et parfois drôle, entre une avocate et son client. À l’instar des jurés lors du procès, le lecteur se laisse bientôt surprendre par la compassion. À mille lieues de son quotidien et de sa confiance naturelle dans la justice, il découvre, grâce à l’impressionnant talent d’Elise Arfi, une fraternité possible avec un jeune prisonnier somalien.]

 

Crédit photo : Grégoire Korganow pour le CGLPL – Cour de promenade