GENEPI : Groupement Etudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées
Identifiez-vous
Mot de passe oublié?

Contacts

Accueil > Actualités > Journée Prison-Justice 2017 : le discours du groupe IdF

Journée Prison-Justice 2017 : le discours du groupe IdF

Madame Adeline Hazan, Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté, Messieurs Antoine Lazarus et Gabriel Mouesca, membres d'honneur du Genepi, Monsieur Antonin Bernanos... ah non pardon, il a eu un contretemps. Mesdames et Messieurs les membres du bureau national élargi, Mesdames et Messieurs les administratrices et administrateurs, chèr.e.s génépistes, invité.e.s, intervenantes et intervenants, bienvenue et merci pour votre présence à cette journée prison-justice.

 

Aujourd'hui, les bénévoles d'Île-de-France souhaitent exprimer à quel point elles et ils sont heureuses et heureux. Il faut dire que les atouts des nombreuses prisons de notre belle région sont exceptionnels.

 

Commençons par la diversité des publics carcéraux et l'accueil exemplaire qui leur est réservé. Nos prisons sont un véritable melting pot qui rassemblent des personnes détenues étrangères, des femmes parfois enceintes, des enfants, des personnes atteintes de maladies mentales, du VIH ou encore d’un handicap.

La condition des femmes transgenres détenues à Fleury Mérogis en est un exemple éloquent. Elles ont la chance d’y être confinées non seulement dans le quartier des hommes, mais à l’isolement total, avec un accès restreint à leur traitement médical, dans le plus grand respect de leur dignité.

 

Une autre fierté francilienne est celle de la densité carcérale. Avec un taux de 147%, nous optimisons l'espace et sommes performants. Tant de personnes détenues c'est autant de possibilités de rencontres et d'opportunités de se réinsérer dans une société qui nous ouvre grand les bras. En 2015, ce taux était de 139%, nous avons donc réellement progressé : preuve que la croissance n'est pas réservée qu'à l'économie.

 

Par chance, le gouvernement actuel a inscrit l'état d'urgence dans le droit commun : ce sont donc d'autant plus d'incarcérations à prévoir ! D’ailleurs, il projette aussi de construire 15 000 places de prisons supplémentaires. Grâce à cette proposition ambitieuse, nous allons continuer à gagner du terrain.

 

La prison est un espace unique de collaboration entre les secteurs public et privé. Grâce aux fleurons de l’industrie française que sont Bouygues Construction, Engie ou Sodexo, de nouvelles prisons sortent de terre et leur gestion quotidienne est assurée sans même que l’Etat n’ait à intervenir ! En offrant aux personnes détenues une nourriture de qualité et des biens à un prix abordable, nos entreprises participent à maintenir une haute idée de la mission de service public.

 

Par ailleurs, la France carcérale est disruptive, elle innove, avec par exemple des dispositifs de médiation animale, comme à Fresnes qui accueille désormais des nids de punaises de lits, de nombreux cafards et des familles entières de rats qui tiennent compagnie aux personnes incarcérées. Elle est aussi la première prison verte de France dont les efforts doivent être soulignés avec des coupures d’eau expérimentées en juillet dernier qui ont eu un réel impact sur les économies d’énergie. La planète nous dit merci.

 

Notre système carcéral s’illustre aussi dans le domaine social avec son droit du travail avant-gardiste fidèle à la vision jupitérienne de notre cher leader : pas de syndicats, pas de médecine du travail, pas de revenu minimum et encore moins d’allocation chômage.

 

Enfin, venons en à la France de la technologie, la France de la désormais réputée "French Tech" qui s'immisce aussi dans nos prisons avec des dispositifs de surveillance informatisés et sécurisés que le monde entier nous envie. En Île-de-France, le Centre Pénitentiaire Sud Francilien, situé à Réau et inauguré en 2011 par l'humaniste Nicolas Sarkozy est un véritable bijou de technologie. Il comprend un système de portes commandées à distance pour lutter contre la phobie sociale.

 

Pour toutes les raisons que j’ai citées et bien d’autres encore, nous avons de quoi être fièr.e.s et nous voulions le partager avec vous. Car nos prisons ont du talent.

 

Vive la détention, vive la République et vive la France !

 


 

Nous n’en avons pas fini, nous ne vous laisserons pas sur cette note cynique. Nous avons dressé le noir tableau des conditions d’incarcération en France. Gardons-le en tête, continuons à étoffer nos connaissances et à nourrir notre rage lors de nos interventions en détention, à Réau, à Poissy, à Fresnes, à Fleury, à Nanterre, à Villepinte, à Bois d’Arcy, à Melun ou à Porcheville.

 

Mais nos ateliers, nos échanges avec les personnes détenues nous convainquent que notre regard doit s’élever au dessus de l’amélioration de la prison. Ce ne peut être notre seul horizon car une prison propre, colorée et qui traite dignement les individus, enfermés et enfermeurs, reste une prison. Elle reste la solution d’un système qui préfère mettre au trou que de regarder ses torts en face.

 

Nous nous réjouissons avec peine de simples pansements sur les plaies béantes du système : par exemple, les unités de vie familiale, qui permettent aux proches et aux personnes détenues de se retrouver dans une sorte de petit appartement attenant à la détention, pour une durée de 6h à 72h. C’est sans compter les difficultés d’accès - seules 38 prisons sur les 187 établissements en sont équipées et les personnes détenues sont dans l’obligation de cantiner, donc de payer pour la nourriture de leurs proches. Même en faisant abstraction de ces barrières, notre horizon est celui de la non-incarcération où parents et enfants continuent à vivre ensemble, où l’on ne perd pas son logement, son emploi, ses dents et sa dignité.

 

Nous continuerons, lors de journées comme celle-ci, à penser la prison, à la remettre au centre, à la voir comme la continuité d’une justice injuste, tapant avec aise sur les plus pauvres ; comme le miroir grossissant d’une société raciste, sexiste, validiste, homophobe, transphobe et islamophobe. Nous continuerons à aller dans la rue et à interpeller les passant.e.s. Nous continuerons à aller dans les collèges et lycées afin de déconstruire dès le plus jeune âge les fantasmes carcéraux. Nous continuerons à former politiquement plusieurs centaines de bénévoles chaque année. Nous continuerons à parler, à débattre, à s’époumoner parfois. Nous continuerons toutes ces actions, minimes mais essentielles. Nous continuerons à lutter !

 
contact-genepi

Contacts

BUREAU NATIONAL

  • 12, rue Charles Fourier
    75013 Paris
  • TEL : 09.61.20.31.49
Tous les contacts

Le Passe Murailles

passe-murailles