GENEPI : Groupement Etudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées
Identifiez-vous
Mot de passe oublié?

Contacts

Accueil > Actualités > Lettre ouverte à Monsieur le Garde des Sceaux

Lettre ouverte à Monsieur le Garde des Sceaux

Suite à la réception, le 17 mars dernier, d'une lettre de la Direction de l'Administration Pénitentiaire, annonçant une baisse de 30.000 euros de notre subvention, le Genepi a décidé de répondre ouvertement, par un courrier s'adressant directement à Monsieur le Garde des Sceaux. 

 

Un article paru le 19 avril dans Le Monde relate cette bataille frontale entre l'Administration Pénitentiaire et le Genepi, prenant on le souhaite fin au proft de relations permettant à l'action du Genepi de perdurer pour décloisonner les prisons. 

 

___________________________________________________________________________________________________

 

 

Association Genepi

12 rue Charles Fourier

75013 PARIS

 

Monsieur le Garde des Sceaux,

13 place Vendôme,

75001 PARIS

A Paris, le 10 avril 2017

 

 

 

Monsieur le Ministre de la Justice,

 

 

 

Au nom de l’association Genepi, nous tenons à exprimer notre stupéfaction à la lecture du courrier adressé par la direction de l’administration pénitentiaire (AP) le 10 mars dernier. Celle-ci annonce une diminution de 30 000 euros de notre subvention pour 2017, décision qui semble relever de la sanction politique. Dans ce courrier, la DAP met en exergue la « baisse régulière des actions mises en place par les équipes locales de l’association, [liée en partie à notre] souhait de ne plus intervenir dans le cadre de l’accompagnement scolaire », « l’inadéquation [de notre action] avec les attentes des établissements pénitentiaires » ainsi que « la contradiction » entre nos prises de position et « le maintien d’un partenariat loyal ». Nous contestons totalement ces arguments et leurs justifications, qui ne peuvent constituer un motif recevable pour diminuer de 52% la subvention qui nous est allouée cette année. Nous vous demandons donc de réévaluer notre situation. Nous reprendrons chacun des arguments avancés par la DAP pour les contester et réaffirmer notre engagement pour l’action que nous menons.

 

 

A propos des activités mises en place,

 

Concernant la baisse de notre activité en détention l’an passé, mentionnée dans le courrier, nous avions expliqué, à l’occasion du dernier bilan, qu’elle avait pour cause directe les politiques mises en œuvre en détention suite aux attentats, notamment le plan de lutte contre la radicalisation. Les bénévoles de l’association se sont vus limiter l’accès aux établissements de manière considérable, rendant de plus en plus complexes les rapports entre le Genepi et l’administration pénitentiaire.

 

Nous réfutons l’idée selon laquelle la baisse des interventions serait uniquement due à notre volonté de ne plus dispenser d’ateliers d’enseignement réunis sous le terme de “scolaire”, au cours desquels l’échange de savoirs est trop souvent vertical et descendant. Association d’éducation populaire, nous estimons en effet qu’il existe d’autres formes d’apprentissage, fondées sur l’échange et la co-construction de savoirs, tout aussi fertiles et profitables aux personnes que nous rencontrons en détention 1 . De surcroît, les interventions du Genepi ne sauraient se substituer par principe à l’enseignement prodigué par les professionnels de l’Education Nationale. Nous estimons n’en avoir ni les connaissances ni la vocation.

 

L’argument selon  lequel  nos  activités  ne  seraient  « plus  en  adéquation  avec  les  attentes  des établissements pénitentiaires, des services pénitentiaires d’insertion et de probation ou des responsables locaux de l’enseignement, au regard des besoins des personnes détenues” n’est pas davantage recevable. En effet, comme l’ont inscrit ensemble le Genepi et l’administration pénitentiaire dans la convention qui nous lie, tous les ateliers sont mis en place suite à une concertation entre les bénévoles de l’association, les personnes détenues, l’administration et le SPIP. Nous réfutons donc cet argument ignorant tous nos efforts pour organiser des actions de concertation viables et fructueuses dans les établissements pénitentiaires où nous intervenons, et l’implication des personnels des établissements avec lesquels nous travaillons.

 

 

A propos des positions du Genepi,

 

A travers les prises de position de l’association adoptées en assemblée générale, nos rapports et bilans, nos publications dans notre revue, le Passe-Murailles, et nos multiples rencontres dans vos locaux, la DAP étaient parfaitement informée de la volonté de l’association de trouver un mode d’intervention et d’expression prenant en compte l’évolution de la situation carcérale. Le Genepi ne saurait se taire face à l’adoption de politiques carcérales qui nous paraissent irrespectueuses des droits fondamentaux.

 

A plus d’un titre, la décision de la DAP fait office, aux yeux des centaines d’étudiants bénévoles membres du Genepi, de censure contre les positionnements de l’association. Selon nous, le contexte politique ne devrait pas être un frein à la liberté d’expression, mais un moteur. Le Genepi est un acteur de la société civile qui agit en détention. Nous pensons que c’est notre rôle de formuler des critiques constructives afin de faire évoluer les politiques publiques. Il est par ailleurs fait mention dans le préambule de notre convention que le Genepi mène une réflexion sur le système pénal et pénitentiaire. En tant que partenaire – et non dans le cadre d’une « mission de service public » comme l’affirme improprement le courrier de la DAP - nous avons toujours fait part à l’AP du fruit de nos réflexions.

 

Dès l’origine, les prises de position du Genepi ont toujours prôné davantage de liberté(s) et nous avons toujours apprécié le dialogue sur ce sujet avec l’administration pénitentiaire et/ou le ministère de la Justice. Ce dialogue est d’autant plus pertinent au moment où des parlementaires, réunis dans la commission « Immobilier pénitentiaire », appellent de leurs vœux des peines alternatives à l'enfermement.

 

Ainsi, vous comprendrez, Monsieur le ministre, pourquoi nous trouvons inexact et injuste d’affirmer que nous serions en “contradiction avec le partenariat loyal, transparent et de confiance”.

 

Depuis quarante-et-un ans, les quelques huit cents bénévoles intervenant en détention rencontrent près de deux mille personnes détenues chaque année dans le cadre des ateliers que nous organisons2. A titre d’exemple, au cours de ce dernier mois de mars, quatre cent cinquante-quatre personnes détenues, dont cent soixante-dix néophytes, ont assisté à au moins deux heures d’atelier Genepi. Des sessions d’intervention d’une semaine chacune (appelées “Vacances à l’Ombre”) sont également mises en place, certaines ont déjà eu lieu à Lavaur, Mauzac, Epinal, et d’autres vont prochainement aboutir à Roanne, Villenauxe-la-Grande, Tarbes, Perpignan, Angoulême, Nanterre, Tours, Douai, Dunkerque…

 

La baisse de notre subvention aurait bien sûr des conséquences pour notre association. Nous serions dans l’incapacité de maintenir une activité, en termes d’heures de bénévolat et d’intervention équivalente à celle produite jusqu’à maintenant. Les centaines de bénévoles du Genepi ne veulent s’y résoudre, au moment même où des Parlementaires recommandent un quota de cinq heures journalières d’activité et/ou de temps de travail3, bien au-delà des cinq heures hebdomadaires que l’ancien directeur de l’Administration pénitentiaire, M. Philippe Galli, reconnaissait devant nous le 3 février, être incapable de faire assurer. Dans ces circonstances, nous pensons que notre action au sein de la détention reste indispensable. Nous nous considérons comme un partenaire sérieux, participant activement à l’amélioration de la prise en charge des personnes détenues.

 

Nous demandons en conséquence que la décision de réduction de la subvention prise par l’ancien Directeur de l’administration pénitentiaire, soit annulée, et que le partenariat entre le Genepi et la DAP se poursuive dans le cadre d’un dialogue sincère et respectueux de nos missions respectives.

 

Nous espérons, par cette lettre, être entendus. Nous sommes à votre entière disposition pour une rencontre dans les délais les plus rapides possibles.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, notre haute considération

 

Le Genepi

 

 

___________________________________________________________________________________________________

 

1  A titre d’exemple, les bénévoles lillois interviennent six heures par semaine à Sequedin pour dispenser des ateliers d’anglais et de français de manière ludique à travers des mimes, chansons ou jeux d’apprentissage de l’alphabet et la prononciation

2  Voir les différents rapports d’activité du Genepi

3 René Lecerf, Livre blanc sur l’immobilier pénitentiaire remis au garde des Sceaux par le président de la commission René Lecerf le 4 avril 2017

 

 

contact-genepi

Contacts

BUREAU NATIONAL

  • 12, rue Charles Fourier
    75013 Paris
  • TEL : 01 45 88 37 00
Tous les contacts

Le Passe Murailles

passe-murailles