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Le retour du Covid 19..84 : ce que le virus nous apprend de notre société

Derrière les consignes gouvernementales et les hashtags tels que #RestezChezVous, se masque une volonté du pouvoir de distinguer les bon.ne.s citoyen.ne.s, des « irresponsables ». Ce stratagème vient justifier auprès des français.e.s effrayé.e.s par la pandémie, la mise sous surveillance et sous tutelle de quartiers entiers et le sacrifice assumé d’une partie de la population. Au même titre, la mise en place de l’état d’urgence sanitaire, est utilisé pour cautionner un système ultra-répressif.

Le non-respect du confinement, devenu infraction pénale, est le nouveau prétexte invoqué pour justifier le traitement agressif des pauvres et des racisé.e.s, ainsi que les crimes de la police. Les médias dominants, en parfaits alliés du système, s’amusent à filmer les marchés des quartiers populaires avec le biais raciste qu’on leur connait, tout en dépeignant la fuite des Parisien.ne.s comme un « exode » romantique, légitime, peu relié à la diffusion du virus dans certaines régions jusque-là moins touchées.

Nous sommes prié.e.s de nous rassembler sous une « union nationale » complètement fantasmatique, aux relents patriotiques, pour nous donner l’illusion que nous devons toustes fournir le même effort et que nous aurons le même traitement, mais c’est faux.

L’inimaginable se poursuit donc, dans un état de sidération générale.

/ TOUJOURS LES MÊMES QUI TRINQUENT /

Ordonner le confinement, c’est nier l’existence des personnes sans-abris, une cause dont Macron avait fait une promesse de campagne, restée sans suite évidemment. « Restez chez vous », certes, mais l’état n’a que faire de celleux qui n’ont justement pas de chez soi. Rien n’est fait, si ce n’est les amendes et les condamnations qui tombent. Passer le confinement dans un appart petit, mal isolé, délabré et partagé avec plusieurs habitant.e.s ou dans une grande maison secondaire en campagne n’implique pas les mêmes réalités, mais comme toujours ces inégalités ne sont pas prises en compte par les autorités.

La dissuasion par la sanction économique, dans une société de classes sociales inégalitaires, c’est le meilleur moyen de punir toujours les mêmes, tout en laissant les plus riches tranquilles (pour partir en week-end par exemple). Pour plus de 3 infractions aux règles du confinement en 30 jours, l’amende peut s’élever à 3750 euros : soit presque deux fois et demi le SMIC mensuel brut. Au-delà de la sanction économique, l’état complète son arsenal par des peines de prison (jusqu’à 6 mois de prison ferme au-delà de 3 amendes). Nous avons vu ces derniers jours les premiers cas d’incarcération pour non-respect du confinement, nous en sommes aujourd’hui à des dizaines de condamnations. A l’heure où les prisons sont des véritables foyers de contamination, le binôme police-justice continue son sale boulot.

Tandis que le covid enrichit les gros supermarchés, dont le chiffre d’affaire a augmenté sous l’effet de la panique généralisée, certain.e.s (le plus souvent celleux qui sont déjà précaires en temps normal) n’ont plus assez d’argent pour payer leurs courses, comme dans le sud de l’Italie, où des personnes ont tenté de passer aux caisses, caddie plein, sans payer. On le sait, beaucoup de personnes précaires travaillent dans ce qui est appelé l’économie souterraine, or ce secteur est en partie à l’arrêt aujourd’hui. Ces personnes se retrouvent donc sans filet de sécurité financier à l’image des travailleur.eus.es du sexe. Une cagnotte solidaire a été mise en place, vous pouvez les aider ici, si vous le voulez.

Également, le covid exacerbe encore plus les inégalités scolaires. Puisque l’école est le miroir des inégalités, il est évident que l’école à la maison, c’est pire : toutes les familles n’ont pas un ordi pour chaque enfant et/ou un accès à internet. Parmi les familles confinées dans le même espace, de nombreux parents ne parlent pas ou peu français… Des profs, conscient.e.s de ces inégalités, s’organisent pour éviter que cette pandémie ne creuse encore plus le fossé. Les étudiant.e.s ne sont pas en reste, puisque le confinement met les plus précaires d’entre elleux dans des situations extrêmement difficiles. Les aides gouvernementales, arrivées tardivement, sont insuffisantes. Les étudiant.e.s, pour qui les cours continuent, souvent logé.e.s seul.e.s dans de petits logements (au Crous ou ailleurs), doivent aussi affronter la perte de leur travail, qui pour nombres d’entre elleux est leur source de revenu principale.

Les personnel.le.s hospitalier.e.s, dont le gouvernement a hypocritement fait nos héro.ïne.s, après des années de casse des hôpitaux, est évidemment en première ligne face au virus. Pourtant, on oublie souvent les « petites mains », employé.e.s aux cuisines, au nettoyage ou à la blanchisserie, indispensables au fonctionnement des hôpitaux, dont l’accès au matériel de protection contre le virus, déjà insuffisant chez les soignant.e.s, se fera indéniablement en dernier. Sans parler de toustes les autres, ouvrier.e.s, routier.e.s, éboueur.se.s, postier.e.s, etc.

Le problème : beaucoup de grosses entreprises non essentielles ont maintenu leurs activités, mettant ainsi en danger leurs salarié.e.s, comme les entreprises du domaine aéronautique, les constructeurs automobiles comme PSA, ou les entreprises de livraison à domicile. Plutôt que de réduire son activité, Uber Eats a même développé un partenariat avec Carrefour, faisant ainsi des livreur.se.s sans papiers, plus que jamais, des cibles d’arrestations – plusieurs ont d’ailleurs déjà été enfermé.e.s en centre de rétention administrative (CRA) depuis le début du confinement. Pour les secteurs essentiels, les travailleur.se.s sont très mal protégé.e.s. Les entreprises ont tardé avant d’instaurer le port de masque, surblouse, gants, gel ; la conséquence d’une part, de la course au profit qui passe avant la santé des travailleur.se.s, et d’autre part de l’incohérence des consignes gouvernementales à ce sujet.

La solution trouvée par les dirigeant.e.s : le recours aux personnes exilées de leur pays d’origine, en demande d’asile en France (dont on se souvient soudainement de l’existence !). Une main d’œuvre bon marché, muselée par sa situation administrative et financière, sur laquelle on compte pour faire du travail de maraîchage et alimenter les supermarchés. Les prisonnier.e.s sont également utilisé.e.s comme main d’œuvre pour la fabrication de masques alors qu’eux.elles mêmes en font expressément la demande depuis le début de la crise ; aux États-Unis, iels creusent les tombes des morts du covid. Toujours les mêmes en première ligne, les tâches élémentaires sont exécutées par des personnes précaires/racisé.e.s, qui sont elles aussi réquisitionnées pour continuer à travailler dans leur secteur. Cette politique a d’ores et déjà fait des mort.e.s. Parmi quelques cas, à Saint-Denis, Aïcha, caissière, est morte du covid, un salarié de la RATP, encadrant au dépôt de bus d’Aubervilliers en est décédé aussi, tout comme un salarié de l’usine de filtres moteur Cummins filtration de Quimper, un salarié de l’usine Renault d’Elbeuf (Seine-Maritime) et un personnel de sécurité du CHU d’Amiens. À Londres, ce sont 20 chauffeurs de bus qui sont décédés du coronavirus, faute de mesures de protection suffisantes, et alors même que la fréquentation des bus a drastiquement diminué. Iels sont aussi mort.e.s à cause du système capitaliste, le pouvoir politique faisant passer comme toujours l’argent avant les gentes. Toujours les mêmes, donc, qui sont envoyé.e.s « au front », si on reprend la rhétorique guerrière de Macron.

Si en France, la Seine-Saint-Denis s’avère particulièrement touchée par la hausse de décès dus au coronavirus, les chiffres des États-Unis nous prouvent encore les liens ténus entre racisme et santé, en l’occurrence une sur-représentation des personnes racisées parmi les victimes. Ainsi, dans le Wisconsin, les personnes noires représentent 26% de la population mais 70% des décès ; au niveau national, les 13% de la population que représente la communauté noire comptent pour 33% des hospitalisations.

Aussi, les femmes, grandes oubliées des discours virilistes de Macron, sont comme toujours en première ligne, surreprésentées dans les métiers de la santé, de l’entretien, ainsi qu’à leur domicile (l’injonction à « rester à la maison » prenant tout son sens). Elles sont d’autant plus exposées aux violences conjugales, que le confinement ne fait qu’exacerber.

/ VIRUS PARTOUT : POLICE PARTOUT /

L’arbitraire des keufs est bien connu, sans cesse dénoncé, mais jamais condamné. Chaque jour, de nouveaux témoignages apparaissent pour dénoncer les comportements abusifs, racistes, classistes et sexistes des condés. On le sait, ils se sentaient déjà puissants avant, notamment depuis l’état d’urgence de 2015, mais cette situation exceptionnelle augmente leurs pouvoirs, leur champ d’action et bien sûr leurs lots d’abus et de violences. Les amendes pleuvent bien plus que les masques, surtout dans les quartiers populaires à forte densité (le 1er jour : 10% des amendes ont été données en Seine-Saint-Denis). Le contrôle policier ne s’applique pas partout de la même façon. La pression mise sur certains départements ou quartiers n’est que la continuation renforcée de la surveillance policière habituelle, tandis qu’ailleurs, dans les quartiers principalement blancs et bourgeois, le risque de croiser un policier est beaucoup plus faible (les flics se font rares dans le 16ème !).

En 2 semaines, 6 personnes ont été assassinées par la police, sans compter les blessé.e.s graves. Quelques exemples de cette répression : lors d’un contrôle de son attestation de sortie à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Ramatoulaye B., jeune femme racisée, est brutalisée par la police. De retour des courses, elle est tasée, frappée, insultée et mise en garde à vue pour ne pas avoir présenté son attestation, des violences qui entraînent cinq jours d’ITT. Mohamed, 34 ans, assassiné par la police, à Béziers. A nouveau, c’est le plaquage ventral, technique policière meurtrière, qui est mis en cause, l’un des flics reconnaissant « s’être assis sur lui ». Sans oublier la petite fille de 5ans qui a reçu un tir de LBD dans la tête, à Chanteloup (Yvelines), sortie du coma il y a quelques jours seulement. Dans la nuit du 18 avril, à Villeneuve-la-Garenne, un jeune de 30 ans, circulant à moto, était grièvement blessé à la jambe, après avoir « croisé » un véhicule banalisé de la police. Les témoins présents sur place affirment que l’une des portières du véhicule a été ouverte délibérément, pour le faire chuter (ou pire). Encore un énième rappel du danger que représentent plus que jamais les forces de l’ordre, qui ont « carte blanche » dans les quartiers, avec un sentiment d’impunité et de toute puissance, décuplé. Les violences policières ne sont pas propres à la gestion du covid, mais exacerbées car les flics sont partout en cette période. Le confinement, les rues désertes et donc la réduction des témoins potentiel.le.s, constituent un cadre idéal pour l’exercice de leurs « fonctions ».

Côté taules, l’état nous enfume à coup de grandes déclarations, annonçant la libération de 5000 prisonnier.e.s. Ces chiffres sont évidemment faux, ils incluent des libérations et aménagements qui devaient déjà avoir lieu. Les libérations promises sont largement illusoires, le seul moyen trouvé par le gouvernement et l’administration pénitentiaire pour acheter la paix dans les taules. L’état flippe face aux révoltes et résistances qui ont secoué les prisons, d’abord en Italie, puis en France. Pour suivre l’actualité carcérale et les mutineries, lire ou écouter l’Envolée. Ces libérations ont aussi pour but de dissimuler des ordonnances arbitraires et liberticides, telles que la prolongation de la détention provisoire de 2 à 6 mois, en clair : des personnes qui n’ont pas été jugées sont donc maintenues en détention, au nom de l’état d’urgence sanitaire. Elle est loin la présomption d’innocence qui était brandie à toutes les occasions quand il s’agissait de protéger de riches hommes blancs accusés de viol, il y a encore quelques mois ! La « justice », qui ne porte plus que son nom, est rendue par visioconférence, parfois sans avocat.e.s lors des comparutions immédiates, atteignant un degré d’autoritarisme rarement égalé, faisant craindre une pérennisation dans le droit commun. Les amoureux.ses de la démocratie jugeraient cette « justice » volontiers anticonstitutionnelle.

Dans notre système la punition est synonyme d’exclusion, derrière des murs, près des aéroports pour être déporté.e.s, assigné.e.s à résidence, dans la rue… Ces personnes, laissées à l’abandon, sont encore plus fragilisées pendant le confinement. Pour l’état, elles ne méritent pas une réelle protection, alors même qu’elles font partie des personnes les plus exposées au virus. Dans les taules, où insalubrité et surpopulation sont de mise, dans les foyers où sont (mal)logé.e.s des migrant.e.s, dans les CRA encore ouverts malgré le quasi arrêt des déportations avec la fermeture des frontières… des révoltes ont éclaté dans une vingtaine de lieux d’enfermement. Parfois, des communiqués traversent les murs, remplis de rage, de colère. Dans les CRA, ces prisons pour étranger.e.s, de nombreuses révoltes et grèves de la faim ont également éclaté. Pour le suivi des révoltes dans les CRA : c’est ici.

/ LE GLISSEMENT VERS LA TECHNOPOLICE : LA RÉPONSE SÉCURITAIRE A LA CRISE SANITAIRE /

Des drones, aéronefs, hélicoptères avec caméras infrarouges pour surveiller, identifier, contrôler, amender, voire arrêter les personnes qui ne respectent pas le confinement, voici les armes que l’état français utilise contre celleux qu’il est censé protéger du virus. Depuis le début du confinement, le choix fait par le gouvernement pour enrayer la pandémie est clairement du côté de la répression : il part en chasse. L’état a maintenu les élections municipales alors même que les voyants sanitaires étaient au rouge et aujourd’hui il fait reposer la responsabilité de la propagation du virus sur « l’irresponsabilité » des gentes qui décident de sortir de chez elleux. En comparaison, sans idéalisation de l’Allemagne, certains Landers ont préféré miser sur la confiance et la responsabilité collective : les autorités ont appelé la population à réduire les contacts, mais autorisent les gentes à sortir de chez elleux (sans aucune attestation !) pour effectuer les activités nécessaires ou prendre l’air, les espaces verts restant ouverts. Si les Allemand.e.s sont prié.e.s de rester à leur domicile le plus possible, leurs sorties ne sont pas limitées stricto sensu. D’ailleurs, notre gouvernement, qui n’excelle que dans la répression, a commandé des gaz lacrymogènes pour plus de 3,6 millions d’euros, alors qu’on manque cruellement de masques, de blouses, et de tests. Une notion de l’urgence originale, mais ne soyons pas étonné.e.s, on sait très bien où sont les priorités.

La gestion du covid en France, c’est une affaire de gros sous, surtout sur le marché sécuritaire selon la Quadrature du Net. Un appel d’offre a été publié le 12 avril par le ministère de l’intérieur concernant l’acquisition de 651 nouveaux drones pour un commande s’élevant à 4 millions d’euros. En effet, des sociétés telles que Drone 06 ou Flying Eye tirent déjà profit de la vente de leurs drones équipés de hautparleurs et de caméras, et autres engins hightech de contrôle de la population. Alors qu’il n’existe aucun cadre juridique pour l’utilisation de drones par la police, de plus en plus de villes en déploient pour contrôler le respect des règles de confinement : Rennes, Rouen, Nice, une vingtaine sur Paris, Ajaccio, Toulouse, Metz, Limoges, Nantes, la région du Grand Est, Marseille, Amiens, Montpellier, Lyon… Pour ce genre d’entreprises, le covid est une aubaine puisqu’il leur permet de proposer leur matériel sécuritaire dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, sous couvert de bienveillance : on le fait pour vous, pour lutter contre le virus. De la même façon, l’état peut justifier l’achat de l’attirail de contrôle, masquant les failles des politiques publiques en matière de santé et de prévention. Ces appareils ne sont pas nouveaux, ils servent déjà d’outils de surveillance et de répression, mais la crise permet d’étendre largement leur utilisation. Il est bien possible que tout cela se pérennise, une fois la pandémie terminée, afin de renforcer la surveillance des individu.e.s considéré.e.s comme récalcitrant.e.s, notamment les habitant.e.s des quartiers populaires, les militant.e.s, les zadistes, etc. Au passage, malgré le contexte de crise sociale et sanitaire, la gendarmerie a procédé à l’expulsion de la Zad de la Dune (Vendée) début avril, considérant l’expulsion comme une nécessité. Pour rappel, la Zad de la Dune visait à s’opposer à la construction d’un port qui aurait détruit des zones humides et terres agricoles.

Ce qui est mis en place n’est que le prélude d’une société d’auto-contrôle, facilité par nos téléphones connectés dont Orange et autres compagnies téléphoniques ont accepté de partager avec l’état français, les données privées de leurs utilisateur.ice.s. Après avoir rejeté les solutions de surveillance électronique, le gouvernement vient de céder aux multiples pressions en annonçant le développement d’une application de « backtracking ».

/ QUELLE(S) SORTIE(S) DE CRISE ? /

Alors que la France fait des cadeaux colossaux aux entreprises pour maintenir l’économie à flot et prévoit des mesures dérisoires pour sauver les habitant.e.s, la mairie de Lisbonne a décidé de suspendre les loyers dans les logements sociaux jusqu’en juin et le Portugal régularise temporairement tous.tes les sans-papiers ; l’Argentine prépare un impôt exceptionnel sur les grandes fortunes afin de les faire contribuer à l’effort, espérant récupérer ainsi 2,5 milliards de dollars, destinés au matériel médical et à la nourriture pour les plus vulnérables ; le Mexique a voté une loi d’amnistie afin de désengorger les prisons, surtout pour les délits mineurs ; l’Espagne travaille sur la mise en place d’un revenu universel ; le gouvernement italien annonce un « revenu d’urgence » pour trois millions de personnes précaires, y compris pour les travailleur.se.s non déclaré.e.s et la régularisation de 200 000 travailleur.se.s sans papiers. Pour des pays européens ou extra européens, considérés en retard par leurs voisins du Nord, ces mesures sociales et solidaires, à prendre avec précaution bien sûr, sont pourtant bien plus progressistes que tout ce qu’a tenté la France depuis le début de la crise sanitaire.

En tout cas, ce qui est certain, c’est que partout, la reprise de l’économie est une urgence, pour que les entreprises ne tirent pas le rideau. Surtout ne pas remettre en question notre modèle de production. Si on nous assure que la reprise rapide de l’activité économique, permettra d’amoindrir les effets de la crise économique, c’est faux car c’est toujours les mêmes qui payeront et qui pire seront davantage exploité.e.s sous couvert qu’il faut augmenter les cadences ou garder son poste. A titre d’exemples, l’accord de reprise du travail chez Renault au Mans prévoit la possibilité d’imposer le travail de 6 jours par semaine, et de modifier la durée et le positionnement des congés payés d’été en pouvant les réduire à 12 jours consécutifs. Également, le site de Toyota d’Onnaing (Nord) a ré-ouvert son site cette semaine, malgré le désaccord des délégués syndicaux. L’urgence en ces temps d’épidémie, selon le Conseil économique et social qui a voté cette décision, serait de construire les 35 000 Toyota Yaris commandées par des client.e.s en attente de livraison depuis plusieurs semaines.

Ne soyons pas dupes, il n’y a pas eu d’erreurs ou de mauvais choix dans la gestion de la pandémie. Toutes les décisions prises incarnent une volonté assumée du gouvernement de protéger les puissants, de choisir les vies à sauver et de cibler celleux dont l’existence même est une menace à l’ordre social qu’il voudrait imposer. La pandémie donne une occasion rêvée au pouvoir de légitimer tout un tas de solutions qui paraissaient controversées et très sensibles.

A priori, si on analyse la situation d’une façon simpliste, deux solutions s’offrent à nous à la sortie de crise : continuer comme avant, sous un capitalisme sauvage, qui tue les plus pauvres et empoisonne la planète, avec en prime, on le sait, une crise sociale et économique qui nous guette et touche déjà certain.e.s d’entre nous, ou un changement radical de la société. En réalité les choses sont plus complexes, on le sait, mais il est plus que jamais primordial de faire front ensemble, quartiers populaires, personnes enfermées, Gilets jaunes, Gilets noirs, féministes, écolo, pour en finir définitivement avec ce système ! Ces 2 dernières années ont été riches de rencontres, de bouleversements, d’alliances, de rage ! Continuons ! Continuons à tisser nos convergences et dès la fin du confinement, prenons la rue. Parce que, s’il y a un virus, tout aussi meurtrier, c’est celui de l’autorité et du capitalisme, mais heureusement nous connaissons le remède, la culture de résistance ! L’état devra répondre de ses actes, attendons-le à la sortie.

En attendant la fin du confinement, continuons à hurler notre rage au balcon, à appeler les CRA, à écrire aux prisonnier.e.s, à faire des banderoles, à s’engager dans des brigades populaires, à postillonner sur les flics, à soutenir les révolté.e.s partout et surtout préparons la révolte post-confinement !

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Comment soutenir depuis l’extérieur et en confinement, les personnes enfermées

Comme vous le savez les prisonnier.e.s font face, plus que jamais, à des conditions dramatiques dans les prisons aujourd’hui à l’heure du Covid-19. Suppression des parloirs et des activités collectives, manque d’information, manque de moyens sanitaires, etc. C’est pourquoi, nous vous proposons ici des actions de solidarité pour leur montrer qu’on ne les oublie pas ! A défaut de pouvoir organiser des parloirs sauvages ou d’autres actions qui nécessitent de sortir, il y a quand même plein de choses utiles à faire depuis chez soi. Bien sur la liste n’est pas exhaustive. Il n’y pas une manière de soutenir mais plein, selon ses capacités, sa créativité, ses envies.

 

**PRISONS**

  • Écrivons des lettres

Bien sûr, comme avant le confinement, il est possible d’écrire des lettres aux personnes détenues, cependant il semblerait que le service postier soit bien ralenti. Si le courrier ne peut pas être envoyé/reçu de suite, vous pouvez toujours écrire les lettres et les envoyer quand le confinement sera levé. Les lettres permettent aux prisonnier.e.s de passer le temps, et surtout de garder contact avec le monde extérieur.

Quelques conseils : la plupart des courriers envoyés ou reçus par les personnes détenues font l’objet d’un contrôle par l’administration pénitentiaire, prenons ça en note. Aussi, pensez si vous pouvez, à mettre dans votre enveloppe avec votre lettre, un autre timbre et une autre enveloppe (et bien sur votre adresse) si vous voulez que votre correspondant.e vous réponde. Il n’est pas toujours évident de trouver des timbres en taule. Pour écrire à une personne détenue, vous devez naturellement indiquer l’adresse du centre pénitentiaire, voici un annuaire des adresses de tous les centres pénitentiaires de France ; mais ce n’est pas tout, vous devez aussi indiquer le nom et le prénom de la personne détenue, ainsi que son numéro d’écrou si vous l’avez.

Si vous connaissez le nom d’une personne ainsi que la taule où elle est détenue, vous pouvez aussi toujours essayer d’appeler l’accueil téléphonique du centre pour demander son numéro d’écrou ou envoyer sans numéro d’écrou. Si vous ne connaissez personne en taule, certaines personnes ont volontairement donné leur numéro d’écrou publiquement telles que Fabrice Boromée, écrou N°638, MC QI- 5 rue Droux, 62880 Vendin-le-vieil ou Lionel Cardon N°écrou : 2789 – Cellule : 230 -Bat : B Centre de Détention de Lannemezan Rue des Saligues, 65300 Lannemezan. Aussi des sites ici et ici regroupent quelques numéros d’écrou de GJ incarcéré.e.s. Mais bien sûr il n’y pas qu’eux.elles. Vous pouvez aussi écrire des lettres anonymes et demandez des numéros d’écrou à l’OIP ou l’Envolée journal mêmes si vous ne connaissez pas vos correspondant.e.s.

 

**CRA**

La situation dans ces prisons pour sans papiers, comme dans toutes les autres en France, est très dure : parloirs fermés, gros problèmes sanitaires, incertitude, maintien de l’activité des CRA alors que les frontières sont fermées.

  • Appelons les cabines téléphoniques

Vous pouvez appeler les cabines téléphoniques dans les CRA pour témoigner de votre soutien ! A la différence des taules, tout le monde peut discuter avec les prisonnier.e.s en CRA en appelant la cabines, les numéros sont ici. Si vous ne l’avez jamais fait et que vous vous demandez quoi dire, voilà quelques idées. Cet article donne des billes sur la démarche à suivre, y jeter un coup d’œil avant peut être utile. Si vous le souhaitez, vous pouvez envoyer les infos à la suite de votre échange à abaslescra@riseup.net (combien de personnes reste-t-il dans le CRA ? Y a t-il des libérations régulières ? est-ce que les demandes de mise en liberté sont acceptées par le juge ? quelle est la situation dans le CRA ? etc)

  • Harcelons les préfectures pour exiger la fermeture des CRA

Une initiative a été lancée qui consiste à envoyer massivement des mails aux préfectures ! Cela permet de montrer qu’on est au courant de ce qui se passe à l’intérieur des CRA et qu’on est toujours là ; c’est aussi une manière de ralentir leur sale travail en saturant leurs boites mails ! La proposition est la suivante : envoyer un mail aux pref avec le texte écrit dans l’article. L’idée est de reproduire l’envoi de ces mails TOUS LES JOURS de 11H à 12H !

  • Appelons l’administration des CRA

On peut aussi appeler en masse les numéros de l’administration des cra, pour leur faire savoir qu’on ne les aime pas et qu’on sait ce qui se passe dans les centres. Numéro de Mesnil-Amelot : 01 60 54 40 60 ou Vincennes : 01 43 53 79 00.

 

**PLUS LARGEMENT**

  • Visibilisons notre soutien et notre rage aux fenêtres

Très facile à faire, crions à 20h tous les jours à nos fenêtres et balcons notre soutien aux personnes enfermées et exigeons leur libération ! Avec une cuillère, une casserole, du son, une trompette, un triangle, une pancarte, nos voix pour crier, chanter, faire du bruit et montrer notre détermination et notre solidarité ! Accrochons des banderoles et écrivons partout que les CRA et taules doivent être fermés maintenant et pour toujours !

Ce samedi 18 avril à 18H (un mois après l’arrêt des parloirs et la privation des visites), et tous les jours qui suivent faisons du bruit pour les prisonnier.e.s. Un événement a été créé à l’occasion.

Pour les messages de soutien aux prisonnier.e.s des CRA, vous pouvez envoyer vos photos à anticra@riseup.net.

  • Parlons-en autour de nous

Vraiment pas très coûteux, mais très efficace pour faire passer un message. Parlez autour de soi des situations dramatiques dans les prisons, CRA et autres lieux d’enfermement, ça permet de visibiliser leur situation et leur lutte. Plusieurs collectifs, asso font un gros travail pour relayer la parole des personnes détenu.e.s., mais ça ne suffit pas visiblement à alerter les pouvoirs publics. En parler à ses ami.es, famille, ça compte ! Si vous avez besoin d’info pour vous informer, vous pouvez jeter un coup d’œil par exemple sur l’Envolée journal, A bas les cra, Prison insider, l’Observatoire international des prisons, Au delà des murs des prisons, notre page facebook etc.

 

Montrons aux prisonnières et prisonniers qu’i.elles ne sont pas oublié.e.s !
Montrons notre solidarité à toutes les personnes enfermées dans les prisons, les CRA et autres lieux de privation de liberté en France et ailleurs.
Et surtout, cramons la taule.
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Ne fais pas ton flic, sois sympathique

Nous avons vu resurgir des pulsions particulièrement problématiques dans le cadre de la lutte contre la pandémie du COVID 19 et la politique du confinement, ce qui nous a donné envie d’écrire.

L’injonction à « rester chez soi » et la nécessité de la distanciation sociale fournissent un prétexte spécialement inquiétant pour renforcer les pulsions de contrôle de chacun.e sur chacun.e. En effet, au nom de cet « esprit collectif », dans « l’intérêt de toustes », une surveillance généralisée des comportements s’est mise en place. Certain.e.s se sont réinventé.e.s une nouvelle passion, délateur.rice.s pro en appelant le 17 pour signaler les comportements potentiellement suspects de leurs voisin.e.s ! Félicitations, vous présentez toutes les qualités requises pour vous présenter au concours de police. La police n’a jamais autant recruté ! Pourtant même les flics trouvent que les français.es sont trop des poucaves !

Ne nous trompons pas de responsables et cherchons les vrai.e.s coupables. Bien évidemment si les gentes continuent à se rassembler, cela semble irraisonnable et irresponsable dans cette situation de crise sanitaire mais les vrai.e.s coupables sont bien tous.tes nos dirigeant.e.s totalement incompétent.e.s: Macron et toute sa clique , Buzyn, Castaner, Philippe etc. On ne dit pas qu’il ne faut pas réagir face à des situations qui paraissent problématiques, mais ne jouons pas aux keufs comme dans une mauvaise série. Si nous pensons que notre voisin.e sort trop souvent, simplement posons lui la question, essayons de le.a comprendre. Si nous voyons des personnes sans-abris qui errent, des militant.e.s qui taguent ou affichent des messages de soutien, des mal-logé.e.s qui sont dehors, ne jouons pas au bon citoyen.ne en appelant les keufs ou en les moralisant. Nous devons collectivement nous soucier de la santé et du bien-être de tous.tes mais ne devenons pas pour autant des agent.e.s du maintien de l’ordre.

Aujourd’hui la première contravention en cas d’infraction aux règles du confinement s’élève à 135€. En cas de récidive dans les 15 jours, 200€ dès la deuxième infraction et peut aussi être majorée à 450€, si elle n’est pas payée dans les 45 jours. Lorsque quatre violations du confinement sont relevées dans les 30 jours, il s’agit alors d’un délit. Il est punissable de 6 mois de prison et 3 750€ d’amende, alors même qu’il faut absolument vider toutes les prisons. Au-delà du montant indécent de ces amendes, si la santé publique guidait l’action des autorités sans exclure quiconque de ce droit fondamental, la première des mesures à prendre serait de vider un maximum les lieux d’enfermement. Plusieurs personnes ont déjà été condamnées à des peines de prison ferme pour non-respect du confinement ou à la suite d’incidents lors des contrôles comme dans la Loire, la Marne, en Vaucluse ou encore dans le Val-de-Marne. En faisant notre flic, nous remplissons les taules.

Ce mercredi 1er avril, environ 359 000 amendes ont été distribuées en France dans le cadre du confinement et parmi près de 6 millions de contrôles ont été effectués a affirmé fièrement le gouvernement ce matin (et ce n’est pas un poisson d’avril malheureusement) ! Une moyenne d’environ 23 000 amendes par jour. Si le système de santé français est à l’agonie, le système sécuritaire semble lui, parfaitement fonctionner ! Cette explosion des contraventions est l’occasion pour les forces de l’ordre de tous les abus de pouvoir, jusqu’à vérifier ce que l’on achète, le contenu de nos repas, la moindre sortie en banlieue. Bien évidemment c’est systématiquement les mêmes personnes ciblées, majoritairement des populations racisé.e.s précaires comme nous l’avons expliqué dans un article précédent. Pour rappel, l’IGPN (la police des polices soi-disant) a été saisie déjà pour de nombreuses interpellations violentes qui ont lieu dans le cadre de contrôles d’attestation de déplacement comme à Strasbourg, aux Ulis, à Asnières, à Aubervilliers…

Puisque Macron appelle le peuple à se rassembler, rassemblons-nous, pas sous un imaginaire nationaliste réactionnaire qui justifie des mesures autoritaires, privatives de libertés individuelles et de sacrifice des classes dominées au nom de l’intérêt national, mais bien sous le signe de l’entraide et de la solidarité. Être solidaire, ne veut pas seulement dire proposer de faire les courses pour ses voisin.e.s infirmier.e.s, ou docteur.e mais aussi de penser aux petites mains du capitalisme, les ouvrier.e.s qui continuent de trimer, les agent.e.s de nettoyage, les routier.e.s, livreur.euse.s, etc, il ne faut pas les oublier. Être solidaire ça veut dire aider la personne SDF qui vit en bas de chez soi. Être solidaire, c’est aider cette femme de l’étage du dessus qui se fait peut-être battre par son mari. Être solidaire ça veut aussi dire penser à toutes ces personnes enfermées qui ont besoin encore plus que d’habitude de notre soutien, appelons les CRA, écrivons des lettres aux prisonnier.e.s, parlons autour de nous de ce qui passe dans nos prisons (nous sortons un article très prochainement sur « comment aider les prisonnier.e.s depuis l’extérieur »). Soyons ensemble, d’accord mais pour de vrai, sans distinction de statut social ou de casier judiciaire, pour qu’une fois le confinement terminé, on soit toustes dans la rue, plus fort.e.s que jamais, pour renverser ce vieux monde !

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Covid et harcèlement policier dans les quartiers

Ces derniers mois, la répression des gilets jaunes, des collectifs féministes (que ce soit lors des collages contre les féminicides ou lors des manifestations féministes) ainsi que des manifestant.e.s grévistes a donné à voir un élargissement de la répression policière à des secteurs de la population moins touchés habituellement.

Les « mesures Covid » viennent rappeler la réalité du harcèlement policier quotidien de certains groupes sociaux, notamment les personnes racisées, et / ou vivant dans certains quartiers.

Il ne faut cesser de rappeler que le rapport à la police est différencié selon la race, la classe, le genre…. Ce sont toujours les mêmes « citoyen.ne.s » qui sont désigné.e.s comme « récalcitrant.e.s », indiscipliné.e.s, c’est à dire les « jeunes noir.e.s et arabes des banlieues ».

Les « beaux quartiers parisiens », eux, sont plutôt épargnés par les mesures. De plus, ces mêmes personnes riches, ont pour la plupart du temps, accès à une maison secondaire, leur permettant de quitter la ville.

Les mesures actuelles accentuent le contraste explicité plus haut et viennent durcir la répression dans des quartiers déjà stigmatisés quotidiennement et ségrégés. On l’a vu, il y a eu des plaquages au sol, du tutoiement agressif et immédiat, des coups gratuits.

Les cibles, toujours les mêmes : des hommes et des femmes racisé.e.s des femmes voilées, des jeunes de banlieues. Un défaut d’attestation suffit à interpeller et peut provoquer une garde à vue. A partir de là, place à l’arbitraire. La gestion du covid c’est une injonction au civisme et à la discipline qui est adressée aux populations les plus exposées à la précarité. Par exemple, à Paris, les zones de Château Rouge, dans le 18ème arrondissement, de Barbès ou les marchés populaires sont des lieux sur lesquels les forces de l’ordre se focalisent. Le premier jour de confinement, 10 % des amendes ont été données en Seine Saint Denis !

Pendant ce temps, les classes moyennes, elles, peuvent dans une certaine mesure faire du télétravail. Dès lors, elles sont moins exposées aux contrôles policiers. Alors que les pauvres, racisé.e.s, sans papiers sont OBLIGE.E.S de sortir travailler et donc, de se mettre en danger puisque leur statut sont très peu, voir pas du tout protecteur. C’est le cas pour Uber eat mais aussi le gens qui travaillent dans le BTP et les personnels d’entretien ou de ménage.

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État d’urgence sanitaire ou sécuritaire ?

Ne laissons pas la gestion gouvernementale du Covid-19 s’attaquer à nos droits et libertés !

Face au Covid-19, le gouvernement a montré son incompétence absolue, absence de tests pour la population et même de masques pour les soignant.e.s, abandon des prisonnier.e.s alors que les prisons se transforment, plus que jamais, en des mouroirs. Et comme si ce n’était pas suffisant, à tout cela s’ajoute des ordonnances d’une violence extrême, qui abolissent tous nos acquis sociaux et nos droits !

Face à la gestion sanitaire catastrophique dans les établissements pénitentiaires, des vingtaines de prisons ont connu des scènes de révolte historiques, à l’image de celle de la prison d’Uzerche qui a entrainé le transfert de plus de la moitié des détenu.e.s vers d’autres prisons. D’autant plus que les transferts se sont déroulés en bus scolaires pénitentiaires, ce qui laisse présager d’un risque élevé de contamination (cf émission de l’Envolée du 26 mars).

Inévitablement, du fait du manque de moyens mis en place pour lutter contre le virus, la contagion s’étend dans les prisons. Selon un nouveau bilan de la direction de l’administration pénitentiaire, 21 détenus sont positifs au covid-19 et 471 sont en confinement sanitaire. Parmi le personnel pénitentiaire, 50 ont été testés positifs, 793 sont en quarantaine pour 14 jours. Parmi les préoccupations des personnes détenues, il y a les matons qui peuvent être porteurs du virus et qui sont en contact avec beaucoup de personnes détenues. Beaucoup de prisons sont touchées, ces cas ne sont pas isolés, mais bien présents sur tout le territoire, à la prison d’Aiton, la maison d’arrêt de Nanterre, à La santé, aux Baumettes, à Villeneuve-lès-Maguelone, à Orléans-Saran (où un maton est décédé, probablement du virus puisqu’il avait annoncé être en état fiévreux), à Perpignan, à Fresnes où une personne enfermée (positif au covid-19) est décédée la semaine dernière, etc. Une personne détenue est décédée aussi mais testée négatif au covid-19 au centre de détention de Nantes en début de semaine. Eh oui, la prison n’a pas besoin de virus pour tuer.

Alors que le nombre de cas testés positifs augmente en taule et qu’aucune mesure satisfaisante n’est prise pour endiguer l’épidémie dans les prisons, le gouvernement décide de prolonger les temps d’incarcération à coup d’ordonnances autoritaires et liberticides ! Pourtant, la seule mesure qui permettrait d’éviter une contagion générale serait la libération de toutes les personnes enfermées ! Alors que toutes les associations et collectifs ont exigé des libérations massives, et que le ministère de la Justice s’est engagé à libérer 5 000 détenu.e.s en fin de peine, voilà maintenant que les ordonnances rallongent les temps d’incarcération !

En même temps, le gouvernement n’hésite pas à menacer de peines de prison fermes, celles et ceux qui ne respectent pas les mesures de confinement ! Eh oui, comme on est gouverné.e.s sous la menace de la sanction, quand il faut imposer un changement de comportement, forcément c’est la même stratégie, celle de la force qui est utilisée. Et, ces sanctions, rappelons-le, sont toujours prévues et dirigées vers les mêmes cibles : les personnes racisées, précaires, les « antisociaux », c’est à dire des personnes qui ne vont pas forcément avoir les réactions de la majorité dans à une situation donnée, ce qui les met en danger vis à vis de celleux qui vont les considérer comme dangereuses.

La gestion du virus en prison est le miroir de ce qu’il se passe à l’extérieur : des mesures autoritaires, le confinement par la force avec des montants d’amendes indécents ainsi que l’utilisation du délit de mise en danger d’autrui afin de procéder à des gardes à vues, voire des incarcérations alors même qu’il faut absolument vider les prisons !

Légiférer par ordonnances c’est quoi ?

– donner toute la main à l’exécutif pour faire appliquer un état d’exception selon les agendas politiques, économiques et financiers
– parier sur le fait que ces mesures sécuritaires soient intégrées ensuite dans le droit commun même si dans les textes, ces nouvelles règles sont applicables sur l’ensemble du territoire de la « République » jusqu’à l’expiration d’un délai d’un mois à compter de la date de cessation de l’état d’urgence sanitaire (article 4 de la loi du 23 mars 2020)
– savoir que les mesures prises sont classistes / racistes / liberticides mais elles sont quand même appliquées et le contrôle en termes d’abus de droits (même si il n’est pas suffisant), sera vérifié après que l’état sécuritaire soit terminé. En effet, le contrôle de la conformité de ces mesures aux principes constitutionnels ne se fera que dans un second temps. Le temps du droit n’est pas le temps de la vie, les dégâts seront déjà faits.

L’ordonnance du 25 mars 2020 « portant adaptation de règles de procédure pénale sur le fondement de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 » va permettre entre autres, d’allonger la détention provisoire et de prolonger automatiquement les gardes à vue.

Il ne s’agit pas ici d’affirmer que le maintien de l’État de droit est une priorité. Si l’État de droit s’accommode de la prison, de la ségrégation et des violences policières, il n’est qu’au service de l’ordre établi blanc et bourgeois. Il permet ainsi de légitimer des institutions oppressives que sont la police, la justice et la prison. Pour autant, les principes de procédure pénale et de droit de la défense sont les seuls moyens que laissent la justice pour se défendre. Le dépècement de l’état de droit par cette ordonnance montre bien que le gouvernement aujourd’hui n’a même plus l’intention de justifier sa politique pénale par une prétendue défense des droits fondamentaux. Une fois ce pas effectué, il n’y a aucune raison pour qu’il revienne en arrière. Les mesures actuellement adoptées seront très probablement réinvesties dans le droit commun, à la fin de l’état d’urgence sanitaire au même titre que les mesures « exceptionnelles » de l’État d’urgence l’ont été en 2017.

Voici les conséquences de ces mesures sur les cibles de l’État policier :

L’article 5 prévoit un recours à la visioconférence, et même au simple appel téléphonique sans l’accord des parties concernées. L’élargissement de la visioconférence n’est pas du tout souhaitable pour les personnes enfermées : problèmes techniques de vidéos qui font entrave à la compréhension, à la possibilité de répondre, au suivi par la personne concernée de son propre dossier ! De plus, la personne ne peut pas s’entretenir avec son avocat.e et l’interprète ! La visioconférence en taule, c’est aussi une absence d’anonymat puisqu’un maton, donc une personne avec qui le.a prisonnier.e est en contact au quotidien entend l’échange avec le.a juge! A l’inverse, l’intérêt en termes d’économie pour l’administration pénitentiaire est certain, cette institution acceptant d’exécuter de moins en moins les extractions qu’elle doit pourtant assumer. D’ailleurs, il est probable qu’à la fin de l’état d’urgence sanitaire l’administration pénitentiaire demande sa prolongation.

Notons que ces mesures sont déjà en application dans les CRA (ces « cachots de la justice »).

Concernant les audiences ainsi que les délibérés, il est désormais possible qu’elles se tiennent à huis clos ou en publicité restreinte (article 7). Une justice à huis clos, n’est JAMAIS souhaitable. L’ordonnance met ainsi gravement en branle des principes fondamentaux de la justice, comme la publicité des débats et la collégialité des juridictions. De plus, les audiences correctionnelles pourront se tenir sans public et avec un juge unique (article 9), là où ils sont habituellement trois. Ces règles dérogatoires concernent également les procédures devant les cours d’appel. La suspension des audiences et la libération des prisonnier.e.s en attente de procès auraient été une solution qui n’aurait pas été de trop.

L’article 13, lui, propose aux avocat.e.s de s’entretenir par téléphone ou par un moyen de communication électronique avec leur client.e.s et ces mesures concernent aussi les mineur.e.s. L’entretien téléphonique entraîne des problèmes de compréhension, l’impossibilité d’avoir un.e interprète et bien sûr, la possibilité d’être mis.e sur écoute…

L’article 14 prévoit que la garde à vue puisse être prolongée sans la présentation de la personne poursuivie devant un.e magistrat.e. Ces mesures complètement en défaveur des accusé.e.s vont pouvoir s’appliquer, encore, pendant un mois après la fin de l’état d’urgence sanitaire. Rappelons ici que ces pratiques sont déjà en place dans les commissariats : les violences contre les gardé.e.s à vues, les non-respects de procédures. Ne soyons pas dupes, ce n’est pas nouveau. Ajoutons également que les magistrat.e.s ayant un nombre de dossiers trop importants et dans une logique de rentabilité de l’institution judiciaire, ne font, la plupart du temps, que valider la procédure déjà mise en œuvre.

Les personnes enfermées alors qu’elles n’ont pas été jugées représentent 30 % de la population carcérale. Les juges l’oublient, mais l’incarcération est une mesure exceptionnelle. Allonger la détention est totalement contraire au principe de la présomption d’innocence, principe déjà bien bafoué pourtant, l’article 16 de l’ordonnance prolonge la détention provisoire (en prison ou sous surveillance électronique) de deux mois pour les peines inférieure ou égale à 5 ans, de 3 mois pour les autres cas et, la préventive peut être augmentée de 6 mois en cas de procédure criminelle ! Bien sur, ces mesures s’appliquent aussi aux mineur.e.s (si iels encourent une peine d’emprisonnement de plus 7 ans ou si iels sont poursuivis pour des faits de nature criminelle).

On attend déjà la prochaine ordonnance qui prolongera encore plus longtemps les détentions provisoires à cause de l’engorgement encore plus important des tribunaux une fois la crise finie.

L’article 18 augmente les délais de traitement des demandes de mise en liberté des personnes détenues à titre provisoire !

C’est absurde de vouloir lutter contre le virus en milieu carcéral en permettant à la justice d’enfermer plus facilement et plus longtemps. Avec cette ordonnance on voit que la garde des sceaux préfère continuer à enfermer des gens pour sauvegarder l’ordre établi, plutôt que de lutter contre la pandémie en les libérant. Aux vues des conditions d’incarcération lamentables, la suroccupation, le manque d’hygiène, les personnes détenues sont exposées à des risques de contamination largement plus élevés qu’à l’extérieur !

Concernant les libérations anticipées qui ont fait grand bruit dans les médias, elles ne s’appliquent qu’aux personnes déjà condamnées à une peine d’une durée inférieure ou égale à cinq ans. De plus, pour demander la libération anticipée, la personne doit être dans les deux derniers mois de sa détention et être d’accord pour finir l’exécution de sa peine, en étant assignée à domicile.

Bien sur, les ennemi.e.s de la “République” sont exclu.e.s du dispositif, c’est à dire les personnes condamnées pour des infractions commises au sein du couple, pour des faits de terrorisme ou infractions sur les mineur-e-s, ainsi que les personnes ayant participé à des mutineries, en d’autres termes, les personnes ayant osé se rebeller contre ce système carcéral sont puni.e.s. Concernant les violences patriarcales, plutôt que d’anticiper les conséquences d’un confinement massif de la population sur l’augmentation des violences sexistes et de prévoir des dispositifs, déjà largement manquant en temps normal, le gouvernement préfère laisser crever les gens en taules.

On le sait, tout cela a de grandes chances d’être pérennisé voire étendu après la crise. Nous devons tous et toutes se lever contre ces lois d’exception afin qu’elles ne s’inscrivent pas dans la durée, dans le droit commun, ce qui fragiliserait encore un peu plus nos droits et libertés, comme cela a déjà été fait avec l’État d’urgence mis en place en 2015, qui a laissé des traces indélébiles dans nos textes de loi.

Pour aller plus loin, la Cimade a synthétisé les conséquences de cette ordonnance sur les procédures en droit des étranger.e.s.

Sources pour l’article :

 

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Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Alors que dans son discours du 16 mars, le Président de la République Emmanuel Macron appelle à faire preuve « d’esprit solidaire et de sens des responsabilités » et à l’heure où le pays entre dans une période de confinement, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) s’alarme de voir que des personnes (hommes, femmes, enfants) sont toujours privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA), les locaux de rétention administrative (LRA), les zones d’attente (ZA) et les constructions modulaires du poste de police de Menton pont Saint-Louis.

Leur libération immédiate est une exigence absolue, tant juridique que sanitaire.

Des personnes auxquelles il est seulement reproché de ne pas justifier de la régularité de leur entrée ou de leur séjour en France ne peuvent être enfermées en zone d’attente ou en rétention que le temps strictement nécessaire à l’organisation de leur départ et à la condition expresse qu’il existe des perspectives raisonnables que ce départ puisse être effectif à brève échéance .
Or, l’éloignement de ces personnes est impossible, aujourd’hui et pour les semaines à venir et ce, pour deux raisons. D’abord parce que la plupart des liaisons aériennes avec les pays vers lesquels elles devaient être renvoyées ont été interrompues. Ensuite parce que leur éloignement du territoire serait contraire aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui visent à limiter les risques d’exportation ou d’importation de la maladie.
La privation de liberté subie par ces personnes ne répond donc pas aux conditions prévues par les textes applicables aux droits des étrangers en France et leur est imposée en violation de leurs droits fondamentaux.

Au plan sanitaire, la nécessité de leur libération est tout aussi impérieuse :
– Aucune mesure satisfaisante ne semble avoir été mise en place, ni pour les protéger ni pour protéger les personnes qui gèrent ces lieux d’enfermement ou y interviennent quotidiennement contre les risques de contamination ;
– Il n’existe pas, notamment, de protocole permettant de s’assurer que tant les personnes étrangères qui arrivent en CRA, LRA et ZA que les personnels qui y pénètrent ne sont pas porteuses du virus ;
– Les prescriptions du ministère de la santé ne peuvent pas être respectées dans ces lieux de promiscuité, qu’il s’agisse de la « distanciation sociale » ou des gestes barrières ;
– Les personnes enfermées ne sont pas toujours informées des risques liés à la contamination par le Covid-19 et des mesures mises en place par le gouvernement ;
– Enfin, l’insuffisance de l’action des pouvoirs publics et les risques qu’elle fait courir à leurs intervenants a contraint la plupart des associations qui apportent leur aide aux personnes étrangères en rétention ou en zone d’attente à s’en retirer.
Depuis la semaine dernière, la situation sanitaire gravement dégradée de ces lieux d’enfermement perdure en contradiction avec les durcissements des mesures prises pour protéger la population à l’extérieur.

Une situation similaire se joue actuellement dans les prisons. La Garde des Sceaux vient d’annoncer des mesures pour éviter la propagation du virus en restreignant tous les contacts des détenus avec l’extérieur (suspension des parloirs et des activités socio-culturelles notamment). Cependant encore aujourd’hui, aux centres pénitentiaires de Fresnes et de la Santé, les personnels pénitentiaires, au contact des détenus, ne disposent ni de gants ni de masques pour se protéger et protéger les détenus. Par ailleurs, ces derniers ne reçoivent aucune information sur l’évolution des mesures et de la situation. Cette mesure du ministère de la justice, va renforcer encore un peu plus l’opacité de ces lieux, sans aucune certitude quant au respect des droits les plus élémentaires des personnes détenues ou des personnels.

Ainsi, la privation de liberté des personnes étrangères dans les CRA, LRA, ZA ou autres lieux privatifs de liberté porte gravement atteinte au principe de précaution et à l’impératif constitutionnel de santé publique.

Prenant en compte la mise en danger des personnes retenues comme des personnels des centres, des juges des cours d’appel de Bordeaux, Paris et Rouen ont commencé d’assumer leurs responsabilités en décidant de remettre en liberté des personnes dont l’administration entendait prolonger l’enfermement.

Il serait inconcevable que le gouvernement ne prenne pas au plus vite l’initiative d’une libération générale et inconditionnelle de toutes les personnes étrangères privées de liberté et ainsi particulièrement exposées au risque sanitaire.

Organisations membres de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers :
ACAT-France, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Anafé, Comede, Droit d’urgence, Fasti, Genepi, Gisti, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat des avocats de France (SAF), Syndicat de la magistrature (SM)

18 mars 2020.

Pour plus d’information sur l’OEE : http://observatoireenfermement.blogspot.com/

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