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02/2019 - Témoignage du Genepi Besançon

COMPARUTION IMMÉDIATE = PRISON IMMÉDIATE

Compte-rendu d’un procès, comme il y en a tous les jours en ce moment, d’un manifestant “gilet jaune”.

Chronique ordinaire de la violence judiciaire au tribunal.

 

Qu’est-ce que la comparution immédiate ?

La comparution immédiate est une procédure, choisie par le procureur de la République, qui consiste à traduire immédiatement après la fin de la garde-à-vue des personnes majeures accusées de délit. Elles durent en moyenne 29 minutes et aboutissent dans 70% des cas à une peine de prison ferme. (source : OIP, https://oip.org/analyse/la-comparution-immediate/)

Le vendredi 15 février 2018, le Genepi Besançon s’est rendu aux comparutions immédiates du palais de justice bisontin. Comparaissait un homme de 21 ans accusé de jet de mortiers blessant sept gendarmes lors d’une manifestation non autorisée d’un « groupe violent de 400 personnes appelées  les Gilets Jaunes ». Son procès a duré une heure et demi.

 

Violence de la procédure

Humiliation et infantilisation sont ici la ligne de conduite des représentant.e.s de la justice. Sous les yeux de sa famille et des sept gendarmes victimes, l’accusé subit. “ Vous vous doutiez bien que ce ne sont pas des pétards qu’on retrouve dans des emballages de papillotes.”Faisant appel aux “penseurs du XIXè siècle qui eux, l’avaient pourtant bien compris” pour étayer ses propos, le procureur n’hésite pas à monologuer sur la liberté de manifester. “Rousseau était pourtant en mesure de s’en rendre compte à son époque, ‘La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres’, sinon c’est la tyrannie, c’est l’anarchie !”.

Pour prendre sa décision, la justice aime établir le profil de l’accusé.e et exposer sa personnalité. Ainsi nous avons pu entendre la juge s’adresser à l’homme en ces termes : “Vous êtes une personne très bien insérée, avec une situation stable, vous occupez un bon emploi, vous avez une compagne, comment vous expliquez que tout à coup, vous soyez pris d’une telle violence ?” .

En effet, cette personne travaille à temps partiel dans un fast-food pour un salaire mensuel environnant les 800€. De quoi se plaint-il ? Justement, il tente d’expliquer : la planète, le monde, les hommes, tout part en vrille… À cause des “quelques dirigeants qui ne nous respectent pas”.

On voit bien qu’il ne sait pas expliquer ce qu’il faisait à cette manifestation. Armé jusqu’aux dents avec une cagoule et un foulard, monsieur X était là pour agir avec violence et sans raison.” s’empresse le procureur, allant jusqu’à qualifier d’inepties les propos de l’accusé et balayant ainsi vite sa réflexion, et avec, son individualité.

 

Prison immédiate

Si l’on veut manifester il faut une autorisation, si l’on possède des mortiers c’est pour attaquer, si les manifestant.e.s s’étaient retrouvés.e.s devant les représentants politiques que se serait-il passé, si les gilets jaunes sont « ici [c’est] pour casser du flic sans réelles revendications », si un gendarme nous donne un ordre nous devons lui obéir. Sans oublier le petit laïus sur les attentats et la bravoure des forces de l’ordre. En effet, « dans une société civilisée, la police sert à protéger les citoyens et la liberté ».

Coupable, 6 mois ferme avec mandat de dépôt. La personne dormira en prison le soir même. À sa sortie, elle aura l’obligation de  travailler et de dédommager les gendarmes (les “parties civiles”). Le Genepi Besançon condamne l’absence de justice dans ce tribunal, et la violence ordinaire de ses représentant.e.s sur les accusé.e.s.

 

Contact : genepi.besancon@gmail.com

Photo : AFP – Emeric Fohlen