GENEPI : Groupement Etudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées
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Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République

Monsieur le Président de la République,


 

Votre nouvelle fonction vous oblige à affronter la crise sociale et politique présente dans le pays. L’arrivée au second tour d’un parti d’extrême-droite témoigne de la popularité des discours nationalistes au sein de la population. La manipulation de la peur et de l’insécurité ne fait que renforcer les dispositifs législatifs sécuritaires et profondément attentatoires aux droits et aux libertés.

 

Nos actions et réflexions nous obligent à dresser un constat alarmant sur l’évolution des politiques pénales et carcérales. La France ne cesse de battre ses propres records de surpopulation dans ses établissements pénitentiaires. Les conséquences de cette situation sont catastrophiques tant pour les personnes détenues que pour le personnel pénitentiaire. Les conditions de détention ne cessent de se dégrader au mépris de la dignité des personnes enfermées. La saturation des établissements pénitentiaires et l’urgence sanitaire pouvant en découler rendent compte de l’échec du tout-carcéral, mis en oeuvre depuis bien trop longtemps par les pouvoirs publics et judiciaires.

 

Le taux élevé de récidive confirme l’importance d’une réforme des politiques publiques en matière de réinsertion. Le budget consacré aux services d’insertion et de probation représente à peine 2 % des fonds attribués à l’administration pénitentiaire, alors qu’ils sont surchargés et se retrouvent dans l’incapacité d’assurer leurs missions. De même, les surveillants pénitentiaires n’ont eu de cesse d’exprimer leur colère en raison de leurs conditions de travail, devenues intenables face à la surpopulation croissante des établissements. Le manque cruel de moyens humains et financiers exerce une pression constante au sein des ces lieux d’enfermement. L’inhumanité des prisons françaises ne doit plus être ignorée quand le taux de suicide est neuf fois supérieur en détention que dans le reste de la population.

 

Si votre victoire face à un parti aux positions rétrogrades et dangereuses est un soulagement pour notre combat, il n’en reste pas moins que les idées que vous défendez sont en contradiction avec la vision que nous portons de la justice et la prison au regard des droits fondamentaux et des réalités sociales.

 

Vous déplorez que les peines prononcées inférieures à deux ans d’emprisonnement ferme soient rarement exécutées. La prison n’étant qu’une peine parmi d’autres, la loi pénitentiaire de 2009 permet aux juges de prononcer un aménagement afin d’éviter les méfaits d’une incarcération. Ces modalités constituent tout autant une forme d’exécution de la sanction pénale, évitant de surcroît exclusion sociale et échec cinglant des tentatives de réinsertion. En effet, les aménagements permettent de placer la personne dans un processus d’autonomisation et de maintien des liens familiaux, professionnels et sociaux. Les sanctions non carcérales participent à endiguer la récidive en limitant une nouvelle incarcération dans les années qui suivent. Malgré ces constats, la mise en place effective de telles solutions soulève bien souvent des accusations de laxisme. La prison reste perçue comme la peine de référence par la société, quand bien même ses résultats sont dévastateurs : augmentation considérable de la population carcérale - en totale contradiction avec votre objectif sur l’encellulement individuel - désocialisation, fragilisation psychologique de l’individu, discrédit auprès des institutions… Dès lors, aucun argument visant à légitimer et à donner de l’importance à la peine de prison ne paraît justifié.

 

Aussi, l’accroissement du parc pénitentiaire que vous proposez reste une solution inefficace pour pallier la surpopulation carcérale. D’un point de vue statistique, il est loisible de constater qu’à chaque nouvelle création de places supplémentaires de prison, les peines d’enfermement prononcées ont crû de manière exponentielle au détriment d’efficacité dans le choix de la réponse pénale. L’amélioration des conditions de détention, par la restauration des bâtiments anciens, ne fait qu’envisager le problème de manière superficielle et démagogue. Tel un pansement sur une fracture, s’engager à améliorer la vie en détention n’empêche en rien les ravages d’une incarcération et est loin de constituer une solution viable.

 

Par ailleurs, vous proposez de placer les personnes détenues dans un parcours de peine en fonction de leur comportement. L'utilisation d'un tel mécanisme participe davantage à une infantilisation des personnes qu'à leur responsabilisation. La détention ne doit pas être organisée selon une logique “récompense-punition” dans l’optique d’une normalisation des comportements. La création d’un parcours spécifique sur la base du comportement ferait de la norme une exception et ne rendrait les rapports de domination déjà présents au sein de la détention que plus prégnants. De même, comment ne pas s’inquiéter des possibles dérives arbitraires, au regard de la subjectivité de l’évaluation ?

 

Nous souhaitions, Monsieur le Président, vous faire part dans cette lettre de nos inquiétudes quant à vos propositions face aux enjeux du milieu carcéral. Le traitement de ces problématiques ne doit plus être soumis à des injonctions sécuritaires, moralisatrices et disciplinaires. Nous réaffirmons notre conception d’une société où la justice doit avant tout protéger, et non punir sans limite. Nous ne pouvons plus admettre que les droits et la dignité d’hommes, de femmes et d’enfants soient bafoués dans le silence et à l’ombre de la République. Tant que cela restera nécessaire, nous ne cesserons de dénoncer l’intolérable. Nous garderons un regard attentif sur vos choix et ceux de votre gouvernement, et espérons, en tant qu’association, être enfin entendus.

 

 

 

Le Genepi

 

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